Homélie du 11 janvier 2026

 Dès que Jésus fut baptisé, il vit l'Esprit de Dieu venir sur lui 

Le Baptême du Seigneur - Année A

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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Introduction

Nous avons chanté la grande joie de la présence du Seigneur Jésus parmi nous. Il faut toujours accueillir la joie qui nous est donnée.

Mais la fête du Baptême de Jésus nous rappelle aussi le chemin de la joie. Jésus lui-même l'a parcouru : il a voulu passer par le baptême dans le Jourdain, avec tous les pécheurs. Pour entrer dans cette fête du Baptême du Christ, nous sommes donc également invités à faire la démarche de tous ceux qui allaient au Jourdain, à l'appel du Baptiste, pour être purifiés de leurs péchés. Oui, il est bon de nous présenter, nous aussi, de cette façon devant le Seigneur, car nous sommes conscients d'être effectivement des pécheurs. Reconnaitre que nous sommes pécheurs est une des bonnes façons d'accéder à l'eucharistie. Ce n'est pas la seule, heureusement, mais elle est également juste. Nous avons effectivement péché de bien des manières et nous demandons au Seigneur qu'il nous reçoive dans sa paix, qu'il restaure en nous un cœur pur et nous rende la joie de son salut.

Je vais donc commencer par rappeler notre propre baptême, en refaisant l'aspersion d'eau qui est une prière de demande d'être purifié.

*

Tournons-nous maintenant vers la croix du Christ pour le prier.

Kyrie

Absolution

Que Dieu très-amant nous fasse miséricorde.

qu'il nous pardonne notre péché et nous conduise à la vraie joie !

Collecte

Rassemblés par la prière.

nous sommes invités à chanter la gloire de Dieu !

Gloria

LE BAPTÊME DU SEIGNEUR

2025 (Mt 3, 13-17)

Si Jésus est allé au Jourdain pour demander le baptême à Jean, ce n'était pas parce qu'il était pécheur. Mais s'il a tenu à quitter la Galilée pour descendre jusqu'au fond de la vallée du Jourdain, près de la Mer Morte, -- 480 mètres en dessous du niveau de la mer, le point le plus bas de la terre ! -- c'est parce qu'il voulait se joindre à ces pèlerins en quête d'une purification de leurs péchés. La première démarche de sa vie publique a consisté à demander de rejoindre ceux qui étaient le plus bas. Il a voulu être plongé, comme eux, jusqu'au cou, immergé dans ces eaux boueuses du Jourdain, avec tous ces fils perdus de la maison d'Israël. C'était là une démarche étonnante. Même le Baptiste ne comprenait pas cette volonté d'être immergé dans le Fleuve et dans la foule des pécheurs. Seulement plus tard, comme le raconte saint Jean, il a compris que Jésus était «  l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde  ». Jésus n'était pas pécheur, mais il était tout à fait solidaire des pécheurs. Et non seulement solidaire, mais compatissant, comme le prophète Isaïe l'avait entrevu : «  c'étaient nos souffrances qu'il portait ; c'est par nos péchés qu'il a été broyé  ».

Et c'est alors, après être descendu au plus bas et au plus obscur de notre humanité, qu'il prend conscience de la volonté de Dieu sur lui. Cette expérience concrète a été pour lui une révélation. Car il est ensuite sorti de l'eau ; et il a compris qu'il était vraiment le Fils du Père très bon, celui qui ouvre ses bras au prodigue, «  qui donne son soleil aux bons et aux mauvais et fait tomber la pluie sur les justes et les injustes  ». Il a réalisé qu'il était le Fils Bien-aimé du Père, en lequel il a mis t son amour. Il a compris que l'Esprit saint était désormais sur lui et qu'il était désormais son témoin parmi les humains désemparés, «  pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux captifs la libération  ».

Évidemment, sa vocation ne lui est pas tombée dessus par hasard, lors d'un séjour auprès de son cousin, mais là, il a eu la confirmation de ce qu'il pressentait dans sa prière à son Père, et en suivant son désir d'immersion parmi les pauvres de toutes sortes. Dès lors, après encore une retraite au désert de Judée, poussé par l'Esprit, il a commencé à annoncer le 'Royaume des Cieux', et l'appel à accueillir l'amour de son Père.

La fête du Baptême du Christ est donc importante. La naissance de Jésus n'est racontée que par saint Luc ; saint Matthieu est le seul à parler de la visite des mages ; mais le baptême du Christ est évoqué par Matthieu, Marc, Luc et Jean, et également dans les Actes des Apôtres et par saint Paul. Il s'agit en effet d'un moment tout à fait décisif de la vie de Jésus. Nous sommes heureux de pouvoir conclure ce temps de Noël par cette fête qui nous invite à entrer à notre tour dans la démarche du Christ.

Oui, mes frères, mes sœurs, nous prenons ainsi mieux conscience aujourd'hui que le chemin de l'Évangile commence toujours par un abaissement, en solidarité avec tous ceux qui sont abaissés, humiliés.

