Homélie du 20 septembre 2026

 Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? 

25ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine I du Psautier) - Année A

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Homélie :
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Bienvenue à tous, ici dans la chapelle et ailleurs grâce à la connexion internet. Recevons ce temps pour s'asseoir, écouter, réfléchir, une fois par semaine. Rien de trop. Toujours bienfaisant. «  Ma petite heure où je pense  », ainsi la réponse d'un jeune, lors d'une enquête sur le sens de la messe du dimanche. Non négligeable.

Penser et s'émerveiller, penser et entrevoir autrement les mêmes choses. Apprendre comment Dieu voit les choses. Il regarde et voit. Il voit autrement ?

Laissons-nous surprendre et nous former par le regard divin sur notre monde.

Invoquons le Nom de Dieu. Qu'il nous visite et nous comble de sa bonté qui est pardon. Ce pardon est surabondant, nous dit le prophète aujourd'hui.

Homélie

Le première lecture est tirée de la finale de tout un livret dans Isaïe : le livret de la Consolation qui va du chapitre 40 à 55. En cette finale on entend Dieu dire : «  Mes pensées ne sont pas comme vos pensées, et vos chemins ne sont pas comme mes chemins. Quelle différence ! Un abîme les sépare. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées au-dessus de vos pensées  ».

Et néanmoins ce Dieu est abordable, il se laisse trouver. Il est tout proche ! On est exhorté à venir le chercher et à le trouver. Invoquez-le, c'est le bon moment. Ici et maintenant. Car il est là avec l'abondance de sa pitié et de son pardon !

Le grand Psaume 145 enchaîne :

Dieu est proche de celui qui l'invoque (jeu de mots sympa : qarov qorav). Dans ton appel à toi tu entends déjà retentir sa proximité ! Essayons de le croire.

Paul prisonnier vit une urgence : vivre et mourir se touchent dans son expérience. Mais Christ est mon tout, dit-il. Mourir en devient un gain. J'y gagne, je ne puis que tomber dans sa main qui est généreuse à l'infini ! Il a beau être prisonnier, il est libre «  en Christ  » ! Libre par-delà même la possible mort qui l'attend ! Grandeur de cette vision de Paul.

Dans l'évangile Jésus raconte une histoire à l'adresse des purs et des durs, les observants, les grands actifs qui se montrent forts dans leur observance de la Torah. Jésus les confronte avec un cas particulier. Il y avait une fois... Un patron, une vigne et le temps de la récolte, avec l'embauche d'ouvriers. J'ai vu cela à Jérusalem. Des Palestiniens en attente le matin, dès 7, 8h. Un entrepreneur venait et chargeait cinq, dix, quinze ouvriers pour la journée, dans son camion.

Ici l'homme revient quelques heures plus tard et embauche de nouveau... Il vient même au début de la toute dernière heure et trouve encore des ouvriers : «  Que faites-vous là ?  » leur dit-il. «  Personne ne nous a embauchés  ». Ne fut-ce que pour une heure ? Pourquoi pas ! Sans contrat. «  Venez et travaillez, vous aussi, dans ma vigne !  » Belle offerte remarquablement généreuse ! Cela résonne jusque dans notre contexte ecclésial actuel. Vous êtes pensionnés. Mais pourquoi ne pas vous laisser embaucher avec vos compétences dans la vigne du Seigneur ? Car de toute évidence ici en Occident on ne trouve plus du monde pour remplir séminaires et monastères... L'évangile aujourd'hui lance cet appel : «  Venez travailler, vous aussi, dans ma vigne !  » Mgr Johan Bonny, évêque d'Anvers, déclare dans les médias : «  Nous avons épuisé les réserves. Préparons donc des hommes mariés, pas des jeunets... pour les ordonner un jour...  »

Vient le moment le plus surprenant de toute l'histoire : il faut payer chacun. Le maître demande qu'on commence avec les derniers embauchés. A tous il octroie un même salaire ! Un denier complet. En soi, d'après les exégètes, c'est un beau salaire pour toute une journée de travail. Les premiers embauchés qui ont travaillé toute la journée en viennent à protester. «  Car ceux qui n'ont travaillé qu'une heure, reçoivent exactement la même chose que nous... Ce n'est pas juste !  »

Cette remarque révèle combien le Dieu de Jésus comme le Dieu d'Isaïe ne pense pas comme M. Toutlemonde. Il respecte le contrat avec les premiers : nous sommes convenus : un dénier ! Avec les derniers il n'y avait aucun contrat ! «  N'ai-je pas le droit de faire avec mes biens ce que je veux ? Ou bien ton œil est-il mauvais parce que moi je suis bon ?  »

Avoir l'œil aussi bon que l'œil de Dieu. Voilà le défi.

