Homélie du 7 avril 2019

Celui d’entre-vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à jeter une pierre

Dimanche, 5ème Semaine de Carême - Année C

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

La situation de l'Église aujourd'hui est devenue soudain difficile, parce que l'on exige avant tout d'elle plus d'humanité. Elle s'est courageusement engagée dans la défense de de la morale et de la doctrine, mais nous découvrons qu'elle n'a pas suffisamment été attentive aux personnes. La personne, toute personne est sacrée, plus que la morale et le dogme. Je crois que l'interpellation faite aujourd'hui à l'Église est un appel à revenir encore et encore à l'Évangile. Oui, mes frères, mes soeurs, nous avons toujours à le redécouvrir, et il semble qu'on soit aujourd'hui mieux placé pour l'accueillir. En tout cas la liturgie peut beaucoup nous y aider, comme on le verra.

L'évangile d'aujourd'hui, en ce 5ème dimanche du Carême, nous permet tout d'abord de bien entrer dans le mystère pascal, précisément en suivant de plus près Jésus qui va vers sa Passion. Cet évangile nous donne en effet une image très concrète du comportement du Seigneur qui marche vers Pâques. Tous les textes des évangiles nous font voir comment il était, comment il vivait et réagissait. Il apparait le plus souvent comme le Fils, attentif à la voix de son Père, attentif à tous, créatif, doux et humble de coeur. Mais il faut aussi noter un trait particulier de sa personnalité : il y a des choses qu'il ne peut pas supporter : les richesses qui éclaboussent les pauvres, le scandale des petits, l'exclusion de certaines personnes, pour des raisons de race, de morale ou de religion, ou encore le rigorisme religieux. Face à de telles situations, il se fâche, il devient même provoquant ; on l'a vu à Nazareth. Et il provoque chez les autres des réactions parfois violentes. Souvenons-nous du nombre de fois où, comme ici, ou comme dimanche passé, des scribes ou des pharisiens s'indignent de son comportement, lui tendent un piège, pour le mettre en contradiction avec la Loi. Il est vrai que les évangiles nous ont aussi relaté de nombreuses situations et histoires où Jésus suscite l'admiration et apporte paix et réconciliation, mais en y regardant plus attentivement, nous découvrons qu'il y a quand même de nombreuses situations de conflit, et les confrontations deviennent de plus en plus rudes quand il arrive à Jérusalem ; elles aboutiront finalement à ce qu'on l'élimine physiquement.

C'est pour cela que cet évangile, sa rencontre avec la femme adultère, nous introduit si bien à ce temps de la Passion. Parce que le motif pour tant de persécution, pour tant de haine, y apparait si clairement : on ne supporte plus la façon dont Jésus dénonce tout ce qui humilie, exclut ou élimine les personnes sans défenses, et notamment la richesse, la xénophobie, tous les abus et exclusions, et ici le rigorisme, le puritanisme religieux. Or c'est sur tout cela qu'est basé l'ordre établi. On comprend que le bon sens politique exigeait de supprimer un tel homme, comme l'a bien compris Caïphe : « C'est notre avantage qu'un seul homme meure pour le peuple.. » (Jn 11, 50).

Mais revenons à l'image de Jésus, telle qu'elle apparait dans l'évangile. Ce qui caractérise et unifie la vie de Jésus est précisément son respect absolu de la personne, et en particulier de la personne vulnérable, misérable et marginalisée, victime de la bassesse des hommes, de la raison d'État ou des exigences du système clérical.

L'évangéliste décrit ici de façon saisissante la façon dont Jésus s'y prend. Il ne dit rien, mais il s'accroupit et griffonne quelques traits par terre. Là, par terre, il est au niveau de la femme qu'on a mise au milieu du cercle des accusateurs, prostrée. Les Pères de l'Église voient dans cette situation l'image même de l'incarnation : le Fils est descendu sur terre pour y rencontrer à son niveau l'humanité prostrée, afin de la relever.

Mais alors, Jésus, — et c'est une autre caractéristique assez géniale qui lui est propre, — Jésus les met en boite, comme on dit. Il a une façon bien à lui de renvoyer à leur contradiction ceux qui essaient de le coincer. Pensons par exemple à sa réponse à ceux qui lui demandaient s'il fallait ou non payer l'impôt : « Rendez à César ce qui est à César » ! Ici aussi, il a cette réponse devenue à juste titre proverbiale : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ! ». Et le cercle infernal qui enserrait la femme s'ouvre peu à peu, elle se relève ; elle peut commencer une nouvelle vie.

