Homélie du 1 mars 2026

 Son visage devint brillant comme le soleil 

2ème Dimanche de Carême (semaine II du Psautier) - Année A

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Homélie :
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Bienvenue à vous tous, ici dans la chapelle ou encore chez vous devant l'écran, grâce au service assuré par la transmission internet par notre ami Francesco.

Certes, ce matin la nouvelle qui fait la une est la mort du chef religieux et politique de l'Iran l'ayatolah Khameini, tué en plein Ramadan, lui, des membres nombreux de sa famille et bien de ses collègues politiques et religieux. Impossible de taire cette nouvelle, et comme il importe que notre moment de prière intègre ce qui est une souffrance et une immense incertitude pour tout le peuple iranien, à l'intérieur comme à l'extérieur de ses frontières. La prière maintient le cœur ouvert, capable d'une intercession illimitée. Tout le réel y est invité à une constante transformation selon le dessein de Dieu.

Accomplissons avec foi les rites qui nous rapprochent de la Source de toute paix et nous rapprochent en même temps les uns des autres. Supplions le maître de l'histoire en chantant le Kyrie eleison pour nous et pour tout notre univers traversé par des secousses violentes.

La première lecture de ce deuxième dimanche du Carême nous raconte une nouvelle étape décisive dans notre marche commune, en reparcourant toute l'histoire du salut. Après Adam et Ève (dimanche dernier), on écoute le moment de la vocation d'Abram : avec un triple renoncement. Il renonce et sera par la suite comblé. Cette figure historique nous est commune entre chrétiens et musulmans, ne l'oublions pas.

Homélie

Bien chers amis, Revenons à ce moment initial tout particulier dans le cours de l'histoire du salut : l'appel adressé à Abram. «  Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père...  » Voilà un triple renoncement. Pour recevoir un autre pays - une autre terre, connaître une autre parenté (avec deux femmes et une double descendance - judéo-chrétienne et musulmane) et un rayonnement qui concerne finalement «  toutes les familles de la terre  » : Tu es béni, et tu seras toi-même une bénédiction pour tous ! Dieu, avec Abram, recommence une nouvelle fois. Ce sera une destinée avec bien des épreuves - dix nous rappelle la tradition rabbinique. Mais jusqu'à cinq fois en ces 4 premiers versets on entend résonner le verbe «  bénir  », à la fois au passif et à l'actif. Celui qui est béni, devient pour la multitude bénédiction. Heureux qui marche jusqu'à ce jour sur les traces de cet Abraham, «  père des multitudes  ». En ce Carême comme en ce mois de Ramadan qui coïncident cette année l'un avec l'autre, prenons pleinement conscience qu'une même bénédiction nous tient unis.

Dans l'évangile on assiste à un autre étape dans la vie de Jésus. On est sur une des sept montagnes dans l'évangile matthéen, la plus centrale, celle de la transfiguration.

Jésus au départ est remarquablement actif. Il prend ses disciples et les emmène, les porte à l'écart, jusqu'à une haute montagne. La semaine dernière on était au désert, aujourd'hui à l'écart sur une haute montagne. Chaque fois à la limite du viable. Ce sont des lieux qu'on ne visite toujours que pour un certain temps. Moment de purification. Voir loin, se connaître mieux. Aiguisé par le silence, par l'air pur, par la solitude humaine. La grande mémoire s'ouvre : on revoit et Moïse et Élie... La Loi et les Prophètes, toute la révélation première. Il sera question de l'autre Élie déjà venu, Jean Baptiste; et de l'autre Moïse : il est là, «  écoutez-le  » ! On assiste à quelque chose d'énorme qui récapitule tout le passé et ouvre à tout l'avenir. Ils s'entretiennent. Que n'ont-ils pas tout en commun ces grands trois, comme souffrances pour ce peuple rebelle, comme aspiration aussi : «  Montre-moi ta gloire, fais-moi entendre ce qui est au-delà du tonnerre, au-delà de la tempête, au-delà du tremblement de terre  ». Il y a tout d'abord le moment visionnaire mais quand surgit la nuée, la vue cède la place et une voix retentit. La voix est facilement identifiable : celui qui dit : «  celui-ci est mon Fils  », se révèle comme le Père. «  Mon fils bien-aimé  » évoque la silhouette d'Isaac. Celui-ci est le seul «  fils bien-aimé  » dans toute la Torah de Moïse mais il est appelé ainsi trois fois lors du sacrifice sur la montagne du Moriah. Jésus est le fils bien-aimé de Dieu. Avec cette différence : lui ne sera pas épargné comme ce fut la cas pour Isaac. L'Isaac de Dieu sera tué... Jésus lui-même l'annonce dans le Temple à Jérusalem. «  Il n'avait plus personne à envoyer excepté son fils, son bien-aimé, il l'envoya en dernier, se disant : Mon fils ils l'épargneront  ». Mais non, ils firent un vulgaire calcul : «  Voilà l'héritier. Tuons-le et l'héritage sera à nous !  » Jésus sur la montagne apprend avec les disciples quelle sera sa destinée. «  En lui j'ai mis ma complaisance  ». Voilà la prophétie du Serviteur d'Isaïe qui résonne. Il est Fils et il est le Serviteur que Dieu dans sa complaisance divine resuscitera et reprendra en gloire !

