Homélie du 8 novembre 2018

Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit

Jeudi, 31ème Semaine du Temps Ordinaire - Année Paire

Une homélie de fr. Yves de patoul

L'évangile de ce jour est un évangile paisible, serein, bien qu'il s'agisse d'un dialogue entre Jésus et un scribe, le scribe faisant partie des religieux qui n'avaient pas bonne presse dans l'entourage de Jésus. Souvent associés aux Pharisiens, ils sont presque toujours vilipendés par Jésus pour leur légalisme, leur fondamentalisme. Ici c'est même le seul cas, paraît-il, dans tous les évangiles où, un scribe est félicité par Jésus : « tu n'es pas loin du royaume de Dieu ».

Dans son commentaire de la réponse que Jésus lui a donné à sa question 'quel est le premier de tous les commandements ?', demandons-nous ce qui plaît à Jésus le prêtre par excellence comme dit la lettre aux Hébreux, et ce qui le laisse encore sur sa fin. Quel est le chemin qui lui reste à parcourir : « tu n'es pas loin », il te reste quelque chose à accomplir. Ici, ce n'est pas le détachement, c'est quoi ?

Reprenons le texte depuis le début : un scribe s'approche de Jésus et il lui pose la question, intelligente : dans les innombrables lois de la Torah, y a-t-il une hiérarchie ? tous les commandements sont-ils équivalents — certains le prétendent qui disaient que les petits péchés étaient aussi graves que les gros — ?  Y a-t-il un premier commandement (prôtè car le mot commandement en grec est féminin) ? Jésus répond à cette question en citant Deutéronome que nous avons entendu en première lecture. Oui il y a un premier commandement ! « Écoute Israël, Le Seigneur ton Dieu est l'unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de tout esprit et de toute ta force » et il y a un second « aimer son prochain comme soi-même » Il n'y en a pas de plus grands, affirme Jésus pour répondre de façon plus précise encore à sa question.

La réplique du scribe a quelque chose d'attendrissant car il commence par donner raison à Jésus son Maître, comme un élève qui féliciterait son prof, et il veut surenchérir en disant que ces deux commandements « valent mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices ». Ce commentaire plaît à Jésus qui lui attribue une très bonne cote. Mais il reste cependant un petit quelque chose qu'il nous faut découvrir.

Avant cela, soulignons les bonnes intentions du scribe, confirmées par Jésus. Notre scribe a vraiment l'intention de chercher l'essentiel. Voilà une problématique assez moderne ; qui revient de plus en plus souvent chez nos contemporains : après avoir essayé de multiples voies, après avoir divagué au point de perdre son âme, après s'être laissé usé, démoli, amoindri par toutes sortes de choses vaines, frelatées voire même nocives, on en revient à des choses essentielles, « naturelles ». On refuse la nourriture industrielle et commerciale ; on recommence à cultiver soi-même ses légumes pour ne citer qu'un exemple qui oblige à repenser complètement son mode de vie. C'est peut-être seulement pour les générations à venir qui seront acculées à ces changements profonds.

Dans le registre religieux, le retour à l'essentiel pour Jésus, c'est bien sûr l'amour, l'amour de Dieu et du prochain comme soi-même, fil rouge qui traverse tous les évangiles de Jésus. Mais prêtons attention au texte qui nous induit vers une possible méprise. Jésus félicite le scribe pour sa « remarque judicieuse », en l'occurrence que l'amour de Dieu qui est l'Unique Dieu et l'amour du prochain comme soi-même vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices c'est-à-dire vaut mieux que toute forme de culte. Le scribe a bien compris qu'il ne suffit pas de louer le Seigneur, de répéter à l'envi qu'il est Amour, Miséricorde et Bonté. Jésus nous a prévenus à de multiples occasions dans l'évangile du danger de cette méprise. Mais ici le contexte est particulier : discret, pacifique, bienveillant Jésus ne veut pas contrister le scribe : tu es sur la bonne voie lui dit-il (la théorie, tu la connais bien), mais il te reste encore à l'accomplir, et cela n'a pas de fin sur cette terre, lui suggère-t-il en quelque sorte.

Je poursuis sur cette réserve verbale à laquelle Jésus attache une grande importance et que le scribe semble avoir bien saisi. Il ne suffit pas de dire « Je t'aime, Seigneur, je t'aime » pour être sauvé, il faut faire la volonté de Dieu. Sans doute notre langage chrétien est-il parfois encombré par des mots que nous répétons, qui veulent tout dire et qui ne disent plus rien parce qu'on les a vidés de leur sens, parce qu'ils sont saturés de sens. Si aimer son prochain, c'est vouloir son bien, sommes-nous tellement sûrs que tout ce que nous faisons est profitable pour lui ? Nous commettons parfois de lourdes erreurs au nom de l'amour. Ne parlons pas de tout ce que nous ne faisons pas pour rendre heureux notre prochain. L'amour réel des ennemis nous permet souvent de vérifier la qualité de notre amour.

Je conclus en tentant de dire quelque chose sur le petit rien qui manquait au scribe pour entrer dans le royaume de Dieu : ce qu'il dit est très bien, comme l'est tout langage chrétien bien rôdé, mais quant à savoir ce qu'il convient de faire afin d'être en accord avec ce qu'il dit, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Il ne peut le faire seul, il a besoin de l'aide du Christ et de son Esprit. « Tu n'es pas loin, si tu as entrevu l'importance de la charité, si tu as compris qu'il faut vouloir concrètement pour ton frère ce que tu veux pour toi : une vie joyeuse, donnée, efficace, la reconnaissance par les autres, et l'amitié de Dieu.Alors, Seigneur, si je ne suis pas loin, dis-moi, aujourd'hui, ce qui me manque encore pour être tout près de toi ». (Fr. Jean-Christian Lévêque)

 

Tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte

Frères, c’est nous qui sommes les vrais circoncis, nous qui rendons notre culte par l’Esprit de Dieu, nous qui mettons notre fierté dans le Christ Jésus et qui ne plaçons pas notre confiance dans ce qui est charnel. J’aurais pourtant, moi aussi, des raisons de placer ma confiance dans la chair. Si un autre pense avoir des raisons de le faire, moi, j’en ai bien davantage : circoncis à huit jours, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu, fils d’Hébreux ; pour l’observance de la loi de Moïse, j’étais pharisien ; pour ce qui est du zèle, j’étais persécuteur de l’Église ; pour la justice que donne la Loi, j’étais devenu irréprochable. Mais tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte. Oui, je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur.

Ph 3, 3-8a

Chantez et jouez pour lui, redites sans fin ses merveilles ; glorifiez-vous de son nom très saint : joie pour les cœurs qui cherchent Dieu !

Cherchez le Seigneur et sa puissance, recherchez sans trêve sa face ; souvenez-vous des merveilles qu’il a faites, de ses prodiges, des jugements qu’il prononça.

Vous, la race d’Abraham son serviteur, les fils de Jacob, qu’il a choisis. Le Seigneur, c’est lui notre Dieu : ses jugements font loi pour l’univers.

Ps 104 (105), 2-3, 4-5, 6-7

Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les 99 autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !’ Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion.

Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’ Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »

Lc 15, 1-10

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