Homélie du 21 octobre 2018

Le Fils de l’homme est venu donner sa vie en rançon pour la multitude

29ème dimanche du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Martin Neyt

Mes soeurs, mes frères.

En ce mois d'octobre, nous avons bénéficié du soleil et du beau temps. Aujourd'hui, la communauté de Clerlande regarde l'horizon de l'année qui vient, à la fois ouverture et relance-Nous vous proposons un programme d'ateliers, de conférences, de concerts que je détaillerai après le repas, vers 14 h.

L'Eglise célèbre le dimanche de la mission. Pour nous, moines, la mission est de témoigner ensemble, à Clerlande, sur place donc, même si nous avons une fondation à Kinshasa. « Venez et voyez », nous rappelle Jésus. Dans ce mystère de communion, nos frères défunts restent proches de nous, au coeur de notre prière commune.

Voici un an, jour pour jour, le fr. Barnabé nous quittait pour le Royaume de Dieu et le lendemain, je trouvais le fr. Dieudonné décédé de grand matin à côté de ma porte. Deux belles figures monastiques, le fr. Barnabé, grand missionnaire au Katanga, le fr ; Dieudonné, grand liturgiste. Tous deux rayonnants de la présence du Christ. Leur lumière nous accompagne en ce jour de grâce.

Accueillons-nous mutuellement et tournons-nous vers la Source de nos vies, source de compassion et de joie.

Homélie

Pouvons-nous humblement mesurer ce qui habite le coeur du Christ quand, d'une part il a révélé sa gloire à Pierre, Jacques et Jean dans la transfiguration et, d'autre part quand il répète pour la troisième fois à ses disciples « que le Fils de l'Homme sera livré aux prêtres, condamnés à mort, livré aux Romains qui cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront avant qu'il ne ressuscite ». Comment Jésus, le Fils de l'Homme, peut-il vivre ces deux extrêmes, gloire et passion ? Comment ces disciples peuvent-ils comprendre quelque chose ? Comment nous-mêmes, vivons-nous ce paradoxe extrême qui, somme toute, fait partie de chacune de nos vies.

Isaïe n'avait-il pas prophétisé sur ce Juste, sur ce Serviteur, broyé par la souffrance qui se charge des fautes de la multitude. Dieu lui donnera la lumière et sa connaissance le comblera. Entrer dans la gloire de Dieu, oui, et pourquoi la souffrance, la mort ? L'Evangile de ce jour nous invite à interpeler Jésus, notre Maître, sur nos propres interrogations.

Laissons-nous guider par l'humilité et la douceur de notre Maître Jésus qui ne cesse de nous faire entrer dans ce mystère. « Maître, demandent Jacques et Jean (qui ont pu participer à sa transfiguration), nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander ».

Voilà une demande fondée sur une confiance totale, absolue ! Jésus s'engage prudemment : « Que puis-je faire pour vous, qu'attendez-vous de moi » ? C'est une réponse ouverte et patiente.

La demande jaillit claire. Rien de moins que de siéger à la droite et à la gauche de Jésus dans sa gloire ! Bien sûr, leur souhait rappelle une parole provenant de Jésus « Quand le Fils de l'Homme siégera sur son trône, vous aussi vous siégerez ». Mais ici, c'est une quête de pouvoir sans comprendre les exigences de Jésus. Celui-ci leur répond simplement : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé » ?

Boire la coupe et être baptisé, expriment les réalités les plus personnelles de Jésus et sa vie est tout entière peut être récapitulée dans cette interpellation. D'une part, boire la coupe, nous le faisons chaque dimanche dans un moment unique de grâce et de communion. Tels sont bien les sacrements, baptême et eucharistie. Ces gestes et ces paroles ne sont pas seulement les gestes décisifs que Jésus a posés à la dernière Cène. Ils embrassent notre propre vie et celle de l'histoire de l'humanité.

D'autre part, être baptisé exprime ce feu qui brûle intérieurement en Lui. Le nouveau baptême dont Jésus parle est celui de sa Résurrection qui passe par sa Passion. Il est lié à son baptême dans le Jourdain sous le Souffle de l'Esprit. Ce feu d'amour pour l'humanité brûle en lui. Tout simplement, Jésus nous propose de le suivre.

Plutôt qu'une réalité de pouvoir, la demande des deux fils de Zébédée se métamorphose en une manière de suivre Jésus. C'est un chemin d'humilité, de confiance, de douceur dans les épreuves de la vie qui nous donnera d'entrer dans son Royaume comme un enfant, un serviteur.

Eclairés par ces paroles, ils acceptent. « Nous le pouvons », disent-ils. A Gethsémani, avant l'arrestation de Jésus, Pierre, lui aussi, avait la même assurance avant de le trahir avant que le coq ne chante trois fois. Jésus leur répond gravement : « Oui, la coupe que je vais boire, vous la boirez et du baptême dont je vais être baptisé, vous serez baptisés ». Comme Pierre prêt à donner s vie pour le Christ, Jacques et Jean engagent leur destinée. Nous savons que Jacques fut un des premiers à donner sa vie et qu'il mourut martyr comme il est écrit dans les Actes des Apôtres (Ac. 12. 1-2). Jean, lui, sera seul au Calvaire, à partager la coupe avec Jésus en croix et sa mère.

Quand à notre tour, nous osons poser au Christ la question de notre propre destinée, nous entendons l'interpellation de Jésus : « Toi, es-tu prêt à me suivre » ? Car Il est le chemin, la Voie qui conduit au Père. Notre destin n'est pas d'être centré sur nous-même, d'ambitionner une forme de pouvoir ou d'autorité mais d'être là humblement au service du Père.

La vie toute entière de Jésus, le Fils bien-aimé fut de nous révéler la compassion du Père pour entrer dans une paix et une joie indicible que le monde ne peut nous enlever. Le feu de l'Esprit qu'il est venu nous partager est d'être baptisé dans la confiance, l'obéissance, l'humilité, serviteur parmi les serviteurs. Si vous relisez l'Evangile de ce jour, trois exigences frappent notre mémoire, notre intelligence, notre coeur. Le premier mot de cet échange est « Maître », oui Jésus est le Maître, guide de nos vies. Et en finale du récit, il y a cette phrase qui résume tout l'Evangile : « Le Fils de l'Homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ». Mc 10. 45. Cette phrase est précédée par une autre : Si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit l'esclave de tous.

Maître, esclave, serviteur nous font entrer dans l'eucharistie de ce jour. Que nous soyons ensemble confiants et obéissants comme le Christ obéissant ; que nous soyons serviteur comme le Serviteur ; que nous devenions doux et humble de coeur et nous entrerons dans sa paix et sa joie.

 

S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours

Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes.

Is 53, 10-11

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ; il est fidèle en tout ce qu’il fait. Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur : il est pour nous un appui, un bouclier. Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi !

Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22

Avançons-nous avec assurance vers le Trône de la grâce

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

He 4, 14-16

Le Fils de l’homme est venu donner sa vie en rançon pour la multitude

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Mc 10, 42-45

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