Homélie du 28 avril 2019

Huit jours plus tard, Jésus vient

2ème Dimanche de Pâques ou de la Divine Miséricorde - Année C

Une homélie de fr.

La fête de Pâques continue encore aujourd'hui. Elle est trop grande pour n'être célébrée qu'en un seul jour. Il nous faut toute une semaine pour laisser son mystère pénétrer profondément dans notre coeur. Les nouveaux baptisés pendant la nuit de Pâques remettent aujourd'hui encore leur habit blanc, leur aube ; c'est pourquoi on appelle ce dimanche le dimanche en blanc 'in albis'.

Pour nous engager désormais plus avant dans une vie de disciple du Seigneur ressuscité, ce dimanche nous donne quelques indications. Nous verrons les fruits que les disciples ont recueillis du mystère de Pâques pour les partager autour d'eux, et jusqu'à nous.

Commençons donc par prier les uns pour les autres pour que nos coeurs soient disposés à accueillir les appels que l'évangile nous adresse. Et ouvrons notre assemblée aux dimensions du monde, pour que notre prière soit vraiment chrétienne.

Homélie

Il fallait lire ce texte « huit jours après la Pâque », pour conclure cette fête qui dure huit jours. Car c'est également la conclusion de tout l'évangile de saint Jean, avec la parole si décisive de Jésus : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » Et nous savons bien que cette parole n'était pas seulement adressée à Thomas, mais à nous tous, et donc et à chacun, chacune, d'entre nous, aujourd'hui.

Mais qu'est-ce que nous sommes appelés à croire sans voir ?

C'est la résurrection, la présence de Jésus toujours vivant . C'est le fait évident qu'à un certain moment une énergie extraordinaire s'est déployée quelque part en Palestine. Les apôtres et autres témoins de la vie de Jésus qui, au départ, n'étaient pas particulièrement courageux, — c'est le moins qu'on puisse dire, — se sont soudain révélés intrépides, inventifs, persuasifs, audacieux et patients jusqu'à la mort. Comme on dit : il n'y a pas de fumée sans feu. La présence de Jésus parmi ses fidèles et la force de son Esprit, désormais à l'oeuvre dans leurs coeurs, le rayonnement puissant de l'exemple des premiers chrétiens, ce sont là des faits évidents qui attestent que quelque chose s'est passé. On ne sait pas précisément quoi : les récits sont variés, parfois contradictoires. Il nous suffit de constater le résultat : une transformation inouïe des témoins.

Mais il ne faut pas 'croire' à cela, au sens précis du mot (adhérer à une chose invérifiable). Car nous l'avons vérifié, et nous savons qu'une révolution intérieure s'est produite chez certains, et puis, de proche en proche, chez de nombreuses personnes. C'est un fait historique. Même si nous ne pourrons jamais vérifier le fait de la résurrection, grâce au témoignage des disciples, nous en connaissons les fruits. Et, comme le dit Jésus ailleurs, c'est à leurs fruits que nous pouvons juger de la valeur de ces témoignages.

Revenons donc à la question : à quoi sommes-nous appelés à 'croire, sans avoir vu' Jésus ressuscité ? Puis qu'il ne faut pas 'croire' au fait de la résurrection, qui est un fait historique, suffira-t-il de professer des lèvres, et de chanter avec beaucoup de conviction, que « Jésus est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures » pour être un témoin de la résurrection ? Ne pouvons-nous pas manifester notre foi, une foi qui fait vivre de façon lus convaincante ?

Mes frères, mes soeurs, nous le savons : nous pouvons donner une réponse très concrète à cette question : oui, nous sommes appelés à croire, à croire possible pour nous, — qui ne sommes pas particulièrement courageux, — de porter également ces fruits de la résurrection, la nouvelle vie en Jésus, la vie dans son Esprit. Ces fruits sont notre témoignage, l'expression de notre foi. Nous sommes appelés à vivre ainsi une foi active, transformante, créatrice.

Plus précisément, je voudrais décrire six de ces fruits que nous pouvons recevoir de la résurrection du Christ, pour les porter aux autres. D'abord la paix que Jésus a apporté à ses disciples désemparés, puis la joie, inespérée. Il y a aussi la communion de « la multitude des disciples qui n'avaient désormais plus qu'un seul coeur et une seule âme », et les poussait au partage de tous leurs biens. Je vois encore le pardon reçu de l'Esprit de Jésus qui leur a permis de vraiment vivre ensemble. L'évangile d'aujourd'hui évoque également leur foi renouvelée et, finalement, nous voyons, à travers tous ces récits, l'expérience d'une nouvelle vie reçue en plénitude, plus forte que la mort. Croire aujourd'hui, me semble-t-il, c'est nous engager sur ce chemin.

