Homélie du 5 août 2018

Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif

Dimanche, 18ème Semaine du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Martin Neyt

Reçois ce que tu es. Deviens ce que tu reçois

Frères et soeurs, cette semaine nous avons fêté St Ignace, le fondateur de la Compagnie de Jésus et nous avons entendu ces paroles : « Tout ce que vous faites : manger, boire ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu ».

Que ce dimanche soit pour chacun de nous un temps pour célébrer la gloire de Dieu et pour en prendre conscience dans notre vie de tous les jours. C'est le Fils bien-aimé du Père, Jésus-Christ, qui nous y introduit par ses paroles : « Je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif ». Nous sommes les uns pour les autres ce pain de vie et ensemble nous constituons son Corps, le Corps du Christ.

Dans les lectures, il sera beaucoup question de manger et de boire, en ce milieu des vacances pour certains, quand nous communierons, songeons à cette réflexion de St Augustin « Reçois ce que tu es. Deviens ce que tu reçois ».

Tournons-nous vers Celui qui nous renouvelle sans cesse, nous apprend à aimer à travers nos joies, nos peines et les épreuves que nous traversons. Qu'ensemble nous puissions grandir dans sa grande miséricorde.

Homélie

Dans la descente aux enfers des camps de concentration, Soljenitsyne écrit : le prisonnier apprend à manger très peu, parfois à jeûner radicalement. Il apprend à se nourrir sans hâte, attentivement. Voici ce qu'Ivan lui raconte d'une façon rustre : « On doit manger en ne pensant qu'à cela. Te rappelles-tu cette soupe d'orge diluée, ou cette bouillie au gruau d'avoine sans une once de matière grasse ? Tu manges lentement et cela se répand dans ton corps. Tu trembles en sentant la douceur qui s'échappe de ces petits grains trop cuits et du liquide opaque dans lequel ils flottent. Et puis, presque sans nourriture, tu continues à vivre six mois, douze mois ».

Que pouvons-nous comprendre d'une telle réalité décrite ? D'un côté, une nourriture de famine livre l'homme presque sans défense à la cruauté du climat, de l'autre l'homme glouton qui absorbe et qui dévore. Il n'y met ni respect ni gratitude, comme si tout lui était dû. Le pauvre rend grâce parce que le pain le plus grossier, quelques graines mal cuites, lui révèlent la douceur et le parfum de l'être. Quel contraste entre des êtres humains qui s'entredévorent, qui avalent avec avidité tous les biens matériels de cette terre et tant de miséreux en quête d'eau potable et d'un pain mendié.

D'une part leur vie est faite de captation avide, de l'autre c'est une oblation généreuse. Chacun de nos visages est habité par la lumière des origines, puis la nuit et l'attente d'un éternel soleil. « Tout visage, écrit Olivier Clément, si usé soit-il, et presque détruit, pour peu que nous l'entrevoyions avec le regard du coeur, se révèle unique, inimitable, échappe à la répétition » (Le visage intérieur, p. 15). Regardé sur fond de nuit, du néant, le visage est une caricature, livré à la possession, au pouvoir, à la violence. Regardé à la lumière pascale, il exprime une autre lumière, il est à la limite de ce monde et d'un autre.

Que vit le peuple juif, errant dans le désert ? L'assemblée des fils d'Israël se met à gronder contre Moïse et Aaron : « Que ne sommes-nous morts frappés par le Seigneur dans le pays d'Egypte alors que nous nous asseyions auprès des marmites de viande et que nous mangions du pain à satiété- ». Et Dieu répond à Moïse : « Voici je fais pleuvoir sur vous des pains du ciel. » Le matin arrive, tandis que la rosée se dépose à l'entour du campement et voici, à la surface du désert, du fin comme du coriandre, du blanc comme du givre sur la terre. A cette vue, les fils d'Israël se dirent l'un à l'autre : « Qu'est-ce cela ? En hébreu Mann hou ».

