Homélie du 9 septembre 2018

Il fait entendre les sourds et parler les muets

Dimanche, 23ème Semaine du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Martin Neyt

Mes soeurs, mes frères, aujourd'hui le Seigneur vient poser son doigt sur nos oreilles et notre langue et proclame : « Effata !" Un mot araméen qui signifie Ouvre-toi ». Il est clair qu'il ne s'agit pas seulement d'un geste corporel, mais d'un signe de guérison intérieure.Nous tous, c'est-à-dire, nous-même, l'Église, notre société, celle qui vote aujourd'hui en Suède ou ailleurs, nous pouvons être sourds à la parole de Dieu et incapable de parler de façon juste. Les deux touchers de Jésus dans la guérison du sourd-muet forment le prélude à son regard tourné vers son Père et au souffle de l'Esprit.Au début de cette célébration, rendons grâce pour tout ce que nous entendrons, dépouillons-nous de nos vaines préoccupations, confions-les au Maître de nos vies et accueillons sa miséricorde qui transforme notre nature par sa présence et annonce déjà les prémices d'un univers nouveau.

Von Balthazar, Lumière de la Parole, année B H 122

Homélie

Jésus témoigne jour après jour de la miséricorde de son Père des cieux. Sur une terre étrangère, hier c'était la fille d'une syro-phénicienne qu'il guérissait à distance, aujourd'hui c'est un sourd-bègue qu'il touche pour convertir nos coeurs à son écoute.

Tous les sens du malade sont concernés : Jésus lui touche ses oreilles de ses doigts ; il lui met de la salive sur la langue, lève son regard vers le ciel, et dit avec autorité « Ephphata ! Ouvre-toi ! » et aussitôt les oreilles du malade s'ouvrent et sa langue se met à parler correctement.

Le profond soupir de Jésus et ses yeux levés vers le Très-Haut manifestent sa compassion face à la souffrance humaine et aussi la présence de son Père et le souffle de l'Esprit-Saint. La guérison du coeur passe à travers le corps.

Marc est le seul évangéliste à préciser les gestes guérisseurs du Christ, révélant ainsi la toute-puissance qui rayonne de sa chair, imprégnant même ses vêtements. Peut-être êtes-vous surpris, comme moi devant le geste de Jésus mettant de la salive sur la bouche du malade ? Dans l'Évangile de St Jean (9. 6) Jésus guérit un aveugle-né : il crache sur un peu de terre ; il en fait de la boue et l'utilise comme un collyre. Cet acte commun aux deux récits a été repris dans le sacrement du baptême. Dieu s'est fait chair, habitant parmi nous. Et son sacrement passe aussi par l'usage de nos sens.

Dans le récit de la Genèse (Gen 2. 7), « Dieu modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant ». Ce récit ne sera complet qu'après la création de la femme tirée du côté de l'homme profondément endormi. Les gestes de Jésus sont à leur tour des actes créateurs. Dans le récit de ce jour, se perçoivent clairement l'action des cinq sens : les oreilles et la langue (du sourd muet) ; le toucher de Jésus (ses mains, sa langue) ; son souffle (son soupir), son regard (sur la foule, le malade et ses yeux tournés vers le ciel).

Les cinq sens ont été l'objet de bien des études. Rosenzweig, un philosophe juif, a relié nos sens en dessinant une étoile composée de deux triangles. Le nez et les oreilles tournent nos sens vers l'intérieur, c'est un premier triangle ; l'autre se superpose composé de nos yeux et de la bouche, ce deuxième triangle tourne nos sens vers l'extérieur. Le souffle et l'écoute d'un côté, le regard et la parole de l'autre. Le 5ème sens est bien le toucher créateur venant de Dieu, créant l'homme et la femme à son image.

Nous voici donc créés avec nos cinq sens. Comment les voyons-nous pour nous-même et chez les autres ? Ils sont là comme une trouée vers un autre monde. Chacun d'eux, en particulier les oreilles et les yeux, nous apporte une parole et une lumière qui traversent le réel et ouvre un monde nouveau.

Le prophète Isaïe, dans la première lecture (Is 35. 4-7) nous donne un premier écho d'une création nouvelle : « Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s'ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l'eau jaillira dans le désert- ».

Un peu après ce récit, Marc explicite la guérison d'un aveugle (Mc 9. 22-26) qui se passe en deux temps. « On supplie Jésus de toucher l'aveugle de Bethsaïde ; Prenant l'aveugle par la main, Jésus le conduisit hors du village. Il mit de la salive sur ses yeux, lui imposa les mains et lui demanda : « Vois-tu quelque chose ? » Ayant ouvert les yeux, l'aveugle répondit : « J'aperçois les gens, je les vois comme des arbres, mais ils marchent. ». Puis Jésus lui pose de nouveau les mains sur les yeux et l'homme vit clair et il voyait distinctement ».

Au Ve siècle, des moines de Gaza, comparent notre vie à la construction d'une maison. Le fondement en est la foi, et l'humilité le mortier, les murs sont tissés de nos actions et de nos vertus qui constituent notre personne et notre vie. Le toit représente la charité divine qui couvre l'ensemble. Cette maison possède des fenêtres qui sont nos cinq sens ouverts sur l'extérieur.

A travers eux, la vie peut nous apparaître triste, habitée de ténèbres ; avec le Christ Jésus, notre vue peut s'épanouir et découvrir la réalité sous un jour toujours nouveau et lumineux. Peut-être alors entendons-nous Jésus qui soupire, qui pose ses mains sur nos oreilles et nos yeux. Nos oreilles entendront sa parole qui nous dit « Ephphata, Ouvre-toi ». Et voici la lumière pascale qui entre dans notre vie. Nos oreilles et nos yeux s'ouvrent à l'Évangile. La guérison de la surdité physique est découverte d'un autre regard. C'est par le baptême que nos oreilles, nos yeux, nos sens sont touchés et que nous découvrons la lumière du Ressuscité par la grâce de l'Esprit Saint. Chaque sacrement de L'Église porte en lui une parole et un geste miraculeux qui touchent nos sens.

Mes soeurs, mes frères, méditons sur cette humble réalité. Aujourd'hui, en ces instants, le Christ Jésus nous touche par sa parole, par son pain et son vin devenant son corps et son sang. Que notre coeur s'ouvre à cette création nouvelle et illumine notre vie.

 

Alors s’ouvriront les oreilles des sourds et la bouche du muet criera de joie

Dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif, en eaux jaillissantes.

Is 35, 4-7a

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité, il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes, le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin, il égare les pas du méchant. D’âge en âge, le Seigneur régnera : ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

Ps 145 (146), 6c-7, 8-9a, 9bc-10

Dieu n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres pour en faire des héritiers du Royaume ?

Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied. » Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ? Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ?

Jc 2, 1-5

Il fait entendre les sourds et parler les muets

En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

Mc 7, 31-37

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