Homélie du 25 mars 2018

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur - Année B

Une homélie de fr. Bernard poupart

Le dernier soir, mais un dernier repas qui devient le premier de tous ceux que Jésus demande de faire après lui, en mémoire de lui, en tout lieu et tout au long du temps. « Faites cela en mémoire de moi » .

Magie du repas et génie de Dieu

Le repas était là, depuis toujours, comme lieu de partage, et donc de présence. C'est le génie de Dieu de l'avoir ainsi saisi pour en faire le moment de sa présence, et de la rencontre. Un soir, un repas.

Des repas qui se succéderont dans la suite des soirs, jusqu'à ce soir maintenant.

Que se passe-t-il alors? L'évangile le manifeste: il prit et il donna. Prendre et donner. Il prit et il dit de prendre: il prit le pain, il prit la coupe, il les leur donna en disant: prenez! L'avons-nous assez observé? Nous disons si facilement qu'il faut donner, même si le dire est plus facile que le faire. Mais pour donner, il faut non seulement recevoir mais encore prendre. Cela ne paraît pas toujours bienséant: on hésite à prendre quand on y est pas invité. Et justement Jésus y invite: prenez! C'est la liberté des enfants de Dieu de prendre allègrement comme si c'était déjà à nous. Et c'est à nous! Dans la parabole du prodigue, le fils aîné reproche à son père de ne lui avoir jamais rien donné, et le père lui répond: mais tout ce qui est à moi est à toi! Il fallait prendre! Jésus dit pareillement au Père: ils sont à toi et tu me les a donnés. Il nous reçoit sans vraiment nous prendre car là se joue la liberté: Prendre spontanément est bien le sceau de la liberté, mais non prendre pour garder à soi. Je suis libre en prenant, mais je blesse la liberté si je garde. Jésus prend le pain et il dit: prenez! Sa manière de prendre est déjà de donner.

Un soir, un repas. ce soir, ce repas. Nous pouvons être enclins à dire comme Pierre  au Thabor: il est bon d'être ici, comment rester? La soirée est belle, la salle bien ornée, les tables apprêtées, les convives charmants. Captons ce moment pour en jouir sereinement. Mais justement, il faut en jouir  sans le capter. Il ne durera pas. Les tables seront dépouillées tout à l'heure. La nuit reprendra le dessus. Et il faudra aller au jardin des oliviers pour communier à toute l'angoisse du monde. La beauté du dernier soir au cénacle, la chaude intimité de ce repas déjà pascal sont secrètement menacées par la honte du reniement et la noirceur de la trahison. Jésus le sait, et il le dit. Il a la force tranquille de celui qui se tient dans le vouloir du Père, mais dans le même temps, il est en proie à l'angoisse qu'il transpire de tout son corps. Mon âme est triste à mourir, mais ta volonté est la mienne.

Jésus a pris un énorme risque en nous invitant à répéter son geste: le risque de nous accoutumer, de ne plus nous étonner, et c'est le grand risque de nos eucharisties quotidiennes. Nous sommes habitués au miracle. Nos semaines, nos journées, sont trouées par cette béance vers l'absolu, et il nous arrive tristement d'en être distraits. Pascal disait d'en être divertis.  Alors il est bon de changer le décor, de dire et de célébrer autrement, comme ce soir. Il faudrait, chaque dimanche, chaque jour, chercher comment nous étonner encore. ce n'est pas aisé, car nous craignons que l'étonnement suscite une gêne. Et il est bien délicat pour un célébrant d'étonner sans gêner.

Et pourtant,, il est tout de même inouï que l'eucharistie fasse irruption dans la monotonie de nos vies quotidiennes. Au demeurant, Jésus a bien dit de refaire son geste en mémoire de lui, mais il n'a pas précisé à quels rythmes ni à quels moments. Il nous en a laissé la liberté, et plût à Dieu que ce ne soit à nos dépens. Certains pratiquent un jeûne d'eucharistie pour éviter l'accoutumance. Il faut des jours sans pour qu'il y ait des jours avec. heureux ceux qui s'en étonnent toujours comme des enfants. Ce soir l'eucharistie ne nous étonnera pas car nous sommes réunis pour la vivre. Tout est bien disposé autrement que d'habitude, mais c'est encore une habitude annuelle. Que l'Esprit fasse donc craquer l'habitude et qu'il nous fasse la grâce d'un joyeux étonnement. rien ne va de soi. rien n'est déterminé. Nous pouvons nous contenter de rappeler ce qu'a fait Jésus le dernier soir, et le méditer. Il faudrait que le geste soit refait en surgissant. Impossible. Nous savons que nous allons le refaire. Alors, étonnons-nous quand même de le refaire toujours.

Magie du repas et génie de Dieu. Depuis Emmaüs, le Christ réapparaît quand le pain est rompu et la coupe levée. Et il ne réapparaît pas pour être seulement exposé: qui aurait l'idée d'exposer du pain pour le remettre aussitôt dans un buffet? Il est là pour être mangé et bu, pour que sa chair irradie notre chair, que son sang coule dans notre sang. c'est une incarnation, une mise en chair continue. Pouvons-nous murmurer ce soir: tu es la chair de ma chair et le sang de mon sang? Et tu formes encore ton corps en faisant de nous ensemble ce corps sacré. Nous pouvons en vérité adorer notre assemblée, notre communauté: c'est le corps du Christ. Et partir alors dans la nuit du monde, dans le jour du monde, comme des semences d'incarnation, car c'est de l'humanité toute entière que le Christ veut faire son corps. Elle ne le sait pas alors même qu'elle le devient. A nous qui le savons, de le faire pressentir, avant d'oser le dire.

 

Passion de notre Seigneur Jésus Christ

L. Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau : A. « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » L. Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné. À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit : A. « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait : A. « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », L. de nouveau ils crièrent : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate leur disait : A. « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » L. Mais ils crièrent encore plus fort : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.

Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements.

Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » L. Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.

Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X « Éloï, Éloï, lemasabactani ? », L. ce qui se traduit : X « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! » L. L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : A. « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » L. Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.

(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)

Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : A. « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »

Mc 15, 1-39

Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Is 50, 4-7

Tous ceux qui me voient me bafouent ; ils ricanent et hochent la tête : « Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre ! Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure ; Ils me percent les mains et les pieds, je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide !

Mais tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.

Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.

C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,

afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,

et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Ph 2, 6-11

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