Homélie du 26 août 2018

Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle

21ème dimanche du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

l'Évangile est toujours un appel, un appel à la conversion. Ici, dans l'évangile de ce jour, la question est claire : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »

Nous sommes arrivés à l'épilogue de ce chapitre. En conclusion au long discours du pain de vie que nous avons entendu durant tout ce mois, le moment est venu pour les disciples de prendre parti. Ils ont dû choisir. Nous pressentons que c'était là un moment charnière de l'Évangile. Il y a un avant et un après ce 'discours du pain de vie'.

Quant à nous, nous ne voulons pas seulement procéder à une exégèse correcte, pour comprendre et bien situer la conclusion de ce chapitre. Nous voulons « faire descendre notre esprit de la tête dans notre coeur », comme le recommande la tradition orthodoxe de la prière du coeur. Le coeur (au sens vrai du mot) est le foyer de notre vie. C'est là que les pensées lumineuses ou généreuses que notre tête a conçues peuvent être assimilées et porter des fruits. C'est là que se prennent les engagements importants. Je crois donc que nous devons lire ainsi l'évangile, et nous efforcer de bien le comprendre, mais qu'ensuite nous devons encore le faire descendre de la tête à notre coeur, si nous voulons intégrer dans notre vie concrète l'appel de Jésus.

Oui, mes frères et mes soeurs, l'Évangile est toujours un appel, un appel à la conversion. Ici, dans l'évangile de ce jour, la question est claire : « Voulez-vous partir, vous aussi ? ». Et nous avons vu que les apôtres ont refait leur choix : « A qui irions-nous ? » En fait de choix, il faut remarquer qu'il s'est plutôt agi d'une réponse au choix de Jésus qui leur dit : « Ne vous-ai-je pas choisi, vous les Douze ? » Effectivement, dans l'Évangile, tout se vit dans ce choix réciproque et sans cesse réaffirmé.

Nous voulons, nous aussi, nous situer par rapport à cet épisode de l'évangile. Nous voyons autour de nous que beaucoup s'en sont allés et ont cessé de marcher avec le Christ, du moins extérieurement, parce que nous ne voyons pas les coeurs. Mais nous qui sommes rassemblés dans cette chapelle, nous ne voulons pas en être séparés : il a les paroles de la vie, les paroles qui nous font vivre. Nous ne voulons pas non plus nous laisser effaroucher ni rebuter par les 'paroles rudes' qu'il nous adresse parfois. Elles sont souvent difficiles, 'intolérables', mais nous préférons lui faire confiance, en attendant que l'Esprit nous y révèle la vie. Nous ne sommes pas des intégristes, mais voulons accueillir tout l'Évangile, en nous laissant convertir toujours davantage à son écoute.

Autre chose, en effet, l'accueil sincère d'une parole d'Évangile, l'admiration et, comme le dit le philosophe André Comte-Sponville, la reconnaissance de dette à l'égard du message du Christ. Autre chose le choix pour la personne de Jésus, l'engagement vital dans l'obéissance à son appel, bref : la conversion du coeur. Bien sûr, nous nous réjouissons de voir de nombreuses personnes, de toutes appartenance philosophique ou religieuse, qui respectent et admirent aujourd'hui l'Évangile. Ils nous aident à redécouvrir 'Le Christ Philosphe', le 'Jésus Médecin' ou le 'Christ cosmique'. Ils nous aident à démythologiser, voire à démystifier les évangiles. Nous leur sommes reconnaissants. Mais, jusqu'où pouvons-nous aller sur ce chemin ? Selon quels critères allons-nous relire, réinterpréter ces évangiles ? N'y a-t-il pas un réel danger à ainsi retailler un Christ à notre convenance, à le réduire à notre propre idéal ? Quitte à escamoter ce que nous jugeons 'intolérable', pour reprendre le mot utilisé par de nombreux disciples dans la synagogue de Capharnaüm.

