Homélie du 3 fevrier 2019

Jésus, comme Élie et Élisée, n’est pas envoyé aux seuls Juifs

Dimanche, 4ème Semaine du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr. Martin Neyt

Mes soeurs, mes frères.

Je vous rappelle l'Évangile entendu la semaine dernière. Jésus entre pleinement dans sa mission. Au baptême, le Père le confirmait comme le Fils bien-aimé, le Messie attendu par le peuple. Quarante jours plus tard, au désert, traversant les épreuves du Malin, l'Esprit saint le conforte dans sa mission vers les plus pauvres, les malades, les prisonniers de toute sorte et même les païens. Dans la synagogue de Nazareth, le texte du prophète Isaïe le brûle intérieurement. Oui, c'est à lui d'annoncer le Père sous le souffle de l'Esprit.

Tous ont les yeux fixés sur lui et nous aussi en ce jour. Comment cette Parole s'accomplit-elle, aujourd'hui, à Clerlande pour chacun de nous et à travers nous ? L'Esprit de Dieu avait poursuivi son dynamisme à la Pentecôte, dans les débuts de l'Eglise, à chaque moment de l'histoire. Cet « aujourd'hui » de Jésus traverse l'histoire et rejoint la part éternelle de chacune de nos vies. Par notre baptême et notre confirmation, nous aussi, nous avons reçu cette onction de l'Esprit et nous sommes envoyés dans le monde en pleine évolution.

Les réactions des auditeurs de Jésus sont variées. Elles le sont aussi pour nous. Faut-il s'en étonner ? D'un côté, la foule est dans l'admiration devant Jésus ; de l'autre, plusieurs sont sceptiques, surtout dans son village, et Jésus de leur répondre ce dicton : « Aucun prophète n'est bien accueilli dans son pays ». Lc 4. 24. Peut-être pouvons-nous dire avec Jésus : « Allons ailleurs, autrement dit, quel chemin devons-nous prendre dans ce monde nouveau qui surgit si vite ? ». Les jeunes, la génération climat, comme on l'a appelée, se mobilise ces semaines pour notre terre et sont décidés à changer nos comportements.

Dans les années 1990, après la guerre froide, nous pensions aller vers la paix universelle et la démocratie. Actu-ellement, c'est l'hiver de la mondialisation. Toutes les iden-tités, religieuses, politiques, ethniques, sociales, cherchent à se recomposer car l'information nous déstabilise. Ce sont les réseaux sociaux, les réfugiés et surtout une économie qui échappe à nos gouvernants. Le scepticisme nous entoure comme il entourait Jésus. N'est-il pas le fils du charpentier ?

Beaucoup de changements dans l'histoire de l'humanité ont paru dramatiques. Bien des situations actuelles sont inextricables et la tentation de baisser les bras est là, mais faire quelque chose est toujours possible. Le jeu financier dans le monde peut conduire à la pauvreté des uns et à une richesse excessive des autres, les crises et les guerres sont de l'ordre du possible. Nous avons peur, nous ne voulons pas être envahis, nous redoutons même la mondialisation. La laïcité est vue de nos jours, chrétiens inclus, comme un bien commun et comme une réponse à l'islamisation. L'Eglise elle-même est apparue bien fragile dans sa morale, dans sa défense des faibles, parfois même lâche, couvrant de son silence l'inacceptable. Comment vivre la mission du Christ de nos jours ?

Nous entrons dans une culture vraiment nouvelle comme celle du prophète Elisée qui fut envoyé non pas vers les lépreux en Israël mais vers Naaman, un Syrien.

C'est un changement de monde et pour les chrétiens le risque n'est pas seulement d'être pessimiste, c'est de rester, comme l'écrit Andrea Riccardi, des minoritaires élitistes, ou encore traditionnalistes, ou encore de se situer comme d'anciens combattants. Ces attitudes sont dramatiques.

Il nous est demandé de recréer un tissu communautaire et de parler d'espérance. Nous avons à construire une Eglise où l'on se parle, une Eglise qui fait vraiment communauté du peuple, lié à ceux qui souffrent et peinent. C'est une Eglise en Exode, qui marche dans le désert. Elle porte en elle une semence dans ce monde qui est précisément celle du Serviteur d'Isaïe que Jésus incarne quand il nous dit : « Aujourd'hui, cette Parole que vous venez d'entendre, s'accomplit ». Notre être intérieur, notre coeur, écrit St Pierre, demeure dans l'intégrité d'un esprit doux et serein, si précieuse devant la face de Dieu. Nous sommes habités par l'amour de Dieu, dans le souffle de l'Esprit. C'est précisément cette capacité d'aimer ceux qui sont dans le monde qui fait de nous des chrétiens au lieu d'en avoir peur. Oui, il nous faut retourner à la racine de notre foi pour retrouver cette compassion qui unit le genre humain. La prière possède une force qui relie les religions, qui possède une force historique pour changer les coeurs et le monde.

Un exemple que nous avons vécu. Chrysal Kenoukon, un de nos hôtes venant du Bénin, fut longtemps accueilli à Clerlande par le P. Jean-Yves et fut baptisé par lui. La semaine dernière, il nous demande de prier pour nos défunts, spécialement le P. Frédéric, Barnabé, Dieudonné et Jean-Yves. Des Soufis étaient parmi nous, ils ont souhaités se joindre à notre prière et ils ont chanté le Dieu Lumière et Amour.

Oui, le monde change aujourd'hui. A nous de rester éveillés.

 

Je fais de toi un prophète pour les nations

Au temps de Josias, la parole du Seigneur me fut adressée : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. Toi, mets ta ceinture autour des reins et lève-toi, tu diras contre eux tout ce que je t’ordonnerai. Ne tremble pas devant eux, sinon c’est moi qui te ferai trembler devant eux. Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses princes, à ses prêtres et à tout le peuple du pays. Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer – oracle du Seigneur. »

Jr 1, 4-5.17-19

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge : garde-moi d’être humilié pour toujours. Dans ta justice, défends-moi, libère-moi, tends l’oreille vers moi, et sauve-moi.

Sois le rocher qui m’accueille, toujours accessible ; tu as résolu de me sauver : ma forteresse et mon roc, c’est toi !

Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance, mon appui dès ma jeunesse. Toi, mon soutien dès avant ma naissance, tu m’as choisi dès le ventre de ma mère.

Ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut. Mon Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse, jusqu’à présent, j’ai proclamé tes merveilles.

Ps 70 (71), 1-2, 3, 5-6ab, 15ab.17

Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité

L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais.

Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée. En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé. Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant. Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu. Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité.

1 Co 13, 4-13

Jésus, comme Élie et Élisée, n’est pas envoyé aux seuls Juifs

En ce temps-là, dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d’Isaïe, Jésus déclara : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : ‘Médecin, guéris-toi toi-même’, et me dire : ‘Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !’ » Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.. En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. »

À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.

Lc 4, 21-30

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