Ailleurs Jésus dit : Soyez les enfants de votre Père céleste qui donne son soleil rayonnant sur les bons et les méchants, et qui envoie sa pluie sur les impies et sur les justes. Sans faire de distinction. Ce Père a l'œil constamment inclusif. Voulons-nous encore travailler pour un tel maître ? Voulons-nous devenir les dignes enfants d'un tel Père ? Quelque chose doit changer, sans doute ?

«  Considère ton œil, nous dit Jésus encore. As-tu perçu la poutre qui obstrue la vue de ton œil... Enlève d'abord la poutre dans ton œil  ». C'est elle qui m'empêche de voir les choses comme Dieu les voit. Gros travail préalable, travail de toute une vie ? «  Alors tu verras clair pour aborder l'œil de ton frère où une paille trouble la vue !  » Il y a toujours quelque paille dans l'œil de l'autre, mais la poutre dans le mien, l'ai-je réalisée ?

Une histoire des Pères du désert. Saint Macaire est assis dans sa grotte-cellule. Soudain il entend un cri rogue, assez effrayant, dans le désert, à proximité. Il passe la tête au dehors et qu'est-ce qu'il voit ? Un serpent. Un dragon. Et dans l'œil... une paille ! Il souffre. Il pleure. Il a crié. Réalisons un moment qu'il n'a pas une main, pas même un doigt pour s'aider lui-même ! Le moine s'approche, considère et prie : «  Seigneur, toi qui as guéri les yeux de l'aveugle-né, viens en aide à cette créature à toi et guéris-le de son malheur !  » Ce qui est remarquable, c'est que le moine qui a deux ains et dix doigts ne s'arroge pas le droit d'intervenir ! Il prie Dieu. Et aussitôt la paille tombe à terre et l'œil du serpent est guéri. L'histoire nous confie encore que le serpent s'est approché du moine et lui a baisé le pied, puis a regagné sa grotte à lui dans le désert... La poutre, la paille, mon œil et l'œil de mon frère, et Dieu dans tout cela. Méditons et aspirons à voir les choses quelque peu autrement et toujours davantage comme Dieu - le Dieu de Jésus et le Dieu d'Isaïe et celui de saint Paul - voit les choses. C'est pour cela que nous sommes ici. Amen.

 

Mes pensées ne sont pas vos pensées

Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu'il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l'homme perfide, ses pensées ! Qu'il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, - oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

- Parole du Seigneur.

Is 55, 6-9

Chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais. Il est grand, le Seigneur, hautement loué ; à sa grandeur, il n'est pas de limite.

Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses ?uvres.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu'il fait. Il est proche de tous ceux qui l'invoquent, de tous ceux qui l'invoquent en vérité.

Ps 144 (145), 2-3, 8-9, 17-18

Pour moi, vivre c'est le Christ

Frères, soit que je vive, soit que je meure, le Christ sera glorifié dans mon corps. En effet, pour moi, vivre c'est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j'arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : je désire partir pour être avec le Christ, car c'est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire.

Quant à vous, ayez un comportement digne de l'Évangile du Christ.

- Parole du Seigneur.

Ph 1, 20c-24.27a

Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit dès le matin afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d'accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c'est-à-dire une pièce d'argent, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. Et à ceux-là, il dit : ?Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.? Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : ?Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?? Ils lui répondirent : ?Parce que personne ne nous a embauchés.? Il leur dit : ?Allez à ma vigne, vous aussi.?

Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : ?Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.? Ceux qui avaient commencé à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'un denier. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : ?Ceux-là, les derniers venus, n'ont fait qu'une heure, et tu les traites à l'égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !? Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : ?Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner au dernier venu autant qu'à toi : n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?? C'est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 20, 1-16