«  Ecoutez-le !  » Ecoutez-le quand il vous dit : Si quelqu'un veut marcher à ma suite, qu'il porte sa croix et me suive, qui croit gagner perd mais qui perd pour mon nom, gagnera. Il passera de la croix à la gloire ! «  Ecoutez-le  ». Moïse en Dt 18 avait annoncé la venue d'un prophète comme lui, tiré de ses frères. Ecoutez-le, avait-il dit à deux reprises. La voix du ciel reprend cet ordre. En le suivant - avec ses étranges paradoxes sur servir et se perdre pour accéder avec lui à la gloire - il nous conduira à la plénitude du Royaume. La parole du ciel clarifie l'Identité de Jésus par rapport à Moïse comme par rapport à Élie. Il reçoit aussi, et les disciples avec lui, tout un programme de vie ! Nouveau Moïse, autre serviteur, autre Isaac de Dieu, autre fils messianique davidique !

Tout ceci est provisoirement incommunicable. «  Le Fils de l'homme doit d'abord mourir et ressusciter  » ! Cela nous concerne également en tant fils d'homme, marchant à la suite de ce Fils de l'homme ! Comprendre comme un vécu commun. Dicible seulement après être passé par là.

Dans l'épisode raconté Jésus tout d'abord effraie. Mais Jésus sort de sa manifestation glorieuse et se rend éminemment proche, il va jusqu'à toucher ses disciples et les relever, les mettre debout !

Il s'agit d'un procédé constant chez Matthieu dans l'art de raconter la révélation christique. Chaque fois que nous nous trouvons devant une révélation effrayante du Christ en gloire, Matthieu introduit un moment où le Christ sort de sa gloire, s'approche et console, guérit, sauve, tire hors de l'eau... Remarquable transition connue dans la tradition rabbinique ultérieure.

Cf. La dernière montagne : Mt 28 en Galilée. Tous se prosternent ! Il s'approche. Il dit trois choses : sa grandeur, leur noble mission à toutes les nations, et enfin sa proximité déconcertante : je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. Jamais la grandeur sans la proximité !

Le toucher est quelque chose d'unique dans l'expérience mystique d'un Ruusbrouc. Gherinen. Dieu vient, son tact consiste à nous toucher au plus intime.

Bien chers amis, on avance. Sur la montagne on connaît une halte bénéfique. Une perspective transformante. Le fin du baptême dans la nuit pascale sera notre transfiguration en gloire. Paul en était convaincu dans son corps : le Christ est capable de nous transfigurer en gloire avec la force dont il dispose pour se soumettre l'univers entier, ta panta. Certains moines dans l'histoire on témoigné de ce corps transfiguré - Séraphim de Sarov et le laïc Motovilov, dans la neige - mais aussi abba Lot et abba Joseph de Panépho. «  Si tu le veux, tu peux devenir tout entier feu  » !

Soyons comme Paul des baptisés conscients que l'Esprit travaille à notre métamorphose, en bien, en beauté, en gloire, même au milieu d'un monde déchiré par la haine, l'incompréhension, l'ignorance de Dieu Amen.

 

Vocation d'Abraham, père du peuple de Dieu

En ces jours-là,

le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. »

Abram s'en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s'en alla avec lui.

- Parole du Seigneur.

Gn 12, 1-4a

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ; il est fidèle en tout ce qu'il fait. Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur : il est pour nous un appui, un bouclier. Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi !

Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22

Dieu nous appelle et nous éclaire

Fils bien-aimé, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l'annonce de l'Évangile. Car Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s'est manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l'immortalité par l'annonce de l'Évangile.

- Parole du Seigneur.

2 Tm 1, 8b-10

Son visage devint brillant comme le soleil

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l'écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d'une grande crainte. Jésus s'approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.

En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 17, 1-9