Et, en regardant et méditant plus calmement ces fruits de la résurrection, nous pouvons aussi noter leur caractéristique particulière : ce sont effectivement tous des démarches pascales : paix, joie, partage, pardon, foi et vie sont en effet des expériences de passages : de l'angoisse à la paix, du désarroi à la joie, de l'enfermement au partage, du ressentiment au pardon, du doute à la foi et du désespoir mortel à la vie. Telle est bien la démarche fondamentale de l'Évangile : une traversée de l'épreuve vers la lumière, une expérience de la mort qui débouche sur la vie.

Regardons maintenant comment les disciples ont fait ces différentes expériences de résurrection, pour apprendre d'eux comment réaliser aujourd'hui, à notre tour, notre vocation de 'fils de la résurrection', comme les Écritures appellent les disciples de Jésus.

Quand Jésus vient au milieu de ses disciples désemparés er apeurés, il commence par leur dire : « La paix soit avec vous ! » et l'évangile poursuit : « Après ces paroles, il leur montra ses mains et son côté ». La paix que Jésus nous donne n'est, en effet, pas la sérénité de celui qui échappe à toute contradiction et toute malchance. Car la paix que Jésus donne nous vient de ses blessures. « Par ses blessures, nous sommes guéris ». Il a connu cette paix quand il a tout donné, tout accompli, sur la croix. Il avait tout assumé, et, ressuscité, il garde les marques, les stigmates de la Passion. D'ailleurs c'est à la fraction du pain que les disciples l'ont reconnu, à la façon dont il se donnait en partage, comme un pain brisé, offert à tous. Pour être, à notre tour, des artisans de paix, commençons donc par assumer nos blessures, et même les blessures qu'on nous a faites. La paix véritable est au-delà de toute anesthésie. Elle est au bout d'un passage à travers beaucoup de contradictions. Elle suppose en fait déjà une réconciliation, un pardon, comme Jésus le demande à ses disciples, ? comme il a lui-même commencé par pardonner à ses bourreaux : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » (Lc 23, 34) Oui, ces deux démarches pascales vont ensemble : pas de paix véritable sans un accueil et une réconciliation, d'abord avec nous-mêmes, et puis avec tous. Mais cela dépasse souvent nos forces et nous ne devons alors pas hésiter à appeler sur nous l'Esprit de Jésus ressuscité.

Deux autres démarches pascales vont également de pair : le partage et la joie. Assez spontanément, ceux qu'unit la même foi en la résurrection, la même joie, mettent tout en commun. Cela a frappé leur entourage, car, pour faire cela, et aller à l'encontre de toute tendance naturelle, il fallait un motif puissant, le partage d'une expérience inouïe. « Aucun d'entre eux n'était dans l'indigence, ...on distribuait tout en fonction des besoins de chacun. » Plus tard encore, nous verrons que saint Paul sera toujours préoccupé de rassembler des sommes pour aider les plus pauvres. Saint Benoît, à son tour, insiste beaucoup sur cette exigence et cite volontiers dans sa Règle les textes entendus aujourd'hui. Mais, pour être convainquant, ce partage doit non seulement se réaliser entre croyants, mais bien au-delà, si nous voulons effectivement témoigner de la Résurrection ! On a parlé de ce partage pendant le Carême, mais il serait encore plus opportun de parler d'un 'Temps pascal de partage'.

Parce que le vrai partage n'est pas tellement motivé par le renoncement et pénitence, mais bien plutôt par la joie. « Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir », disait Jésus. (Ac 20, 35) La joie dont les disciples furent remplis leur est donnée par cette présence de Jésus toujours vivant et qui les envoie pour continuer l'oeuvre du Père et l'annonce de la Bonne Nouvelle. Sommes-nous capables, à notre tour, d'apporter cette Bonne Nouvelle comme vraiment bonne, et source de joie ? Le pape François revient sans cesse sur cette joie évangélique. Ses principaux messages sont intitulés Veritatis Gaudium, Amoris Laetitia ou Gaudete et Exultate. C'est vraiment un message de joie qu'il veut nous donner. Il est d'ailleurs cent fois question de la joie dans le Nouveau Testament, Mais nous voyons dans l'Évangile que cette joie n'est parfaite que si elle a pu en quelque sorte résorber les contradictions et traverser les larmes. Vous connaissez tous ce fameux texte de l'évangile : « Lorsque la femme enfante, elle est dans l'affliction, .... mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, ... elle est toute à la joie, ... » (Jn 16, 21) Oui, la joie n'est pas seulement un écho du succès ; elle est toujours pascale, au-delà de la tristesse et de la perte. C'est pourquoi elle ne peut qu'être donnée, ou reçue ; on ne la possède pas ! Mais nous pouvons toujours donner la joie aux autres, la partager. Et « Dieu aime celui qui donne avec joie. »

