Homélie du 17 juin 2018

C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit, elle dépasse toutes les plantes potagères

11ème dimanche du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Martin Neyt

Cette semaine, lors de l'assemblée générale des supérieurs majeurs, à Bois-Seigneur-Isaac, j'ai reçu en cadeau un cèdre du Liban. C'est une graine bien fragile, plantée depuis 3 mois, protégée dans un pot à l'abri de la pluie, ressemblant à une allumette. Elle provient du mont Liban, le Chouf, et soignée avec patience, elle peut devenir un grand arbre se déployant durant deux mille ans. Le cèdre a orné le Saint des Saint dans le Temple de Jérusalem et est cité une centaine de fois dans la Bible.

Dans l'évangile de ce jour, il s'agit du grain de moutarde qui devient un arbre florissant. C'est l'image de Jésus-Christ qui annonce le Royaume des cieux ; c'est aussi, chacun de nous si nous sommes habités par l'Esprit de Dieu et si notre vie est animée par une prière filiale en Jésus.

Mes soeurs, mes frères.

Notre vie s'inscrit dans ces images de la nature que décrivent le prophète Ézéchiel et l'évangile de St Marc. Le Royaume de Dieu vers lequel nous marchons s'enracine dans une humble graine de moutarde pour devenir progressivement un arbuste, un arbre si florissant que les oiseaux du ciel s'abritent sous ses branches et peuvent y faire leur nid.

A travers ces images champêtres, voici en filigrane la venue parmi nous de Jésus, le grain meurt et porte beaucoup de fruit ; la croissance de l'Église sous le Souffle de l'Esprit, de nuit comme de jour, on ne sait comment se poursuit, la plénitude du Royaume de Dieu nous attend dans l'espérance et la confiance.

C'est la Bonne nouvelle de l'évangile. Et il nous est-il demandé d'oeuvrer dans le sens de cette croissance et de discerner le sens actuel de ces paraboles dans nos vies, d'y découvrir la source de bonheur, de la joie et de la paix. Marc nous dit que Jésus ne disait rien sans paraboles, qu'il les annonçait à ces disciples dans la mesure où ils étaient capables de l'entendre et qu'il les leur expliquait en particulier.

Quel est dans nos vies ce grain de moutarde qui meurt, grandit, jusqu'à envelopper toute notre vie et la conduire humblement vers le Royaume de Dieu. Comment prendre ce chemin sinon par la prière et la relation à notre Père des cieux ? La prière est avant tout appel divin et réponse humaine. Elle apparaît comme une source d'eau pure qui désaltère chacun, chacune sans jamais s'épuiser.

C'est une dangereuse erreur, aujourd'hui largement répandue, de penser que le coeur est par nature apte à prier. Nous confondons alors la prière avec nos désirs, nos espoirs, nos soupirs, nos lamentations et nos allégresses, dont notre coeur est naturellement capable. Notre conscience de nous-mêmes, la pleine conscience, dont on parle tant de nos jours, ne peut être complète sans déboucher sur la connaissance de Dieu. Cette présence mystérieuse en est la source.

Nous ne pouvons atteindre la plus haute conscience de soi sans laisser le Souffle de Dieu venir au secours de notre faiblesse car nous ne savons pas prier comme il faut. Le vent souffle où il veut. « Tu entends sa voix, nous dit Jésus, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va » Jn 3. 8. « Comme la petite graine qui pousse. Que tu dormes ou que tu sois debout, la semence germe et grandit et tu ne sais comment ». Mc4. 27.

Dans nos coeurs, il est une source d'eau vive qui nourrit notre fécondité spirituelle. Celle-ci déborde spontanément au plus intime de nous-mêmes et nous invite à prier. Si nous ne l'écoutons pas, nous risquons de ne plus entendre sa voix et de nous couper de Dieu.

Il ne s'agit plus de déverser son trop plein d'émotions, mais de trouver le chemin vers Dieu, l'écouter, lui parler, que notre coeur soit comblé ou vide. Si le grain de blé ne meurt, il demeure seul, dit Jésus, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. C'est dans le recueillement et le silence que Jésus nous apprend à prier comme il faut.

La réponse est simple. Prier c'est entrer en dialogue : « notre Père qui est aux cieux- ». L'originalité de la prière de Jésus se résume tout entière en « un Tu confiant ». Cette adresse simple, directe, révèle le visage de Dieu auquel je m'adresse. Dieu est Saint, Créateur et Sauveur, mais aussi Père - Abba, dans l'araméen de Jésus, « papa, père bien-aimé ».

