Homélie du 16 septembre 2018

Tu es le Christ… Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup

Dimanche, 24ème Semaine du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Bernard poupart

« Pour les gens, qui suis-je ? »

demande Jésus aux disciples.

(Mc 8, 27)

Si cette question était posée aujourd'hui : qui est le Christ pour les gens aujourd'hui ? Personne n'évoquerait ni Jean-Baptiste ni Elie comme les gens pouvaient y penser au moment où Jésus posait la question. Mais beaucoup reconnaitraient volontiers qu'il est un prophète et seraient disposés à accueillir son message pour autant qu'ils le connaitraient.

Jésus est aisément placé parmi les inspirateurs de l'humanité, comme Socrate ou Bouddha. Nombreux sont ceux qui pensent : Jésus oui, mais pas ses disciples, pas l'Eglise.

C'est pourtant bien à nous que la question est encore posée : qui est Jésus pour nous ? J'ai écrit qu'il est la face humaine de Dieu. Mais encore ? Quand Pierre répond : « Tu es le messie, le Christ », il évoque probablement le messie-roi attendu en Israël. Jésus se présente lui-même tout autrement : il va souffrir, être rejeté, tué et ressusciter.

C'est ce que nous disons dans le Credo, que nous omettons la plupart du temps ici mais que je vous inviterai à redire ensemble aujourd'hui : « il a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, et le troisième jour est ressuscité des morts ». Observons au passage qu'on ne dit rien dans ce Credo de l'enseignement de Jésus, des béatitudes, des paraboles, de ses miracles, de son comportement avec les pauvres et les pécheurs. Or c'est précisément tout cela, l'enseignement de Jésus et ses gestes, qui est évoqué lorsque beaucoup reconnaissent en lui un prophète. Jésus, lui, ne s'est pas présenté comme le prophète du Royaume, ce qu'il était bien pourtant, mais comme le « Fils de l'homme », souffrant, tué, et promis à la résurrection. Et c'est aussi précisément tout cela que je veux dire quand je parle de la face humaine de Dieu : la sainte face du Christ des douleurs et la face de lumière du transfiguré. Cette face humaine est la face de Dieu dévoilée : Dieu rejeté, souffrant, mort et surgissant vivant de la mort.

Si nous croyons à ce Christ-là, à ce Dieu-là, cela signifie deux choses : - D'abord que nous n'avons pas à défendre un Dieu qui ne s'est pas lui-même défendu. Qu'il soit encore rejeté n'est pas nouveau. Cela fait partie du programme. Il y aura toujours des humbles et des pauvres pour le reconnaître. Et sa puissance de résurrection tirera encore l'humanité au-delà d'elle-même. Le Christ mort et ressuscité est le Christ de notre foi.

- Mais ce visage du Christ façonne aussi nos visages et nos vies, et c'est ce que Jésus veut faire entendre quand il ne parle plus seulement aux disciples mais à toute la foule : marcher à sa suite, c'est renoncer à soi-même, prendre sa croix, perdre sa vie pour la sauver. Etre disciple n'est donc pas une affaire de morale, mais une certaine manière, ou plutôt une manière certaine d'engager sa vie, de la risquer, de consentir à se perdre pour se sauver. Et qu'est-ce que cela signifie sinon mener un combat où nous prendrons des coups, dans la fidélité à un amour, à une espérance ? Et dans notre quotidien, transformer les défaites de toutes sortes, les défaites collectives, les défaites de l'Eglise dont on parle aujourd'hui, comme les plus intimes, en un passage pour vivre la vérité. Passage, c'est Pâque. Nous annonçons aux autres avec ténacité que nos vies et la vie du monde sont une Pâque. Et nous reconnaitrons la face de Dieu sur tous les visages meurtris et défigurés, comme nous guetterons toujours les sourires dans les larmes, la puissance de la vie plus forte que tout, la face de la lumière de Dieu dans toute la bonté joyeuse qui sauve le monde.

 

J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient

Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. Il est proche, Celui qui me justifie. Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Quelqu’un veut-il m’attaquer en justice ? Qu’il s’avance vers moi ! Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ?

Is 50, 5-9a

J’aime le Seigneur : il entend le cri de ma prière ; il incline vers moi son oreille : toute ma vie, je l’invoquerai.

J’étais pris dans les filets de la mort, retenu dans les liens de l’abîme, j’éprouvais la tristesse et l’angoisse ; j’ai invoqué le nom du Seigneur : « Seigneur, je t’en prie, délivre-moi ! »

Le Seigneur est justice et pitié, notre Dieu est tendresse. Le Seigneur défend les petits : j’étais faible, il m’a sauvé.

Il a sauvé mon âme de la mort, gardé mes yeux des larmes et mes pieds du faux pas. Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants.

Ps 114 (116 A), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9

La foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte

Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. En revanche, on va dire : « Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. »

Jc 2, 14-18

Tu es le Christ… Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup

En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. »

Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne.

Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »

Mc 8, 27-35

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