Il faudrait encore parler ici de la foi pascale, la foi à laquelle Thomas est arrivé. Foi pascale, parce que passée à travers le doute. De fait, le doute, qui semble au premier abord le contraire de la foi, fait vraiment partie de la démarche de foi. Encore faut-il le situer comme une étape de cette démarche, et pas comme un arrêt. Mais je ne veux pas être trop long. Qu'il suffise de remarquer que ce passage par le doute, que nous connaissons tous, n'est pas un malheur ni une honte, pour un croyant ; il est un passage nécessaire. L'apôtre Thomas nous montre comment bien vivre cette étape : sans concession, avec réalisme, mais finalement dans la confiance de la rencontre personnelle : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».

Toutes ces expériences sont évidemment le fruit du passage de la mort à la vie qui les récapitule toutes. Voyons cela en conclusion. Les évènements et découvertes que les disciples ont vécus semblent à première vue inouïs, vraiment incroyables, mais en les méditant avec l'aide de l'Esprit Saint, ils ont compris, ? et nous comprenons à notre tour ? que ces évènements s'inscrivent tout à fait dans le mouvement de l'Évangile. Ils illustrent ce qu'on pourrait appeler une loi de la grande vie, une vérité fondamentale qui nous est rappelée à travers tout l'Évangile. Jésus n'est « pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ». (Mc 10, 45) « Si le grain de blé ne meurt pas, il reste seul ; s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jn 12, 24) « Qui perd sa vie la trouvera. » (Mt 10, 39) Et Jésus l'explique plus clairement encore : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26)

Ainsi donc nous voyons que la Résurrection n'est pas d'abord un évènement du passé, ni même un dogme traditionnel à accepter ; elle est une tâche à continuer, aujourd'hui, une responsabilité à accueillir, un appel à entendre et à transmettre. Elle consiste à « rendre compte de l'espérance qui est nous », comme le demande saint Pierre dans son épitre (1 P 3, 15). Notre foi en la Résurrection est alors une espérance : l'espérance que toute épreuve, tout échec, tout ce qui, dans notre existence, semble tout à fait stérile contient un germe de vie. Croire à la Résurrection consiste donc à promouvoir la grande vie, là où nous sommes, et à savoir tirer une nouvelle vie d'une situation apparemment sans espoir.

Nous allons maintenant prier ensemble et en communion avec tous les humains que Dieu aime. Puis nous participerons à la fraction du pain, avec joie et simplicité de coeur, nous partagerons ce pain et ferons passer la coupe entre nous, pour exprimer notre amour mutuel. Nous entrons ainsi plus avant dans ce mouvement de l'Évangile, qui est un passage, car nous savons, comme dit encore saint Jean, qu'« en aimant nos frères et soeurs, nous sommes passés de la mort à la vie ».(1 Jn 3, 14)

 

Des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachèrent au Seigneur

À Jérusalem, par les mains des Apôtres, beaucoup de signes et de prodiges s’accomplissaient dans le peuple. Tous les croyants, d’un même cœur, se tenaient sous le portique de Salomon. Personne d’autre n’osait se joindre à eux ; cependant tout le peuple faisait leur éloge ; de plus en plus, des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur. On allait jusqu’à sortir les malades sur les places, en les mettant sur des civières et des brancards : ainsi, au passage de Pierre, son ombre couvrirait l’un ou l’autre. La foule accourait aussi des villes voisines de Jérusalem, en amenant des gens malades ou tourmentés par des esprits impurs. Et tous étaient guéris.

Ac 5, 12-16

Oui, que le dise Israël : Éternel est son amour ! Oui, que le dise la maison d’Aaron : Éternel est son amour ! Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur : Éternel est son amour !

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !

Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! De la maison du Seigneur, nous vous bénissons ! Dieu, le Seigneur, nous illumine.

Ps 117 (118), 2-4, 22-24, 25-27a

J’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles

Moi, Jean, votre frère, partageant avec vous la détresse, la royauté et la persévérance en Jésus, je me trouvai dans l’île de Patmos à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus. Je fus saisi en esprit, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix forte, pareille au son d’une trompette. Elle disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises : à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. »

Je me retournai pour regarder quelle était cette voix qui me parlait. M’étant retourné, j’ai vu sept chandeliers d’or, et au milieu des chandeliers un être qui semblait un Fils d’homme, revêtu d’une longue tunique, une ceinture d’or à hauteur de poitrine. Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : « Ne crains pas. Moi, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant : j’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles ; je détiens les clés de la mort et du séjour des morts. Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, ce qui va ensuite advenir. »

Ap 1, 9-11a.12-13.17-19

Huit jours plus tard, Jésus vient

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Jn 20, 19-31

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