Homélie du 2 juin 2019

Qu’ils deviennent parfaitement un

Dimanche, 7ème Semaine du Temps Pascal - Année C

Une homélie de fr. Invité

Je vais vous partager un fruit de ma contemplation des textes de ce jour. Pour les personnes qui l'ignoreraient, je poursuis actuellement un Master un Théologie. Ma méditation sera donc nourrie de ce que je suis en train d'étudier. Vous verrez, ne vous étonnez pas, qu'elle sera ponctuée de quelques moments de brefs silences. Je suis heureuse de pouvoir, de façon très très modeste et fraternelle, vous le partager.

Je relève un point commun aux différentes lectures de ce jour, que je résume en un mot : « extrémité ». Dans la première lecture, nous est racontée la fin tragique de l'existence d'un homme : Etienne, premier martyr/témoin chrétien- Le psaume parle de la gloire de Dieu vue par tous les peuples, c'est-à-dire jusqu'aux extrémités de la terre- Nous avons lu la fin de l'Apocalypse, avec ces mots très forts : « Je suis l'Alpha et l'Omega, le commencement et la fin ». L'Évangile de ce dimanche nous conduit aux dernières paroles de la prière de Jésus, prière d'adieu clôturant les discours d'adieu des chapitres précédents. Cette prière sera directement suivie du récit de la passion.

En cette prière, nous sommes conviés dans l'intimité même de Jésus avec son Père. C'est sa prière d'adieu. Or, quand quelqu'un est sur le point de partir - nous en avons sans doute tous déjà fait l'expérience - les derniers moments partagés sont extrêmement précieux ; on essaye de ne perdre aucune de ses paroles et celles-ci ont vraiment tout leur poids. C'est peut-être pour cela que Jésus parle de gloire (ce qui signifie « lourd » en hébreu (kabowd))- C'est tout le poids de cet amour qu'il désire encore faire connaître jusqu'au bout : « Père, ceux que tu m'as donnés, je veux qu'ils contemplent ma gloire- », le poids de notre amour- Ce moment lourd de signification nous appelle sans doute à une attention particulière.

J'aimerais dès lors nous inviter à réécouter, dans ce sens, les 3 premiers versets de l'Évangile de ce jour (pour que ce ne soit pas trop long) avec une attention particulière. Je nous invite à laisser résonner au fond de nous-mêmes un mot, une phrase- Peut-être aussi que rien ne nous touchera- Alors, rester aussi avec ce rien, avec ce vide qui creuse le désir. (voici une traduction littérale, très proche du texte grec)

Ce n'est pas seulement pour ceux-ci que je prie.
mais aussi pour ceux qui croiront en moi grâce à leur parole
afin que tous soient un
comme toi, Père, en moi et moi en toi
pour qu'eux aussi soient en nous.
afin que le monde croie que toi, tu m'as envoyé
Et moi, la gloire que tu m'as donnée, je leur ai donnée
pour qu'ils soient « un » comme nous « un »
moi en eux et toi en moi
afin qu'ils soient (ayant été) rendus accomplis dans l'un
pour que le monde connaisse que toi, tu m'as envoyé
et que tu les as aimés comme tu m'as aimé.

(silence)

Je ne vais souligner que deux petits points, limités aux deux premiers versets :

Ce n'est pas seulement pour ceux-ci que je prie
mais aussi pour les croyants en moi grâce à leur parole
afin que tous soient un
comme toi, Père, en moi et moi en toi

Voici les deux points : le premier sera « les disciples de seconde main » (bref) et, le second, l'unité.

Les « disciples de seconde main », l'expression vient de Kierkegaard: nous ne sommes pas des disciples de première main dans le sens où nous n'avons pas connu le Jésus historique, comme les premiers disciples. Mais nous connaissons le Christ par leur entremise, par ce qu'ils nous ont rapporté de lui, par témoins interposés. Cette longue et ininterrompue chaîne de témoins se noue depuis le premier siècle (exemple Etienne) jusqu'en notre XXIe siècle et ce malgré toutes les faiblesses de l'Église au long de l'Histoire- Ce que nous traversons comme crise, ce n'est pas du tout nouveau ! Et pourtant- L'Évangile nous est parvenu comme Bonne Nouvelle par des témoins restés fidèles à toute époque. Nous ne nous sommes pas donné la foi à nous-mêmes. Elle est un don, une transmission. Et nous faisons partie de cette chaîne- Par qui, par quoi ai-je reçu la foi ? Par mes parents ? par mes grands-parents ? par Clerlande ? par une lecture ? par la nature ?- Pendant un bref instant, nous pouvons faire mémoire et remercier intérieurement le Seigneur- (silence)

