Homélie du 4 octobre 2026

 Il louera la vigne à d'autres vignerons 

27ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine III du Psautier) - Année A

Une homélie de fr. Grégoire Maertens

Homélie :
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Une histoire de vigne et de raisins ! Une histoire qui fait monter l'eau à la bouche en faisant rêver à de magnifiques caves à vin !

Le propriétaire du domaine a tout pour réussir son entreprise, il a été aux petits soins pour sa vigne, elle ne pouvait donner que de bons fruits. Il l'a plantée et protégée, il a prévu le pressoir et la clôture, il l'a confiée à des vignerons. Il a agi comme tout patron qui engage des ouvriers qualifiés et qui leur confie la gestion du bien pendant qu'il s'en va en réunion de conseil d'administration.

Ceux-ci ne méritaient-ils pas cette confiance ? Ont-ils voulu s'approprier le bien dont ils devaient simplement prendre soin ? En tous cas, l'absence du maître mêlée à leur convoitise les a entraînés dans une spirale de violence. Ils ont frappé et lapidé, ils ont tué le fils lui-même pour mettre la main sur l'héritage.

Si cette histoire nous parle d'un amour prévenant, elle se poursuit dans le drame de l'infidélité.

Isaïe dit clairement que « la vigne du Seigneur est la maison d'Israël » , et que les fruits tant attendus par le maître sont « le droit et la justice » !

Mais il faut bien s'entendre sur cette affirmation d'Isaïe «  la maison d'Israël  », sur les implications anthropologiques qui en découlent. La maison d'Israël, c'est la «  Terre Promise  ». L'Écriture nous parle sans cesse d'une Terre Nouvelle qui déborde les limites d'une terre, d'un peuple et d'une civilisation pour s'inscrire dans la vérité de l'humain. C'est l'être humain qui porte en lui le sens ultime de la terre car selon la volonté de Dieu, c'est l'homme qui occupe la place centrale, et non la terre  ». Quand les prophètes parlent de la terre, ils veulent rappeler que celle-ci sert à désigner les hommes.

Une autre option biblique évoque nettement la dimension eschatologique : «  Car voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle  » . Ce monde nouveau est celui de la réconciliation de tous les humains dans une entente fraternelle : Le loup et l'agnelet paîtront ensemble.

En tous cas, la Terre promise est un état de communion plutôt qu'un lieu géographique et l'humain est l'unique terre de prédilection de Dieu. Ainsi donc, Isaïe et les autres prophètes n'auront de cesse de fustiger toute idolâtrie de la terre, tout compréhension qui limite celle-ci à une dimension purement géographique : «  Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, qui joignent champ à champ jusqu'à ne plus laisser de place et rester seuls habitants au milieu du pays  ».

Reprenons la parabole de Jésus :

Le maître s'en est allé, laissant la responsabilité de son affaire aux vignerons. Et l'on entend retentir la plainte d'Isaïe : «  Il attendait le droit et voici l'iniquité, Il attendait la justice et voici les cris de détresse.

Il rêvait de raisins bien mûrs et bien juteux, mais à son retour le maître découvre avec désolation que ses employés se sont fourvoyé dans la cupidité, voire le meurtre.

Nous pourrions relire Évangile et voir ce qu'il dévoile d'inattendu au fil des lignes, car c'est l'inattendu qui est Bonne Nouvelle.

Une première chose troublante qui doit attirer notre attention : le propriétaire s'en va. En clair : Dieu est absent.

Nous sommes si souvent invités à rechercher la présence de Dieu dans la Bible que nous oublions que celle-ci nous parle bien souvent de l'absence et des silences de Dieu, un silence qui parle bien plus fort que toutes les belles paroles que nous essayons de débiter en vain... comme s'il fallait meubler le silence qui seul est parlant.

Cette absence et ce silence viennent nous rappeler que nous sommes autonomes, libres et donc responsables de la venue du Royaume.

C'est dans ce profond silence que vient résonner la parole des prophètes, prophètes de tous les temps, prophètes actuels.

Ce sont ces serviteurs de la parole qui viennent redire sans cesse que le rêve de Dieu est un monde qui ne connaisse plus l'oppression, l'exploitation du faible, un monde qui renonce à toutes chaînes, à tous les emprisonnements : «  Il attendait de beaux raisins : le droit et la justice  » !

Mais ces prophètes sont gênants car ils viennent dénoncer le Dieu que nous nous sommes forgés à notre mesure, le Dieu qui est l'œuvre de nos propres mains, le Dieu qui nous arrange bien, le Dieu qui répond à nos aspirations de richesse et de puissance, le Dieu qui n'est que le produit d'une religion, qui elle ne se préoccupe que de la relation directe à Dieu sans prendre en compte la pratique de la justice.

Ces serviteurs gênants sont donc frappés, tués, lapidés par les vignerons, vignerons actuels que nous sommes tous d'une manière ou l'autre.

Et les prophètes se succèdent, et ils subiront le même sort.

Et l'héritier lui-même sera rejeté... et nous le rejetons encore aujourd'hui chaque fois que nous vivotons dans l'insouciance et la suffisance face à un monde que nous sommes appelés à transformer pour que viennent la justice et l'égalité de tous : « les cieux nouveaux et la terre nouvelle  ».

Jésus n'est pas tendre dans la conclusion de sa parabole : le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à d'autres qui feront produire son fruit.

Quel dépit de voir païens, méprisés, marginaux de tous genres venir travailler et produire un fruit de qualité en abondance, là où des privilégiés n'ont pas réussi.

L'Évangile vient nous rappeler que le Royaume est un don qu'il faut cultiver et sans cesse accueillir. Personne ne le possède, il est toujours à venir, toujours à recevoir, toujours à construire. L'humain est l'unique terre de prédilection de Dieu. C'est là qu'est sa bienveillance.

Le Royaume de Dieu, nous avons tendance à l'enclore dans des systèmes de vérité, dans des édifices ou des institutions... Mais si les institutions sont nécessaires pour cultiver la vigne, attention à ne pas les confondre avec la vigne.

Si nous comprenons cela, alors nous pourrons porter du fruit, et un fruit qui demeure.

 

La vigne du Seigneur de l'univers, c'est la maison d'Israël

Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne.

Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais.

Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n'ai fait ? J'attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? Eh bien, je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu'elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu'elle soit piétinée. J'en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j'interdirai aux nuages d'y faire tomber la pluie.

La vigne du Seigneur de l'univers, c'est la maison d'Israël. Le plant qu'il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris.

- Parole du Seigneur.

Is 5, 1-7

Mettez cela en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous

Frères, ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu'on peut concevoir, gardera vos c?urs et vos pensées dans le Christ Jésus. Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d'être aimé et honoré, tout ce qui s'appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

- Parole du Seigneur.

Ph 4, 6-9

Il louera la vigne à d'autres vignerons

En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d'un domaine ; il planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l'un, tuèrent l'autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d'autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : ?Ils respecteront mon fils.' Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : ?Voici l'héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !' Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d'autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » Jésus leur dit : « N'avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle : c'est là l'?uvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 21, 33-43