Homélie du 4 fevrier 2018

Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies

5ème dimanche du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Ce qui caractérise ce petit texte, c'est le mouvement. Jésus est arrivé à Capharnaüm, et, comme c'est le sabbat, il doit aller à la synagogue et on lui demande de prêcher. Nous avons entendu cela dimanche passé. Ensuite, il va continuer le repos sabbatique dans la maison de Pierre, mais là, on lui demande encore de guérir la belle-mère (qui se met immédiatement à les servir !). Alors, au coucher du soleil, au moment où le sabbat est terminé, il est de nouveau sollicité pour guérir et exorciser. Ce n'est que le lendemain matin, avant l'aurore, encore dans l'obscurité, qu'il parvient à s'échapper pour aller dans un lieu désert, pour prier. Là encore, il est rattrapé par Pierre qui veut le ramener chez lui, à Capharnaüm, pour faire durer le succès de la veille. Jésus lui réplique alors qu'il doit encore aller prêcher la Bonne Nouvelle plus loin, « car c'est pour cela qu'il est sorti » , c'est pour cela « qu'il a été envoyé » , comme le précise l'évangéliste Luc.

À travers tous ces mouvements, il y a, comme un petit entrefilet, l'allusion à la prière de Jésus. On le remarque à peine. De fait nous voyons presque toujours Jésus répondre simplement aux invitations et obéir aux circonstances, Il accueille généralement ce qu'on lui propose, et il se laisse accueillir. Mais, en tout cela il ne perd jamais de vue sa mission, pour laquelle il a été envoyé, et les évangélistes nous informent que Jésus se retire régulièrement dans un lieu désert, pour pouvoir prier.

On pourrait se demander pourquoi. Car enfin, dès le Baptême dans le Jourdain et la descente sur lui de l'Esprit, il avait une conscience claire de sa mission. Avait-il encre besoin de méditer à propos de la volonté du Père sur lui ? Eh bien oui ! Il fallait que la conscience de sa mission, bien connue mentalement, envahisse peu à peu toute sa personne. Dès le début, comme nous le révèle l'épître aux Hébreux, il a dit : « Voici, je viens pour faire ta volonté » . Mais ce travail n'était jamais achevé, parce qu'une part de lui-même se révoltait contre la réalisation de cette vocation qui comportait la contradiction, l'échec et la croix. Encore au 'Jardin des Oliviers', il devait prier : « Non pas ma volonté, mais la tienne ! »

La prière était donc pour Jésus une nécessité vitale, pour que cette volonté du Père habite le fond de son être. Il a beaucoup prié pour achever en lui l'incarnation de la volonté de Dieu, jusqu'au plus intime de lui-même. L'incarnation, la venue au monde de Dieu, par la naissance de Jésus, telle que nous l'avons célébrée à Noël, n'était qu'un commencement. Jésus a dû continuer à réaliser cette incarnation dans toute l'épaisseur de son existence, en toutes le fibres der son être. Dans ce travail d'incarnation, il assumait aussi toute l'humanité souffrante, tous ceux qu'il rencontrait partout où il allait, tous ceux qui, comme Job, devaient affronter l'absurdité de certaines situations, car « il a pris sur lui nos infirmités et s'est chargé de nos maladies » (Mt 8, 17 ; Is 53, 4).Tout au long de sa vie, il a continué à 'donner corps' à cette volonté du Père miséricordieux, pour que sa « volonté soit faite sur la terre comme au ciel » .

D'ailleurs les évangiles nous permettent de pénétrer un instant dans cette prière de Jésus. Lorsqu'un jour, il a emmené ses trois plus proches disciples sur une montagne, pour prier, c'était la nuit, et ils étaient écrasés de sommeil, mais ils se sont quand même réveillés et ils ont été éblouis par le visage du Seigneur tourné vers Dieu. Jésus leur montrait ainsi le contenu de sa prière : une conversation avec les témoins de la Première Alliance, Moïse et Élie, qui ont rencontré Dieu si intimement, intercédé pour leur peuple, mais ont également dû affronter la contradiction et la persécution. Surtout les disciples ont entendu, avec Jésus, la voix du Père à son Fils bien-aimé. Méditation et écoute, telle était la prière de Jésus.

