Homélie du 22 juillet 2018

Ils étaient comme des brebis sans berger

Dimanche, 16ème Semaine du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Yves de patoul

Notre vie quotidienne est tissée d'une série de gestes, d'habitudes que nous répétons plusieurs fois dans une même journée, certaines que nous reproduisons une fois chaque jour comme dormir et se lever, enfin - la plupart d'entre nous. Certains gestes occupent une part plus importante, tel manger, travailler, se reposer. L'évangéliste Marc que nous suivons tout au long de cette année liturgique excelle à jouer sur ces modèles de comportements qui se déroulent au cours d'une même journée et qui sont comme des sortes d'évidence : nous les accomplissons sans réfléchir et leur succession dans le temps se fait selon des habitudes qui sont propres à chacun, ou propres à des groupes ou même à des vastes ensembles socio-culturels. Dans les pays où il fait toujours chaud, on ne travaille pas ou guère l'après-midi pour donner un exemple.

Après leur première mission, les Apôtres se réunissent donc autour de Jésus qui les avait envoyés : ils font un « debriefing » : après avoir travaillé ensemble, ils partagent et réfléchissent avec leur maître. Pour cela Jésus les invite à se reposer, d'autant plus qu'ils sont harcelés par la foule des arrivants et des partants et que dans cet imbroglio, ils n'ont même plus le temps de manger. Voilà, le cours normal des choses est rompu.

Tout l'art du narrateur consiste précisément à faire intervenir l'événement perturbateur qui va déclencher la ou les réactions sur laquelle ou lesquelles il faudra se pencher, Ainsi en va-t-il aussi de notre quotidien : les choses ne se déroulent pas toujours exactement de la même manière chaque jour comme nous le voudrions. Il y a cet imprévu imprévisible qui vient me déranger. Plusieurs réactions sont possibles : il me dérange trop, je me fâche et je le renvoie chez lui : tu ne connais pas mes habitudes : à cette heure-ci je fais ça et rien d'autre ; ou bien encore : celui-là, si je le vois arriver, je vais me cacher dans ma chambre, il y aura bien quelqu'un d'autre pour s'occuper de lui, moi je veux avoir la paix. (couloir souterrain)

La foule dérange donc le groupe de Jésus et des Apôtres fatigués de leur mission et en quête d'un partage de leur vécu. Quelle est la réaction du Bon berger qu'est Jésus dans cette situation de crise ? Marc l'évangéliste nous en donne deux. Elles vont s'espacer dans le temps et aussi dans l'espace. La première est une esquive : s'enfuir, partir à l'écart dans un endroit désert pour s'y reposer. « Ils partirent donc dans la barque, raconte saint Marc, pour un endroit désert ». On peut supposer que « la barque » fut le lieu où les Apôtres purent effectivement partager ensemble avec Jésus « ce qu'ils ont fait et enseigné » au cours de leur envoi en mission. On peut encore supposer que ce partage dans la barque fut pour eux un véritable temps de repos. Arrivés en effet à destination, ils furent rattrapés par la foule, cette foule qui les a littéralement court-circuités. « En débarquant, Jésus vit une grande foule ; il en eut pitié car ils étaient comme des brebis sans berger et il se mit à les instruire longuement ».

C'est la deuxième réaction de Jésus à cette importunité de la foule venue briser le cours normal des choses. La première était une esquive pour besoin interne : il fallait écouter et instruire les Apôtres revenus de mission ; il fallait également leur accorder un peu de repos bien mérité. La deuxième est tout le contraire d'une esquive, c'est l'attaque frontale de la foule. Après un court répit et avec les Apôtres comme témoins, Jésus se lance dans un travail pastoral harassant et même périlleux puisque cette même foule va vouloir le faire roi lorsque Jésus va opérer à son avantage le miracle de la multiplication des pains.

Demandons-nous un instant en quoi cet évangile peut toucher nos coeurs dans la situation qui est la nôtre aujourd'hui, en dehors de ce temps de repos que Jésus cherche désespérément à donner à ses disciples et qui coïncide assez bien avec le temps de vacances. Est-ce que nous voyons autour de nous des brebis sans berger qui méritent de recevoir un enseignement ? Moi je dirais ceci : certainement oui, mais deux obstacles m'empêchent d'agir comme Jésus : d'abord ces brebis ne sont pas prêtes à recevoir un enseignement, ces brebis ne courent pas pour recevoir de Jésus Christ une nourriture qui les rassasierait ; et puis deuxièmement les outils pour accomplir cette tâche me font défaut : le langage que nos contemporains ont réellement besoin pour se convertir à la parole de Dieu est en chantier : une énorme réflexion en Église est nécessaire pour affiner ce langage. Et qui sont les personnes les plus habilitées à faire cette réflexion, cela encore mériterait une longue réflexion. Je ne suis pas sûr que les académies et les universités soient les meilleurs endroits pour mener cette tâche à bon escient.

Pour conclure cette homélie, je vous partage mon sentiment : je suis frappé par la cohérence de cet évangile qui dans les moindres détails nous invite à coopérer à l'oeuvre de salut que le Christ a ébauché au cours de son ministère sur cette terre. Jésus le bon Berger ne ménage aucun effort pour que la Bonne Nouvelle de Dieu soit annoncée par lui et par les apôtres Ces Apôtres qu'il a pris soin de former avec la plus grande patience et en tenant compte de tous les événements. Relisons quelques versets que nous avons entendus du prophète Jérémie : « je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai dispersés. Je les ramènerai dans leurs pâturages, elles seront fécondes et se multiplieront. Je leur donnerai des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées et accablées et aucune ne sera perdue » (Jr 33,3-4).

 

Je ramènerai le reste de mes brebis, je susciterai pour elles des pasteurs

Quel malheur pour vous, pasteurs ! Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage – oracle du Seigneur ! C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, contre les pasteurs qui conduisent mon peuple : Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles. Eh bien ! Je vais m’occuper de vous, à cause de la malice de vos actes – oracle du Seigneur. Puis, je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai chassées. Je les ramènerai dans leur enclos, elles seront fécondes et se multiplieront. Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées ni effrayées, et aucune ne sera perdue – oracle du Seigneur.

Voici venir des jours – oracle du Seigneur, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda sera sauvé, et Israël habitera en sécurité. Voici le nom qu’on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »

Jr 23, 1-6

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

Le Christ est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité

Frères, maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ. C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine. Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches. Par lui, en effet, les uns et les autres, nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père.

Ep 2, 13-18

Ils étaient comme des brebis sans berger

En ce temps-là, les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement.

Mc 6, 30-34

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