Philon y voit déjà une présence du Verbe de vie. Ce pain de vie comble-t-il nos besoins, nos attentes, nos espérances ? Il nous délivre de nos peurs, de nos angoisses. La suite vous la connaissez. L'épreuve conduit à l'apprentissage et chacun reçoit selon ses nécessités ni plus ni moins. Rien de la manne reçue ne peut se garder. Impossible d'accumuler, de thésauriser. Le pain se donne, il se reçoit, il se partage. Il ne se garde pas, il ne s'amasse pas, sinon il perd sa saveur et pourrit.

A notre tour, nous pouvons nous poser cette question :

L'eucharistie : la chose la plus étrange, écrit Maurice Bellet, qu'est-elle pour nous ? Il s'agit du don, celui que Jésus fait de sa vie à ceux qu'il aime ; et si nous voulons être avec lui, alors il nous faut nous donner les uns aux autres. Le grand repas, c'est le lieu où se partage le même pain entre les convives, c'est le partage de la vie entre les vivants. « Nous formons un seul Corps et un seul Esprit, un seul Seigneur, une seule foi ». Et le Fils de l'Homme veut nous donner sa Vie : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim ».

?Le pain rompu ce dimanche est au coeur de nos vies le signe d'un repas et d'une dramaturgie. Soyons sur nos gardes : ce repas touche tous nos repas. Regardons-nous : captation goulue ou oblation généreuse, don et abandon.

La multiplication des pains dans l'Evangile de St Jean, comme dans chaque eucharistie est une initiation à ce repas, une invitation à aimer comme Il nous a aimés, jusqu'au bout, dans le service, l'humilité, la douceur. C'est l'humble nourriture des humains, partagé pour chacun, chaque jour, dans une juste proportion, qui comble chacun selon ses besoins.

Le geste eucharistique, c'est l'attente de fêter ensemble la vie, c'est la récapitulation et la transfiguration de tout l'humain dans l'attente de son retour. Jésus nous dit : « Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je prendrai mon repas avec lui et lui avec moi. » Apoc. 3.20.

Oui, frères et soeurs, faisons ceci en mémoire de Jésus jusqu'à son retour.

 

Du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous

En ces jours-là, dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël récriminait contre Moïse et son frère Aaron. Les fils d’Israël leur dirent : « Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne, et ainsi je vais le mettre à l’épreuve : je verrai s’il marchera, ou non, selon ma loi. J’ai entendu les récriminations des fils d’Israël. Tu leur diras : ‘Au coucher du soleil, vous mangerez de la viande et, le lendemain matin, vous aurez du pain à satiété. Alors vous saurez que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu.’ »

Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol. Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?), car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. »

Ex 16, 2-4.12-15

Nous avons entendu et nous savons ce que nos pères nous ont raconté : et nous le redirons à l’âge qui vient, les titres de gloire du Seigneur.

Il commande aux nuées là-haut, il ouvre les écluses du ciel : pour les nourrir il fait pleuvoir la manne, il leur donne le froment du ciel.

Chacun se nourrit du pain des Forts, il les pourvoit de vivres à satiété. Tel un berger, il conduit son peuple. Il le fait entrer dans son domaine sacré.

Ps 77 (78), 3.4ac, 23-24, 25.52a.54a

Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé selon Dieu

Frères, je vous le dis, j’en témoigne dans le Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. Mais vous, ce n’est pas ainsi que l’on vous a appris à connaître le Christ, si du moins l’annonce et l’enseignement que vous avez reçus à son sujet s’accordent à la vérité qui est en Jésus. Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité.

Ep 4, 17.20-24

Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif

En ce temps-là, quand la foule vit que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. L’ayant trouvé sur l’autre rive, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. » Ils lui dirent alors : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » Ils lui dirent alors : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Quelle œuvre vas-tu faire ? Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel. » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. » Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. »

Jn 6, 24-35

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