Homélie du 10 fevrier 2016

Ton Père qui voit dans le secret te le rendra

Mercredi, -

Une homélie de fr. Bernard poupart

Nous voici devant un carême tout neuf, un carême à inventer.

L'Évangile nous en donne le cadre que nous connaissons bien: la prière, le jeûne, le partage. L'une de vous m'a écrit: « sous la poussière, retrouver une belle qualité de vie et de spiritualité. » Chacun de nous peut bien ce soir, après avoir mangé sa soupe, prendre le temps de chercher comment retrouver cette belle qualité de vie et de spiritualité, comment il va s'inventer un beau carême. Trouver des jeûnes qui ne seront pas des privations tristounettes mais des ouvertures intérieures pour mieux habiter paisiblement avec soi-même. Raviver le goût de vivre, car ouvrir le carême c'est déjà ouvrir Pâques. Consentir à mourir pour ressusciter avec le Christ. Accueillir le printemps en prenant soin du jardin secret du coeur. Non seulement chercher ce qu'on va encore pouvoir donner, mais réapprendre à ouvrir les mains et les yeux pour recevoir ce que les autres nous offrent pour vivre amicalement les différences.

Mais il ne peut pas s'agir de programmer quelques nouvelles performances personnelles. Nous ouvrons le carême en prenant notre place dans le monde, un monde de violence et de bêtise, un monde d'immenses souffrances. Le prophète Joël invitait les prêtres à pleurer entre le portail et l'autel. Saint Benoît, lui, nous appelle à la prière avec larmes. Dans la prière, il nous faut pleurer sur le monde comme Jésus pleurant sur Jérusalem, mêler nos larmes aux pleurs de Dieu devant l'écrasant péché des hommes. C'est notre manière démunie de communier à la miséricorde et à la compassion du Père.

Bien sûr, nous ne ferons pas que pleurer. Nous ne serons pas captifs de la bêtise et de la méchanceté. Tant d'hommes et de femmes autour de nous et partout dans le monde, même dans les pires situations, résistent, se battent, inventent, tissent du lien. Nous allons donc aussi sourire au monde, guetter les générosités et la créativité pour nous y joindre. Voyez comme ce que nos gouvernants ne parviennent pas à faire: donner du sens et de l'espérance, partout sur le terrain des hommes et des femmes le font avec une étonnante persévérance. Il faudra prendre le temps entre nous de nous dire toute l'amitié et le partage dont nous sommes les témoins autour de nous, dans nos magasins, dans nos hôpitaux, dans les résidences des vieillards. Nous retrouverons alors le sens de l'action de grâces pour dire à Dieu notre Père qu'il peut encore être fier de ses enfants, qu'ils sont beaux, qu'ils ont du coeur.

Au fond, allez, voici un carême pour reprendre souffle et donner du souffle. Secouer la médiocrité, les tristes habitudes, les petites manies. Nous donner les uns aux autres envie d'autre chose.

Saint Benoît dit que la carême est le temps de la joie du désir spirituel. Nous parlons davantage du désir, du long désir, au temps de l'Avent que Benoît ne connaissait pas. Alors, j'ai envie de vous dire: n'attachez pas trop d'importance à ces tristes cendres que nous recevons quand même. S'il ne tenait qu'à moi, je vous offrirais plutôt des fleurs et des parfums. Souriez donc au prêtre qui vous impose ces cendres. Et souriez-vous les uns aux autres. Souriez au monde. Il en a bien besoin et il le mérite. Voici le temps de la joie du désir spirituel. C'est ce que nous offrirons au monde avec candeur et simplicité de coeur.

 

Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements

Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu. Sonnez du cor dans Sion : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! Entre le portail et l’autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : « Où donc est leur Dieu ? » »

Et le Seigneur s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple.

Jl 2, 12-18

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.

50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17

Laissez-vous réconcilier avec Dieu. Voici maintenant le moment favorable

Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

2 Co 5, 20 – 6, 2

Ton Père qui voit dans le secret te le rendra

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.

Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »

Mt 6, 1-6.16-18

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