Il faut encore préciser le sens de cette scène évangélique, parce qu'on l'a souvent mal comprise. Il ne s'agit pas d'une déclaration de culpabilité générale : Jésus n'est pas venu pour nous déclarer que nous sommes tous pécheurs. Et quand il dira à la femme prostrée : « Moi non plus je ne te condamne pas », il n'instaure pas davantage une permissivité générale. Il n'est pas non plus venu pour nous déclarer que désormais tout nous est permis.

Non ! Jésus ne donne pas ici des règles générales ; ce que cet évangile nous annonce, c'est précisément l'attention particulière que Jésus porte à chacune des personnes qu'il rencontre, et surtout celles qui subissent la violence, celles auxquelles personne ne prête attention, comme la veuve pauvre, perdue dans la foule, et qui met deux piécettes dans le tronc du temple, ou encore à celles qu'on méprise, comme la 'pécheresse de la ville' chez Simon le Pharisien. On pourrait citer de nombreux cas de cette attention particulière de Jésus aux personnes en situation de faiblesse, pour leur redonner de l'espoir. En fait les évangiles en parlent souvent, mais, comme ce n'étaient pas là des démarches très spectaculaires de Jésus, on n'y a pas prêté beaucoup d'attention, au cours de l'histoire de l'Église.

Ce qui par contre apparait en tout cas clairement, ce sont les réactions de Jésus, quand il dit : « Les derniers seront les premiers ». Il s'oppose à tous ceux qui précisément fixent les personnes fragiles dans des situations méprisables ou marginales. Pensons ici aux nombreux personnages de bien pensants, comme Simon le Pharisien que dégoute la femme venue embrasser les pieds de Jésus, l'autre Pharisien de la parabole qui méprise le Publicain, ou encore le fils ainé de la parabole du Père miséricordieux, et finalement, aujourd'hui, les défenseurs de la loi de Moïse qui proposent de lapider la femme adultère, — tous des hommes très corrects. Mais Jésus s'oppose nettement à leur comportement. Il dénonce leur façon de juger, de condamner ces pauvres à un sort minable. Condamner, cela veut dire fixer le sort de quelqu'un, l'enfermer, si non dans une prison, au moins sous une étiquette, — ou simplement les vouer au silence, comme les victimes de la pédocriminalité.

Mais aux pauvres et aux victimes, comme la femme adultère de notre évangile, Jésus dit : « Moi non plus je ne te condamne pas. Va ! », lève-toi et marche ! dégage-toi de cette renommée qui t'enferme comme des bandelettes mortuaires ! va ton chemin, ne pèche plus et deviens vraiment toi-même ! C'est ce que Jésus dit chaque fois qu'il fait un miracle : « Va ! ta foi t'a sauvée. » Vis désormais de cette foi fondamentale qui te met debout, qui te permet de bien voir et entendre, pour vivre enfin dignement !

Comme je vous le disais en commençant : cet évangile est une merveilleuse introduction au mystère de Pâques. Il nous permet de comprendre pourquoi, en privilégiant toujours l'attention aux personnes, plutôt qu'à l'observance de la loi, Jésus était devenu gênant, insupportable aux moralisateurs et à ceux qui détenaient l'autorité.

Oui, mes soeurs, mes frères, ce récit est bienvenu en ce temps de préparation de Pâques, non seulement parce qu'il explique pourquoi le Christ a été supprimé, mais surtout, surtout parce qu'il décrit déjà une résurrection. Dans quinze jours nous fêterons la Résurrection du Seigneur, et c'est un fait unique dans l'histoire. Mais nous savons que la Résurrection le jour de Pâques récapitule tous les relèvements que le Seigneur a suscités quand il était parmi nous, et depuis, grâce à la présence toujours efficace de son Esprit. En fêtant le Ressuscité nous fêtons donc aussi tous les retours à la vraie vie que nous racontent les évangiles. Et nous savons que nous sommes également appelés à permettre autour de nous un retour à la vraie vie, un développement nouveau de la vie qui nous vient de Dieu. C'est pourquoi nous rendons grâce.

 

Voici que je fais une chose nouvelle, je vais désaltérer mon peuple

Ainsi parle le Seigneur, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes, lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; les voilà tous couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, consumés comme une mèche. Le Seigneur dit : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Les bêtes sauvages me rendront gloire – les chacals et les autruches – parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi. Ce peuple que je me suis façonné redira ma louange. »

Is 43, 16-21

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve ! Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert. Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant, il jette la semence ; il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte les gerbes.

Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

À cause du Christ, j’ai tout perdu, en devenant semblable à lui dans sa mort

Frères, tous les avantages que j’avais autrefois, je les considère comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ, et, en lui, d’être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi. Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa Passion, en devenant semblable à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts. Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

Ph 3, 8-14

Celui d’entre-vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à jeter une pierre

En ce temps-là, Jésus s’en alla au mont des Oliviers. Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Jn 8, 1-11

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