Ainsi donc, par toute sa vie, par ses rencontres, les guérisons et le pardon offert, par l'accueil inconditionnel, par son enseignement donné à tous, il accomplissait le dessein du Père. Mais également par sa prière. Quand il se retirait pour prier, ce n'était pas seulement pour 'récupérer', comme on dit, pour régulièrement recharger ses énergies, si généreusement dépensées. Non ! Ces moments de prière n'étaient pas que des parenthèses entre ses différentes activités, comme on pourrait le penser à une lecture rapide des évangiles. Ils faisaient partie de sa mission. Sa façon de faire advenir le Royaume ne se limitait pas à sa prédication et à son attention compassionnée à tous ses frères. En effet, la prière, pour lui, n'était pas qu'un moyen pour permettre, ensuite, une réalisation plus importante, qui serait la seule véritable annonce de la Bonne Nouvelle. Elle était, elle aussi, partie intégrante de sa mission. Il a prié jusque sur la croix, où il a finalement pu dire « Tout est accompli » .

C'est pourquoi il a autant parlé à ses disciples de la prière. Son enseignement à ce sujet fait partie intégrante de son annonce du Royaume qui vient. Par toutes ses recommandations, par de nombreuses paraboles, il nous a enseigné comment prier : non pas pour la galerie, comme le font certains, mais en nous retirant au secret de notre maison ou dans un lieu désert, avec une patience infinie, avec confiance... Ce n'est pas le lieu pour détailler cela. Je veux seulement rappeler, chers frères et soeurs, que, pour nous aussi, la fidélité à la prière est une partie intégrante de notre conversion à l'Évangile. Elle n'est pas seulement un moyen pour réaliser l'essentiel, qui est l'amour ; la prière est elle-même une réalisation de notre amour, ? ou elle n'est rien, rien qu'un rabâchage. Sans la prière dans notre vie, notre amour risque toujours de manquer de force et de douceur. Et, puisque nous croyons à la 'communion des saints', nous savons que toute prière, même la plus secrète, contribue à sauver le monde.

Quand donc nous voyons mieux comment Jésus priait, combien il priait et pourquoi, nous voyons aussi l'importance pour nous de ces moments consacrés à la méditation et l'écoute. Si nous voulons incarner dans notre vie les Béatitudes, la façon d'être de Jésus, il nous faut, je crois, davantage faire confiance à ces moments consacrés à la prière silencieuse qui nous transforment peu à peu, presqu'à notre insu.

À travers tous les mouvements, parfois désordonnés, qui caractérisent notre vie, comme ils caractérisaient la vie de Jésus rapportée par les évangiles, la prière n'est pas qu'un entrefilet sans importance. Elle est plutôt ce qui irrigue toute notre vie en Christ. Elle est même indispensable pour que la volonté du Père « soit faite sur la terre comme au ciel » , pour qu'elle pénètre la bonne terre de notre coeur, une terre lourde, parfois dure et un peu caillouteuse, mais féconde. Cette prière prend plus ou moins de temps, selon notre genre de vie, elle est silencieuse ou liturgique, mais en priant comme Jésus, nous devenons toujours davantage comme lui : des fils et des filles de Dieu qui partagent avec tous nos frères et soeurs son amour universel.

 

Je ne compte que des nuits de souffrance

Job prit la parole et dit : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre. Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre, comme le manœuvre qui attend sa paye, depuis des mois je n’ai en partage que le néant, je ne compte que des nuits de souffrance. À peine couché, je me dis : « Quand pourrai-je me lever ? » Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils s’achèvent faute de fil. Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. »

Jb 7, 1-4.6-7

Il est bon de fêter notre Dieu, il est beau de chanter sa louange : il guérit les cœurs brisés et soigne leurs blessures.

Il compte le nombre des étoiles, il donne à chacune un nom ; il est grand, il est fort, notre Maître : nul n’a mesuré son intelligence.

Le Seigneur élève les humbles et rabaisse jusqu’à terre les impies. Entonnez pour le Seigneur l’action de grâce, jouez pour notre Dieu sur la cithare !

Ps 146 (147a), 1.3, 4-5, 6-7

Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !

Frères, annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! Certes, si je le fais de moi-même, je mérite une récompense. Mais je ne le fais pas de moi-même, c’est une mission qui m’est confiée. Alors quel est mon mérite ? C’est d’annoncer l’Évangile sans rechercher aucun avantage matériel, et sans faire valoir mes droits de prédicateur de l’Évangile. Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour y avoir part, moi aussi.

1 Co 9, 16-19.22-23

Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies

En ce temps-là, aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm, Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade. Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.

Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était.

Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche. Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. » Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. »

Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons.

Mc 1, 29-39

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