Une homélie de fr. Yves de patoul
La fête de l'Ascension célèbre le départ définitif de Jésus Christ 40 jours après sa Résurrection. Au cours d'un repas d'adieu au milieu de ses Apôtres, alors qu'il finissait de leur parler de la promesse qu'il leur avait faite d'envoyer une force, celle du Saint Esprit, qui allait les guider partout où ils iraient pour témoigner de sa présence au milieu des hommes, « ils le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée ». Jésus part avec son corps de façon définitive ; c'est la fin des apparitions du Ressuscité. Il ne faut pas se poser trop de questions sur le comment de cette ascension qui est décrite par saint Luc avec des codes anciens qu'on retrouve ailleurs. La nuée par exemple est le signe de la présence divine : elle laisse dans le flou la réalité divine qui ne peut pas être vue par l'homme. On la retrouve dans la transfiguration.
Pendant tout le temps entre la Résurrection et l'Ascension : Jésus crucifié et mort sur une croix garde son corps mutilé pendant 40 jours pour attester qu'il est le même avant et après sa résurrection. Vient un temps où les apparitions soudaines du Ressuscité ne sont plus nécessaires. « Il vaut mieux pour vous que je m'en aille », leur répète-t-il plusieurs fois ; sinon vous ne recevrez pas cette force d'en haut qui vous sera tant nécessaire pour parler de moi de façon juste.
La partie importante du récit de l'Ascension n'est-elle pas celle qui raconte que deux hommes en blanc (des anges ?) interpellent les Apôtres qui regardent vers le ciel pour leur dire : « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? ». Elle rejoint l'évangile de Matthieu : « Allez donc ! De toutes les nations, faites des disciples, baptisez-les et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ». L'Ascension du Seigneur marque ce nouveau temps, celui de l'Église où les disciples de Jésus deviennent responsables de la mission pour laquelle Jésus avait été envoyé par son Père avec la force de l'Esprit : sauver tous les hommes de leur péché.
Remarquons que l'ascension de Jésus est juste l'inverse de celle des hommes, ceux que nous pointons comme des stars qui montent dans les sondages ou dans la notoriété. Elles montent et sont de plus en plus visibles et médiatisées ; lui, il disparaît de notre vue. Elles s'élèvent par la force de leur aura (la beauté physique, leurs promesses électorales, leur talent artistique, etc) ; lui est élevé par son Père, et non par lui-même. L'élévation de Jésus Christ - glorification dans le langage johannique -, coïncide avec sa disparition. Mesurons bien tout ce que cela veut dire : la disparition de Jésus, dans son ascension, n'a d'autre raison d'être que notre élévation. « Pour continuer ma mission et faire des œuvres plus grandes que celles que j'ai accomplies au milieu de vous, nous dit Jésus, vous avez besoin que je disparaisse ».
Pour recevoir cette force d'en haut qui vous fera vous élever au milieu des nations, il faut que je m'en aille. C'est à vous désormais qu'il convient désormais de recevoir l'Esprit de Dieu qui fera de vous des saints, des prophètes et des rois pour évangéliser tous les peuples. Ce qui était en-dessous devient au-dessus. L'Ascension crée ainsi dans l'humanité ce que l'humoriste Raymond Devos appelait le sens dessus dessous. « Tous les locataires du dessous voudraient habiter au-dessus ! Tout cela parce que un locataire qui est au-dessus est allé raconter par en-dessous que l'air que l'on respirait à l'étage au-dessus était meilleur que celui que l'on respirait à l'étage en-dessous ! ... ». C'est l'humanité tout entière qui est aujourd'hui sens dessus dessous : le Christ élevé au ciel, nous fait monter avec lui puisqu'il entraîne avec lui notre nature humaine au plus haut. Notre humanité est en fête : elles est élevée, comme aspirée vers le haut. Par conséquent, aimons notre chair et celle de notre prochain au sens spirituel du mot car elle est destinée à la résurrection, à demeurer au plus haut des cieux, comme celle de Marie, comme celle de son Fils Jésus. Notre corps est l'interface de l'amour que nous portons à l'égard de Dieu et de notre prochain. Choyons-le donc autant que possible. Ne le méprisons pas.
