Homélie du 13 septembre 2026

 Je ne te dis pas de pardonner jusqu'à sept fois, mais jusqu'à 70 fois sept fois 

24ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine IV du Psautier) - Année A

Une homélie de fr. Yves de patoul

Homélie :
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Frères et sœurs.

Chaque dimanche la liturgie nous propose trois lectures : la première est presque toujours tirée de l'Ancien Testament et elle est choisie en rapport avec l'évangile du jour, lequel est une lecture continue (qui s'étend sur toute l'année liturgique) ; la deuxième est souvent tirée du corpus paulinien - sauf pendant le temps pascal par exemple où on lit les Actes de Apôtres -. Mais en réalité, il y a toujours une quatrième pièce biblique qui est un psaume (presque toujours attribué au roi David). Ce psaume, ici à Clerlande nous le chantons, mais il est souvent remplacé dans les paroisses par un chant plus rythmé que la psalmodie, un type de chant qui est lui un chant mélodique et méditatif. Ce psaume dit « responsorial » (en réponse à la première lecture), fait partie intégrante de chaque messe. Son avantage est son genre littéraire particulier : écrits pour être chantés, les psaumes expriment en langage poétique tous les sentiments humains : de la souffrance à la colère en passant par la louange, la supplication, l'adoration et bien d'autres attitudes humaines. C'était la prière de Jésus, c'est la prière de l'Eglise et la prière quotidienne des moines en particulier. Ce dimanche, nous avons un très beau psaume qui est bien adapté à toute la thématique du pardon. C'est le psaume 102. Les liturgistes en ont choisi quelques versets, sinon ce serait trop long et un peu austère.

Redisons-le : « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour. Bénis le Signeur, ô mon âme, ... n'oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie : il réclame ta vie à la tombe et te couronne d'amour et de tendresse. Il n'est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches ; il n'agit pas avec nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ; aussi loin qu'est l'orient de l'occident, il met loin de nous nos péchés. » Ce psaume est une supplication de l'homme qui souffre du poids de son péché ; le psalmiste veut lui redonner vie et courage en proclamant la tendresse et la miséricorde du Seigneur. Il exprime l'être profond de Dieu : un Dieu qui guérit et pardonne. Sa pitié pour les hommes, ce n'est pas de la condescendance, mais est un amour de compassion désireux de relever, de sublimer la souffrance. Le mot pitié vient du mot entrailles. La pitié de Dieu se manifeste surtout dans le pardon aux pécheurs qui sont conscients de leur misère.

Dans notre évangile, ce Dieu miséricordieux est un roi qui remet à l'un de ses serviteurs toutes ses dettes. Les dettes sont synonymes de péchés comme nous disons dans le Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses (c'est-à-dire le péché que nous subissons), comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Ce roi dit à son serviteur qui lui doit de l'argent : « J'ai eu pitié de toi qui es incapable de rembourser, alors je t'ai remis toutes tes dettes. Deu se dit : moi je ne calcule pas ; je veux en finir directement avec toi, je veux que nous restions amis en te relevant du gouffre dans lequel tu es tombé ». Le psalmiste disait déjà : « le Seigneur n'est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches, il n'agit pas avec nous selon nos fautes ».

Je note que la plupart des commentateurs sautent le v. 25 : « le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens en remboursement de sa dette » : le serviteur incapable de rembourser est tenu en gage. C'était la sanction pénale en ce temps-là. Il devrait rembourser une dette énorme à laquelle s'ajoute sa privation de liberté. Les uns disent que cette tenue en gage ne fait qu'augmenter l'immensité de sa dette pour souligner la grandeur de la miséricorde divine, mais ne faut-il pas plutôt voir dans cette sanction la nécessité, fut-ce retardée, allongée, d'une remise même partielle de la dette ? C'est le sens de la parabole : Moi je t'ai remis ta dette colossale, toi tu dois te montrer miséricordieux envers tes proches.