Le second point. J'aime beaucoup l'image de Dorothée de Gaza (VIe siècle):

« Imaginez que le monde soit un cercle, que le centre soit Dieu, et que les rayons soient les différentes manières de vivre des hommes. Quand ceux qui, désirant approcher Dieu, marchent vers le milieu du cercle, ils se rapprochent les uns des autres en même temps que de Dieu. Plus ils s'approchent de Dieu, plus ils s'approchent les uns des autres. Et plus ils s'approchent les uns des autres, plus ils s'approchent de Dieu. » (Instructions VI)

Souvent, quand on pense à « unité », on pense aux efforts que l'on doit faire en vue de cela- Mais en réalité, plus on s'approche de Dieu, plus on devient proche, unis les uns aux autres. Et on n'aime pas alors à partir de notre propre amour, mais à partir de l'amour-même de Dieu qui est au centre. C'est ce que répètent tous les spirituels, dont st Bernard (dans Traité de l'Amour de Dieu) : pour que cet amour de l'autre soit sans retour sur moi-même, « il faut nécessairement que Dieu en soit la cause. Sinon, comment puis-je aimer de façon désintéressée, si je n'aime pas en Dieu ? »

Tout l'Évangile de Jean montre aussi le désir de Dieu de faire connaître cet amour qui l'habite, cette relation intime des trois Personnes divines destinée à déborder sur le monde. C'est d'ailleurs ce qu'exprime l'Évangile de ce jour ; il insiste sur la « connaissance » qui, dans la Bible, n'est pas purement intellectuelle, mais existentielle : « Je leur ai fait connaître ton nom (c'est-à-dire ta Personne, qui Tu es) afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et moi en eux ». « Que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux »- St Bernard (dans le Traité de la Grâce et du Libre Arbitre) déclare aussi que pour être capable d'aimer, il faut connaître et avoir goûté cet amour de Dieu (sapor/sapere -goûter: savoir, comprendre). Récemment, comment ai-je pu goûter l'amour de Dieu pour moi ? Cela peut être à travers la nature, la relation avec d'autres, la prière- Je prends un petit temps pour m'en rappeler-

(Silence)

Etienne, dans la première lecture, a été témoin, reproduisant le Christ jusqu'à mourir comme lui en pardonnant- Dans le psaume, les cieux proclament la justice, c'est-à-dire ce qui est ajusté à Dieu- Dans l'Apocalypse, il est également question de témoignage- Pendant cette eucharistie, nous pouvons peut-être continuer à être attentifs à ce que Dieu désire nous donner en ce jour, quelque chose d'unique, pourquoi pas, d'inattendu- à travers sa Parole, le geste eucharistique, toute la liturgie- Nous pourrons le remercier et en vivre ensuite « afin que le monde - c'est-à-dire chacune des personnes que nous rencontrerons - connaisse que Toi Dieu, tu les as aimées comme tu nous as aimés ».

Florence Draguet

 

Voici que je contemple le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu

En ces jours-là, Étienne était en face de ses accusateurs. Rempli de l’Esprit Saint, il fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Ac 7, 55-60

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre ! Joie pour les îles sans nombre ! justice et droit sont l’appui de son trône.

Les cieux ont proclamé sa justice, et tous les peuples ont vu sa gloire. À genoux devant lui, tous les dieux !

Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre : tu domines de haut tous les dieux.

Ps 96 (97), 1-2b, 6.7c, 9

Viens, Seigneur Jésus !

Moi, Jean, j’ai entendu une voix qui me disait : « Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il a fait. Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie et, par les portes, ils entreront dans la ville. Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Moi, je suis le rejeton, le descendant de David, l’étoile resplendissante du matin. » L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement.

Et celui qui donne ce témoignage déclare : « Oui, je viens sans tarder. » – Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

Ap 22, 12-14.16-17.20

Qu’ils deviennent parfaitement un

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Jn 17, 20-26

pageData
Array
(
    [page] => Array
        (
            [title] => Homélie
            [description] => 
            [headerLogo] => Array
                (
                )

        )

    [description] => Monastère Saint-André de Clerlande
)
GET
Array
(
    [page] => liturgie
    [page2] => homelie
    [page3] => 9879
    [page4] => 
)
tooltip