En disant que la disparition du Christ dans la nuée a pour but notre élévation, nous pourrions songer aux dérives que l'histoire de l'Église a pu connaître en confondant élévation et domination. Pendant des siècles, l'Église a été dominante jusqu'au XVIIIe siècle environ. Aujourd'hui, par la force des choses et grâce à Dieu, elle ne l'est plus même si certains en rêvent encore.
D'ailleurs la Pentecôte va inverser le sens : ce qui était au-dessus, l'Esprit Saint, descend en-dessous, au niveau de la chair. La vie spirituelle se joue au plus bas niveau et non pas au plus haut des cieux. Elle ne consiste pas tant à rester à regarder en l'air. La gymnastique spirituelle nous a bien enseigné que pour le disciple du Christ vouloir être grand consiste surtout à s'abaisser. La contemplation de Jésus Christ notre Seigneur (la seule raison de regarder vers le haut) nous ramène toujours à cette vérité : Jésus s'est abaissé pour être relevé par son Père. Il s'est livré aux mains des hommes, il s'est abandonné par obéissance à la volonté de son Père qui l'a délivré de la mort. « Il l'a établi au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, il a fait de lui la tête de l'Église qui est son corps, et il l'Église est l'accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude », nous disait saint Paul dans son Épitre aux Éphésiens.
Pour la clarté, retenons qu'à Bethléem Jésus était descendu pour accomplir une mission divine de rédemption ou de relèvement ; cette mission fut tellement renversante qu'elle se terminera sur la croix où il fut élevé par Dieu son Père. Après un temps d'apprivoisement où il apparaît comme homme et Dieu, Jésus remonte vers son Père sans oublier sa promesse de nous envoyer l'Esprit qu'il avait reçu dès le début de son ministère. A la Pentecôte, Dieu descend sous la forme de son Esprit pour nous aider à reprendre la mission qu'il avait lui-même reçue. La mission chrétienne est une dialectique permanente d'abaissement et de relèvement, (de montée et de descente comme dans l'histoire de R. Devos). Mais ce n'est pas une histoire farfelue.
Cher Théophile, dans mon premier livre j'ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l'Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu'il avait choisis. C'est à eux qu'il s'est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu.
Au cours d'un repas qu'il prenait avec eux, il leur donna l'ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre que s'accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l'avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l'eau, vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés d'ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l'interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. »
Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s'éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s'en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d'auprès de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel. »
- Parole du Seigneur.
Ac 1, 1-11
Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu par vos cris de joie ! Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable, le grand roi sur toute la terre.
Dieu s'élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor. Sonnez pour notre Dieu, sonnez, sonnez pour notre roi, sonnez !
Car Dieu est le roi de la terre : que vos musiques l'annoncent ! Il règne, Dieu, sur les païens, Dieu est assis sur son trône sacré.
Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9
Frères, que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître. Qu'il ouvre à sa lumière les yeux de votre c?ur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, la gloire sans prix de l'héritage que vous partagez avec les fidèles, et quelle puissance incomparable il déploie pour nous, les croyants : c'est l'énergie, la force, la vigueur qu'il a mise en ?uvre dans le Christ quand il l'a ressuscité d'entre les morts et qu'il l'a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Il l'a établi au-dessus de tout être céleste : Principauté, Souveraineté, Puissance et Domination, au-dessus de tout nom que l'on puisse nommer, non seulement dans le monde présent mais aussi dans le monde à venir. Il a tout mis sous ses pieds et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l'Église qui est son corps, et l'Église, c'est l'accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude.
- Parole du Seigneur.
Ep 1, 17-23
En ce temps-là, les onze disciples s'en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »
- Acclamons la Parole de Dieu.
Mt 28, 16-20