Toujours est-il que le maître, dans sa grande bonté, Dieu qui est tendresse et pitié, remet la totalité de la dette. Mais la condition reste quand même que nous fassions pareil. Et c'est bien pour n'avoir pas fait ainsi qu'il entre en furie. Et chez Matthieu cette furie est toujours assez terrible. Surtout ne nous en inspirons pas. Nous aussi nous sommes priés à remettre les dettes, à pardonner à ceux qui nous ont offensés. Notre dette envers Dieu (et notre prochain) étant tellement énorme que si Dieu nous la remet entièrement, nous sommes obligés comme un serviteur vis-à-vis de son maître de pardonner les petites fautes, les dettes ou encore les offenses que nous lui avons faites en offensant notre prochain.

Reste à actualiser cette démarche de pardon que l'on peut envisager à toutes les échelles, internationale aussi bien que celle toute petite de notre entourage. Dans notre monde pécheur, les haines, les dissensions, les conflits frontaliers ou idéologiques sont légion. La spirale de la vengeance et de la violence fait partie de l'expérience courante, écrivait André Haquin dans Feu Nouveau, qui l'arrêtera ? « Rancune et colère, voilà des choses abominables » disait le Siracide il y a 25 siècles. Combien de fois devrai-je pardonner demanda Pierre à son maître Jésus ? Un nombre infini lui répondit Jésus. Dans tous les cas il s'agit de briser le cercle infernal de la violence et de la haine.

Aucune guerre n'est justifiée, répliquait récemment le pape Léon XIV aux dirigeants américains qui voulaient donner une légitimité aux bombardements sur l'Iran. Comme le roi de la parabole qui remettait une dette colossale au serviteur de son maître, il est impérieux de pouvoir trouver une paix juste qui efface tous les griefs. L'Église et le pape en particulier a certainement un rôle à jouer, celle de rappeler inlassablement l'inutilité de la guerre qui engendre tant de souffrances, de rancune et de vengeance. Nous sommes d'accord pour l'objectif d'une paix juste. Les deux parties en conflit doivent abandonner leurs torts. Il faut trouver une entente, il faut un dialogue. À défaut - « sois indulgent pour qui ne sait pas » : l'ignorance est bien souvent la cause des conflits, tout comme la bêtise ou le manque de respect -, l'une des parties peut faire la paix comme on dit, et cela de façon unilatérale, pour briser l'escalade, la spirale de la haine et de violence. « Pense à ton sort final et à ta mort et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort » nous conseillait le Siracide.

Les psychologues, les médiateurs et les diplomates sont sans doute bien formés pour régler des conflits, mais les chrétiens et les prêtres sont aussi des bons médiateurs en raison de leur foi en un Dieu miséricordieux plein de tendresse et de pitié pour les hommes. Je vous exhorte à exercer cette puissance que nous avons tous reçu de notre baptême qui nous unit au Christ bon pasteur, lui qui ne veut perdre aucune de ses brebis, lui « qui t'arrache à la tombe et te couronne d'amour et de tendresse » pour reprendre les mots du psalmiste.

Bénis le Seigneur ô mon âme, n'oublie aucun de ses bienfaits

Amen.

 

Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n'oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d'amour et de tendresse.

Il n'est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches ; il n'agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses.

Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ; aussi loin qu'est l'orient de l'occident, il met loin de nous nos péchés.

Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 9-10, 11-12

Si nous vivons, si nous mourons, c'est pour le Seigneur

Frères, aucun d'entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c'est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.

- Parole du Seigneur.

Rm 14, 7-9

C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère

En ce temps-là, Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à 70 fois sept fois. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu'un qui lui devait dix mille talents (c'est-à-dire soixante millions de pièces d'argent). Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ?Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.? Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.

Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d'argent. Il se jeta sur lui pour l'étrangler, en disant : ?Rembourse ta dette !? Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : ?Prends patience envers moi, et je te rembourserai.? Mais l'autre refusa et le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il ait remboursé ce qu'il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s'était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ?Serviteur mauvais ! je t'avais remis toute cette dette parce que tu m'avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ?? Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu'à ce qu'il eût remboursé tout ce qu'il devait.

C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du c?ur. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 18, 21-35