Homélie du 28 juin 2026

 Celui qui ne prend pas sa croix n'est pas digne de moi. Qui vous accueille m'accueille 

13ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine I du Psautier) - Année A

Une homélie de fr. Grégoire Maertens

13ème dimanche ordinaire A (7)

Quel contraste entre l'accueil familier réservé au prophète Elie par un couple riche et généreux
et, tout à coup, cet ordre apparemment inhumain de la part de Jésus d'avoir à prendre distance des attaches humaines. «  Dieu premier servi !  »


Le texte est plein de paradoxes : «  Qui veut garder sa vie pour soi la perdra et qui perdra sa vie à cause de Moi la gardera.  »


Il s'agit d'une priorité. Le novice qu'on empêchait de rentrer à la maison pendant son noviciat ne vivait pas cela avec amertume, ni le missionnaire éloigné des siens pendant plusieurs années : ils avaient choisi, ils tenaient compte d'une priorité : «  Dieu premier servi ! «  Un Dieu vivant qui comptait 
pour eux. St Benoît en parle explicitement : au chapitre 4 de sa Règle, il énumère 73 bonnes œuvres à accomplir, la première étant : « Avant tout, aimer le Seigneur Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force  » ; « et  ensuite le prochain comme soi-même  ». Un peu plus loin il invitera à «  ne rien préférer à l'amour du Christ  ».


«  Dieu premier servi  » ! La petite croix tracée sur le front d'un être aimé, n'a pas pour but de chasser le mauvais sort : mais c'est pour dire : «  Entre tes mains, Seigneur je remets ma vie et la vie de mes proches  » et je la reçois de Toi, nouvelle, de Toi, qui n'as pas pour fonction d'aimer mais qui es l'Amour en personne, avec un grand A. C'est une bonne nouvelle, non ? La bonne nouvelle par excellence.


Et qu'on arrête de nous bassiner les oreilles avec des mots comme «  péché  », «  indignité  », «  pitié  » : bien sûr que le péché est une réalité mais, car il y a un mais : le vrai péché ne serait-ce pas de nous croire loin de notre Créateur ? Rappelons-nous sans cesse son vrai nom au cas où nous l'aurions oublié ! Rappelons-nous le nom de Jésus, qui signifie «  Dieu sauve  ». Le répéter au cours de la journée, n'est pas une manière de dire à Dieu :  »Je t'aime  » ?


Comme ce serait beau, au lieu de nous compliquer la vie, de pouvoir reprendre à notre compte et de murmurer dans le silence de notre chambre les paroles du psaume de tout à l'heure, qui n'est autre qu'un poème d'amour :

«  Ton amour sans fin je le chante.
ta fidélité est plus stable que les cieux
je l'annonce âge en âge,

ton amour me fait danser de joie 
». (Ps .88)

Est ce possible que Jésus ait demandé de tourner le dos à son père, à sa mère, à sa famille qui, 
en principe, sont des foyers d'amour ? En fait Jésus attire l'attention de ses auditeurs sur le but, pardon....., sur une Personne, que nous ne voyons pas mais que lui connaît et dont il nous dévoile le secret à savoir : « II vous aime à la folie  » . Simplement : «  Ne l'oubliez pas  ». Vous êtes les ruisseaux, c'est merveilleux, mais ne vous prenez pas pour la source : dansez pour la source avec reconnaissance, et comme le dit Paul dans sa lettre aux Colossiens : «  Vous produirez toutes sortes de bonnes œuvres et vous grandirez dans la connaissance de Dieu (Col 1,10 ) Une connaissance qui pourrait prendre la couleur de l'amitié - «  Je ne vous appelle plus serviteurs mais «  amis  » : la prière n'est-elle pas un dialogue personnel avec ce grand ami ? Serait-elle un luxe réservé à quelques courageux spécialistes. N'est-elle pas la preuve concrète que l'on accorde à Dieu la première place ?


Pas question de ne pas aimer la famille : mais comment concilier cela avec le détachement
complet demandé par Jésus ? Pas question non plus d'affadir le message : Jésus reste un signe de contradiction. Il n'a pas renié les attachements humains ; il n'a pas mis aux oubliettes la beauté, la réalité de l'amour qui se manifeste de 1001 manières dans notre monde quelle que soit l'appartenance de ceux et celles qui jour après jour font preuve de d'attention et de soins au service de leurs semblables.


Jésus n'a pas dit : «  Celui qui aime sa famille n'est pas digne de moi  ». Il a dit : «  Celui qui aime ses proches plus que moi.  » C'est sur cette priorité qu'il faut mettre le paquet : «  Dieu premier servi !  »

Vous vous rappellerez peut-être cette chanson de Marie-Claire Pichaud : 
 «  Je te louerai Seigneur, à travers toutes choses,
 dans ce monde de peine où tu m'as dit d'aimer...  »

Oui, nous louerons le Seigneur parce que, sur la parole des Apôtres, nous croyons qu'Il nous a aimés 
le premier. Le Dieu que Jésus révèle c'est le Dieu - risquons le mot - transcendant, super, qui n'a d'autre nom que «  Amour  ». (1 Jean 4, 16)


Ecoutons encore Maître Eckhart : «  Accepter Dieu dans sa transcendance n'est pas une chose évidente : cela demande beaucoup de courage et un saut dans le vide, l'abandon des choses familières, sûres et sécurisantes...  »

Et il poursuit : «  Au départ notre notion de Dieu est faussée par nos besoins personnels, nos émotions : cela prend du temps pour que la vérité émerge.  »


Mourir au péché, puisqu'il faut quand même en parler, ce serait donc la capacité constante de remettre à sa place notre petit moi pour nous tourner joyeusement vers le Dieu vivant.

Pour conclure, je vous propose de revenir à la première lecture en demandant au prophète Elie de céder la place à Jésus. Nous pourrions dire alors :


« Construisons-lui une petite chambre et quand il viendra chez nous il pourra s'y retirer.  »
Amen !


 

Celui qui s'arrête chez nous est un saint homme de Dieu

Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu'il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu'il passait par là, il allait manger chez elle. Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s'arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s'y retirer. »

Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n'a pas de fils, et son mari est âgé. » Élisée lui dit : « Appelle-la. » Le serviteur l'appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras. »

- Parole du Seigneur.

2 R 4, 8-11.14-16a

L'amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l'annonce d'âge en âge. Je le dis : C'est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux.

Heureux le peuple qui connaît l'ovation ! Seigneur, il marche à la lumière de ta face ; tout le jour, à ton nom il danse de joie, fier de ton juste pouvoir.

Tu es sa force éclatante ; ta grâce accroît notre vigueur. Oui, notre roi est au Seigneur ; notre bouclier, au Dieu saint d'Israël.

Ps 88 (89), 2-3, 16-17, 18-19

Unis, par le baptême, à la mort et à la résurrection du Christ

Frères, ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c'est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts.

Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d'entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n'a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c'est pour Dieu qu'il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.

- Parole du Seigneur.

Rm 6, 3-4.8-11

Celui qui ne prend pas sa croix n'est pas digne de moi. Qui vous accueille m'accueille

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m'accueille ; et qui m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d'eau fraîche, à l'un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 10, 37-42