Nul ne peut entrer dans la prière spontanément sans Jésus. Beaucoup veulent prier, mais ne savent pas comment s'y prendre. Nous semblons réduits au silence face à Dieu. Tous nos appels semblent faire écho à notre propre moi et nous renvoient à nous-mêmes. Tout cela peut être source de souffrance. Jésus nous invite à prier avec lui, en lui, par lui dans l'Esprit qui nous habite, à laisser l'humble grain de moutarde à devenir un grand arbre. Cette présence en nous demeure à chaque instant de nos vies. C'est son Esprit qui prie, travaille et vit en nous à chaque instant.

Notre prière accompagne alors les joies et les épreuves de chaque jour dans les évènements et les personnes rencontrées. Elle ne peut grandir en nous qu'en se rattachant à l'Arbre de la Vie, à l'Arbre du Bonheur au centre du Paradis. C'est le Christ Ressuscité passé par l'arbre de la Croix.

J'aime imaginer au moins deux étapes dans cette croissance : la première nous permet d'apprivoiser les épreuves habituelles attachées aux biens de ce monde, à nos relations et à nous-mêmes. Tels ces paroles des premiers moines : « Fais reposer la douceur dans ton coeur et souviens-toi de ce que Jésus a souffert pour toi ».

Si tu veux prier de façon louable, écrit Evagre, accepte les épreuves de la vie, supporte toutes difficultés, ne chagrine personne. Car ceux qui accumulent en eux chagrins et rancunes sont semblables à des personnes qui vont puiser de l'eau et la versent dans un tonneau percé. 63

La deuxième étape consiste à entrer dans la paix intérieure habitée par l'Esprit de Dieu qui crée toute chose nouvelle. Notre vie est alors animée par un jaillissement de la joie et d'action de grâce. La prière nous fait entrer dans la réalité de la création qui, certes, gémit dans l'attente du Royaume de Dieu, mais aussi nous transforme en offrande à sa gloire, en contemplant son mystère, dans un ravissement ineffable. Comprenne qui vit d'amour, de don de soi et de simplicité.

Comme moines, nous sommes invités à transmettre la vie entre des générations. Ce n'est pas une transmission d'un futur humain, vital, personnel, culturel au sens profond. Nous sommes humblement un chaînon entre la génération précédente et la suivante. Notre souci monastique n'est pas d'avoir des vocations pour maintenir la maison debout. Nous ne désirons pas de vocations en fonction de la structure en place. Nous sommes là pour transmettre la vie, la vocation comme vie. Le désir d'une vraie fécondité, pour nous moines, est d'abord d'ordre spirituel. Cette fécondité reste mystérieuse. Elle passe par nos moyens humains dans la mesure où ces moyens sont mis à la disposition du projet de Dieu.

C'est laisser Dieu être Dieu dans nos vies, comme Marie a mis à la disposition totale de Dieu son corps, son âme, son esprit, sa vie. Cette ouverture à la fécondité se fonde sur la prière : « Qu'il me soit fait selon ta volonté », dit Marie. Oui, Notre Père qui est aux cieux. Que ton Nom soit sanctifié. Que ta volonté soit faite .

Mes soeurs, mes frères, entrons ensemble dans la célébration de cette Eucharistie, à la fois bonheur et sacrifice de Jésus qui ne cesse chaque jour, chaque dimanche de nous conduire par son Esprit vers cet Arbre de vie où les oiseaux établissent leur nid et chantent à la louange de Dieu.

 

Je relève l’arbre renversé

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur : je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »

Ez 17, 22-24

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur, de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut, d’annoncer dès le matin ton amour, ta fidélité, au long des nuits.

Le juste grandira comme un palmier, il poussera comme un cèdre du Liban ; planté dans les parvis du Seigneur, il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore, il garde sa sève et sa verdeur pour annoncer : « Le Seigneur est droit ! Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

91 (92), 2-3, 13-14, 15-16

Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur

Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps.

2 Co 5, 6-10

L’homme qui jette en terre la semence, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence grandit, il ne sait comment

En ce temps-là, Jésus disait aux foules : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »

Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »

Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.

Mc 4, 26-34

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