Une homélie de fr. Grégoire Maertens
Nous sommes mal partis avec la Parole de Dieu de ce dimanche : « La condition de l'orgueilleux est sans remède » déclare Ben Sira le Sage ! Verdict sans appel, semble-t-il ! Comment en sortir ? Peut-être d'abord par quelques versets du psaume où, à la différence des propos cassants que je viens de citer, le psalmiste évoque le visage d'un Dieu « Père des orphelins, défenseur des veuves, refuge et soutien de ceux qui défaillent. » Et puis, soyons honnêtes, Ben Sira n'abandonne pas tout espoir de guérison : « Plus tu es grand, plus il faut t'abaisser : tu trouveras grâce... » Ensuite, après l'épître aux Hébreux qui décrit une heureuse marche vers le ciel - on y reviendra -, voici l'évangile : Jésus vient de clouer le bec à certains Pharisiens en guérissant un homme le jour du sabbat. Le climat est tendu : cependant Jésus n'hésite pas à leur faire la leçon sur un sujet qui lui tient à cœur : les places à table. Lui qui, dans peu de temps, non seulement se mettra à la dernière place mais se lèvera de table pour laver les pieds de ses disciples, il a le droit de parler. Lui dont la mère, dans son joyeux « Magnificat » se déclare l'humble servante et met en garde contre l'orgueil des puissants, il a le droit de parler. Il ne se prive donc pas de dénoncer le danger qui consiste à se mettre en avant, à revendiquer l'honneur de la première place : St Benoît avait-il autre chose en tête en rédigeant le chapitre de sa Règle sur l'humilité où il met en garde contre les pièges de l'orgueil dans tous les domaines de la vie. Qu'est-ce cela cache, ce désir de s'installer à la première place ? N'est ce pas une manière de me prendre pour Dieu, que ce soit dans ma communauté, dans mon pays, dans le monde en général qui s'affiche tous les soirs sur le petit écran ? Si on se prend, inconsciemment, pour Dieu, ne risque-t-on pas de faire des dégâts importants ? Combien de grands de ce monde n'ont-ils pas été abaissés, précipités de leur piédestal pour s'être cru « à la hauteur » ! « Quiconque s'élève sera abaissé » : oui, d'accord : le problème c'est que l'humilité n'a pas bonne presse, on la confond avec la faiblesse alors qu'elle exige beaucoup de dynamisme, voire d'humour et une douceur qui demande plus de patience et d'énergie que celle nécessaire pour soulever des haltères de 120 kg. Jésus appelle donc à un renversement des valeurs, une conversion, une volonté de voir le monde à partir de Dieu et non de nous-mêmes. Et de nous rappeler de temps à autre la parabole de la paille et de la poutre, en nous rendant compte que nous ne sommes pas si différents les uns des autres. Après cet enseignement sur l'humilité, Jésus semble s'étonner de ne trouver autour de lui à table, qu'un public select : voilà une bonne occasion de dire ce qu'il en pense et du même coup, ce qu'en pense son Père, et de dresser une liste de ceux que lui, Jésus, aurait invités : ceux auxquels on n'aurait pas spontanément pensé : des malades , des gens mal habillés, des éclopés, des gens dérangeants, sans éducation, à côté desquels on n'aimerait pas être assis: voilà son choix . Du coup, Il invente une nouvelle béatitude : « Heureux seras-tu parce qu'ils n'ont rien à te donner en retour ! » Invitation donc à une générosité sans arrière-pensée. Sans arrière pensée car Celui qui donnera en retour c'est Dieu, sans doute pas tout de suite mais « à la résurrection des justes ». Nous revoici à l'épître aux Hébreux qui évoque le cortège des élus marchant vers la montagne de Dieu : ce Dieu qui nous invite dans son intimité. Lui que nous avions déjà reçu sous les traits du pauvre, de l'affamé, du mendiant, du malade, le voilà qui nous reçoit, à son tour, au banquet ouvert à tous ses enfants. Le vocabulaire employé ici parle d'un grand bonheur : « Ville du Dieu vivant, myriade d'Anges en fête, assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. » Et le point d'orgue c'est : « Vous êtes venus vers Jésus, médiateur d'une alliance nouvelle ». « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance nouvelle et éternelle » des paroles que nous entendons chaque dimanche en venant à la Messe. Je ne sais pas comment tourner ma phrase, mais je me demande si notre réflexion sur la fin de vie ne pourrait pas être éclairée par les lignes ci-dessus, non pour effacer d'un trait de plume le tragique de la mort et de la souffrance mais pour témoigner, en tant que baptisés, de notre foi en cette communion des saints où nous sommes attendus ? Est-ce que nous portons dans notre cœur le témoignage de ce grand bonheur promis ? Nous arrêterons-nous au cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » ou dirons-nous, en toute humilité : « En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit, qu'il me soit fait selon ta parole. » Mes sœurs, mes frères « Heureux les invités au repas du Seigneur ! »
Amen !
Mon fils, accomplis toute chose dans l'humilité, et tu seras aimé plus qu'un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t'abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. Grande est la puissance du Seigneur, et les humbles lui rendent gloire. La condition de l'orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute.
- Parole du Seigneur.
Si 3, 17-18.20.28-29
Les justes sont en fête, ils exultent ; devant la face de Dieu ils dansent de joie. Chantez pour Dieu, jouez pour son nom. Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face.
Père des orphelins, défenseur des veuves, tel est Dieu dans sa sainte demeure. À l'isolé, Dieu accorde une maison ; aux captifs, il rend la liberté.
Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse, et quand il défaillait, toi, tu le soutenais. Sur les lieux où campait ton troupeau, tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre.
Ps 67 (68), 4-5ac, 6-7ab, 10-11
Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, vous n'êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï : pas d'obscurité, de ténèbres ni d'ouragan, pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d'Israël demandèrent à ne plus entendre.
Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d'anges en fête et vers l'assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d'une alliance nouvelle.
- Parole du Seigneur.
He 12, 18-19.22-24a
Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d'un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l'observaient. Jésus dit une parabole aux invités lorsqu'il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit : « Quand quelqu'un t'invite à des noces, ne va pas t'installer à la première place, de peur qu'il ait invité un autre plus considéré que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : ?Cède-lui ta place' ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t'a invité, il te dira : ?Mon ami, avance plus haut', et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi. En effet, quiconque s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »
Jésus disait aussi à celui qui l'avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l'invitation et ce serait pour toi un don en retour. Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; heureux seras-tu, parce qu'ils n'ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »
- Acclamons la Parole de Dieu.
Lc 14, 1.7-14