Non ! un Christ 'tolérable' ne nous suffit plus. Le choix des disciples de Jésus, -- notre choix, -- n'est pas dicté uniquement par l'admiration pour un évangile fascinant et un personnage remarquable, il est un pari, un engagement risqué, qui va parfois à l'encontre du bon sens, mais il est la confiance éperdue en une personne.

Je vais essayer de préciser ce qu'est cette confiance, quand elle est donnée depuis le coeur. J'ai participé hier au mariage d'une petite nièce, à Courtrai. Je n'ai pas beaucoup pu échanger avec les jeunes mariés, mais je suppose que, s'ils ont décidé de se marier à l'église, c'était parce qu'ils voulaient faire un engagement plus résolu, avec l'aide de Dieu. Ils ne voulaient pas se borner à dire : « Je te choisis parce que tu me plais, -- autant que dure le plaisir ». ni : « Je t'aime parce que tu me conviens ». Mais : « Je choisis, je décide de désormais t'aimer, parce que c'est toi. Je veux entrer dans ton univers comme il est, comme il sera ». Le 'oui' prononcé au mariage exprime cette détermination qui est un retournement de la situation qui doit ensuite être monnayé dans la vie quotidienne.

Dans notre rapport avec le Christ, nous faisons le même retournement. La conversion dans laquelle nous voulons nous engager chaque jour, ne peut pas se borner à choisir le Christ qui nous plait, par exemple le 'Christ philosophe', tout en excluant ce qui nous semble intolérable chez lui. Non, nous voulons entrer dans son univers, tel que nous le racontent les évangélistes et qu'une bonne exégèse nous le confirme

Et pour que ce choix soit sincère et effectif, il nous faut prendre le temps pour « laisser descendre dans notre coeur » toutes ces paroles -- et aussi toutes nos propres réflexions et interrogations. Si nous voulons rester avec le Christ et laisser sa parole de vie irradier notre propre vie, nous ne pouvons laisser son message dans notre tête uniquement. Là nous l'avons déjà bien compris. Mais il faut qu'il descende aussi dans notre coeur, dans tout notre corps, dans un comportement tout entier converti. Sans une intériorité patiemment développée, notre vie chrétienne risque de rester assez terne et contraignante. En effet seule la prière nous permet de réaliser que le choix de rester avec le Christ n'est pas tant le fruit de notre appréciation ou de notre générosité personnelle, mais qu'il est un don, comme le dit encore le Christ dans cet évangile : « Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père ». Le manque de prière profonde (ou simplement le manque de silence) explique pour une part importante que tant de personnes trouvent les paroles de l'Évangile intolérables ou insignifiantes, et qu'elles quittent l'assemblée des fidèles.

Mais au cours de l'Eucharistie nous sommes invités à aller jusqu'au point où se rencontrent les choix, là où se rejoint la volonté du Sauveur et notre désir de vivre le plus profond. Et là, au plus vrai de notre vie, nous pouvons chanter notre action de grâce, notre gratitude à Dieu qui nous a aimé le premier.

 

Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu

En ces jours-là, Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ; puis il appela les anciens d’Israël, avec les chefs, les juges et les scribes ; ils se présentèrent devant Dieu. Josué dit alors à tout le peuple : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

Jos 24, 1-2a.15-17.18b

Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres. Je me glorifierai dans le Seigneur : que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris. Le Seigneur affronte les méchants pour effacer de la terre leur mémoire.

Malheur sur malheur pour le juste, mais le Seigneur chaque fois le délivre. Il veille sur chacun de ses os : pas un ne sera brisé.

Le mal tuera les méchants ; ils seront châtiés d’avoir haï le juste. Le Seigneur rachètera ses serviteurs : pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

Ps 33 (34), 2-3, 16-17, 20-21, 22-23

Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église

Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.

Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée. C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme : comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même. Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin.

C’est ce que fait le Christ pour l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture : À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église.

Ep 5, 21-32

Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !… C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »

À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »

Jn 6, 60-69

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