Pour aller par le chemin de l'évangile, il faut cependant commencer par dépasser une certaine fixation sur le péché qui caractérisait jadis la spiritualité et qui déteint même encore aujourd'hui sur la liturgie d'après le Concile. À ceux qui venaient recevoir le baptême de Jean pour être quitte de leur péché, il indique le chemin paradoxal : pour vous décharger de votre propre péché, prenez sur vous le péché des autres. Oui, «  portez les fardeaux les uns des autres  ». Comme l'Agneau de Dieu, il s'agit pour nous aussi de «  porter, pour les enlever, les péchés du monde  ». Au lieu de rester humiliés, blessés, et de demander sans cesse à Dieu de vous pardonner, commencez par pardonner aux autres. Pardonnez à ceux qui vous ont fait du tort, en prenant sur vous leurs torts, et vous serez libérés de votre culpabilité. Aussi, dans la prière que Jésus nous enseignera, il redira que notre Père pardonne effectivement à ceux qui qui ont eux-mêmes pardonné : «  comme nous avons pardonné à ceux qui nous avaient offensé  ».

La première étape sur le chemin à la suite du Christ qui a traversé les eaux du baptême consiste à savoir se baisser,  - mais pas pour cela à se culpabiliser. C'est ainsi que nous pouvons au mieux entrer dans le mystère de l'incarnation, du Dieu venu ici-bas, et dans le mouvement de l'Évangile. Bien sûr, pour bien comprendre l'Évangile, il faut le lire, l'étudier, le prier, mais pour le comprendre tout à fait, il nous faut nous engager concrètement dans un geste, comme a fait Jésus. En particulier le geste de s'abaisser. Quand il a voulu nous faire comprendre l'essentiel de la volonté de son Père, il s'est en effet abaissé au plus bas, au niveau des pieds de ses disciples, pour les laver, et il a ajouté : «  Comprenez-vous ce que j'ai fait pour vous ? (...) vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car c'est un exemple que je vous ai donné...  » Ensuite seulement, Jésus a révélé à ses disciples le cœur de son message. Et c'est aussi alors qu'il leur a confié le soin de continuer le geste du partage du pain en son mémorial.

Je me souviens d'une parole du pape François, lors d'une rencontre avec des personnes engagées au service des enfants malades. Il leur a dit : «  Pour comprendre la réalité de la vie, il faut s'abaisser, comme nous nous abaissons pour embrasser un enfant. Ils nous enseignent cela. Les orgueilleux, ne peuvent pas comprendre la vie, car ils ne sont pas capables de s'abaisser.  »

Mais pour continuer le mouvement de l'Évangile, il faut ensuite, aussi savoir se relever. L'Évangile ne nous demande pas de rester continuellement courbés ! «  Redressez-vous, levez la tête, car votre délivrance est proche.  » Le mouvement qui caractérise toute la vie de Jésus aboutit en effet à la résurrection. Chaque fois que nous nous redressons, après avoir servi, ou, comme au sortir des eaux, nous pouvons, nous aussi, aider nos frère et sœurs à se redresser, quand ils en ont besoin. Mais je crois que, pour effectivement aider nos frères et sœurs à se redresser, à participer à la résurrection de Jésus, -- ce qui est évidemment le plus important, -- il faut s'être d'abord abaissé à leur service. Nous oublions parfois cet ordre des choses, parce que le rôle de sauver nous convient mieux, mais ce serait ignorer le chemin que Jésus le premier a voulu prendre.

C'est en tout cas ce que cette fête du Baptême du Seigneur nous rappelle opportunément.

Nous pourrons alors aller jusqu'au bout de ce que nous enseigne l'évangile d'aujourd'hui et comprendre que Dieu est notre Père, comme Jésus l'a réalisé en sortant du Jourdain. Oui, mes sœurs, mes frères, la parole la plus importante de l'évangile, la parole qui peut nous relever et nous permettre d'aller avec confiance sur le chemin ouvert par le Seigneur Jésus, c'est ce que dit le Père à chacun, à chacune d'entre nous : «  Tu es mon fils, ma fille bien-aimée, en toi j'ai mis tout mon amour !  »

 

Voici mon serviteur, qui a toute ma faveur

Ainsi parle le Seigneur : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J'ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n'éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu'à ce qu'il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois.

Moi, le Seigneur, je t'ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l'alliance du peuple, la lumière des nations : tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. »

- Parole du Seigneur.

Is 42, 1-4.6-7

Dieu lui a donné l'onction d'Esprit Saint

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée, chez un centurion de l'armée romaine, il prit la parole et dit : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les ?uvres sont justes. Telle est la parole qu'il a envoyée aux fils d'Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous. Vous savez ce qui s'est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l'onction d'Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. »

- Parole du Seigneur.

Ac 10, 34-38

Dès que Jésus fut baptisé, il vit l'Esprit de Dieu venir sur lui

Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu'au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l'en empêcher et disait : « C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire.

Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l'eau, et voici que les cieux s'ouvrirent : il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 3, 13-17