Homélie du 4 janvier 2026

Nous sommes venus d'Orient adorer le roi

L'Épiphanie du Seigneur - Année A

Une homélie de fr. Yves de patoul

Homélie :
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Contrairement aux autres fêtes comme la Sainte Famille ou le Baptême du Christ, la liturgie a choisi pour chacune des 3 années le même récit, celui que saint Matthieu a imaginé comme une visite de trois Rois mages - qui ne sont pas des rois, mais des sages, des savants astrologues - à l'enfant Jésus né dans une crèche à Bethléem grâce à une étoile qui les a guidés. Pour eux, Jésus est le « roi des juifs qui vient de naître. Nous avons vu son étoile et nous sommes venus l'adorer ».

J'aime cet évangile plein de couleurs, de mouvements, de subtilités, de contrastes et de paradoxes. Le récit met en évidence des personnages mystérieux venus d'Orient et sans doute d'Afrique. Ils apportent des dons exotiques de grande valeur (pas seulement matérielle mais religieuse aussi si l'on en croit certains psychologues érudits). Manifestement Matthieu fait référence aux oracles prophétiques du troisième Isaïe qui sont résumés dans le psaume que nous avons chanté : « Les rois de Tarsis et des îles apporteront des présents, les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront ». Ils sont des voyageurs - et Dieu sait si les déplacements sont nécessaires pour accéder à une certaine vérité ; même l'étoile qu'ils suivent bouge, en contraste flagrant avec les grands prêtres et les scribes qui restent immobiles à Jérusalem -. Ces derniers connaissent pourtant la vérité inscrite dans leurs Écritures, ils la leur communiquent mais c'est aux voyageurs qu'il appartient de se mouvoir et se prosterner devant le nouveau roi des juifs. C'est bien à Bethléem que devait sortir « le chef qui sera le berger de mon peuple ». Les mages n'avaient pas encore de GPS qui indiquent avec précision la destination que vous lui demandez. Mais le GPS des chrétiens, leur étoile, c'est bien sûr la Bible. Lue régulièrement, ensemble de préférence, elle nous indique le bon chemin, la bonne direction. Encore faut-il déjouer les pièges du diable qui cherche toujours à nous diviser, à nous attirer vers lui plutôt que vers le ciel.

Le diable est ici personnalisé par le roi Hérode. Il se croit si grand qu'il veut nous insinuer qu'aller se prosterner devant le Christ comporte un danger de compromission : le Christ nous éloignerait de la toute-puissance des rois tout-puissants et impitoyables pour les faibles. Dans certains pays musulmans ou hindouistes, les chrétiens ont font les frais. Quel contraste entre l'enfant Jésus, humble roi des juifs, né dans une crèche en plein voyage, et Hérode ce roi sanguinaire qui, berné par les mages voudra faire massacrer les enfants de Bethléem et ses alentours pour préserver son pouvoir ! Les mages jouent majestueusement un rôle d'intermédiaire, de modèle inspirant. Aujourd'hui je les sens comme toutes ces nombreuses organisations humanitaires qui jouent d'intercesseur auprès des réfugiés, des exilés brisés par la violence des régimes sans foi ni loi. Elles leur apportent un semblant de salut et d'espérance d'une vie meilleure. Non-gouvernementales, elles sont aussi non confessionnelles.

Je vous propose maintenant de faire un petit détour par un Père de l'Église du IVe S. Il s'appelle Grégoire de Nysse. Dans un livre qui est un Commentaire sur la vie de Moïse, il revient plusieurs fois sur l'idée heureuse d'une double culture grâce à laquelle Moïse a pu délivrer son peuple du joug égyptien de l'esclavage, dit-il : Moïse était mi-égyptien et mi-hébreu. Les mages eux aussi étaient païens et chrétiens ; du moins ils marchaient vers la foi chrétienne. Ils bougent, ils ne se replient pas sur eux-mêmes, sur leur culture païenne. Ils sont la figure de ceux qui associent la raison ou la science à la foi, ou encore de tous ceux qui croient à une complémentarité des races, des sexes, des cultures, des religions. On pourrait faire l'éloge du métissage, de la multiculturalité. On dit par exemple que la civilisation occidentale n'a jamais autant progressé qu'au temps où le christianisme vivait en harmonie avec les juifs et les musulmans en Andalousie sous le règne d'Alphonse le Sage au XIIIe S. Qu'en est-il aujourd'hui ? N'est-on pas en train de faire marche arrière ? L'universalité de la culture occidentale est battue en brèche aujourd'hui. Elle a montré trop de faiblesses de de limites.

Mais cette vérité qu'est la double culture, faisons-le remarquer, marche dans les deux sens : un bon scientifique, un bon roi ou un homme d'affaire respectable devrait s'ouvrir à la transcendance divine qui le dépasse. Pendant plusieurs siècles, il y a eu le mouvement inverse. Ce sont les chrétiens ou les musulmans qui ont ouvert la voie vers la rationalité, la science. Rappelons-nous Avicenne, Averroès, Galilée, Newton, Einstein. On a parfois l'impression que les récents développements de la science coupée de ses racines religieuses nous conduisent vers une déshumanisation de plus en plus folle.

À notre niveau, et pour revenir à l'Épiphanie, apprenons à profiter de la culture de tous nos partenaires. Les cultures s'enrichissent mutuellement, alors frottons-nous les uns aux autres plutôt que de se battre pour conserver jalousement des prétendus avantages quand ce ne sont pas des prétendues supériorités. Notre Église est trop masculine ; tendons la main aux femmes le plus possible. Nous avons besoin des protestants, des orthodoxes pour corriger certains aspects de notre culture religieuse, de la même manière que nous avons besoin des asiatiques, des africains ou des Russes. Nous ne pouvons pas non plus nous passer de la culture contemporaine, de l'informatique par exemple.

Mais il ne faut pas tomber dans l'erreur inverse comme le soulignait notre Père du IVe S. : « Si nous fréquentons la culture profane, au temps de notre éducation, nous ne devons pas cependant être sevrés du lait nourrissant de l'Église. » Toute l'histoire de l'Église est marquée par une attirance mutuelle entre la culture profane et la culture religieuse. « Celui qui se met en mouvement vers la liberté doit se nourrir également des richesses de la culture profane dont les païens tirent avantage » disait-il encore. A sa manière saint Paul envoyait le même message : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Évangile ».

Pour terminer, relisons encore ces merveilleux oracles du prophète Isaïe qui annoncent un élargissement de la rédemption à toute la terre : « Tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d'au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t'envahiront, de jeunes chameaux de Madian et d'Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l'or et l'encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur ».

 

La gloire du Seigneur s'est levée sur toi

Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton c?ur frémira et se dilatera. Les trésors d'au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t'envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d'Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l'or et l'encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

- Parole du Seigneur.

Is 60, 1-6

Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse

Frères, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m'a donnée pour vous : par révélation, il m'a fait connaître le mystère. Ce mystère n'avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l'Esprit. Ce mystère, c'est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Évangile.

- Parole du Seigneur.

Ep 3, 2-3a.5-6

Nous sommes venus d'Orient adorer le roi

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l'orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l'étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant. Et quand vous l'aurez trouvé, venez me l'annoncer pour que j'aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent.

Et voici que l'étoile qu'ils avaient vue à l'orient les précédait, jusqu'à ce qu'elle vienne s'arrêter au-dessus de l'endroit où se trouvait l'enfant. Quand ils virent l'étoile, ils se réjouirent d'une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 2, 1-12