Une homélie de fr. Pierre de Béthune
Introduction
Christ est ressuscité ! Oui, il est vraiment ressuscité ! C'est ainsi qu'on se salue aujourd'hui dans tout l'Orient chrétien, en toutes les langues : grec, arabe, hébreu, ukrainien, farsi, russe...
Il n'y a pas d'autre salut, pas de « Bonjour ! Comment ça va ? » mais cet événement unique, aussitôt confirmé : « Oui, il est vraiment ressuscité ! » et donc ça va plus que bien !
En réalité le NT est plein de tels cris de jubilation, en lien avec la Pâque accomplie de Jésus. Cet événement proclamé ne se limite pas à ce qui a pu avoir lieu dans un lointain passé : « Il est ressuscité » signifie que cela nous affecte à l'instant, dans le présent ! Il vit, ici et maintenant ! Vivons, marchons, prions, célébrons dans ce grand présent, dans l'espace qui s'ouvre à partir de notre adhésion de foi : « Christ est ressuscité, Il est vraiment ressuscité, Alléluia ! ». Chantons donc pour entrer pleinement dans ce mystère de joie et de victoire, notre Kyrie, suivi du Gloria comme une jubilation « car toi seul es saint, toi seul es Seigneur, toi seul es le Très-Haut, Jésus Christ avec le saint Esprit dans la gloire actuelle de Dieu le Père ! Alléluia ! ».
Homélie : Chères sœurs, chers frères,
La toute première lecture de ce jour de fête est un discours de Pierre, adressé à Césarée, dans la maison d'un païen, du centurion Corneille, homme pieux qui est en quête du Dieu vivant. Or Pierre résume ici en quelques phrases l'entièreté du parcours qu'on trouve dans l'évangile selon Marc !
« Vous savez ce qui s'est passé, rappelle-t-il, depuis la Galilée, un homme qui passait en faisant le bien... » Rempli d'Esprit saint et de puissance, il guérissait, il chassait des démons, il était porteur d'un évangile - d'une bonne nouvelle où guérison et pardon sont les premiers dons de Dieu, signes palpables de la proximité du Royaume qui fait irruption de façon imminente.
Mais voilà que cet homme a été arrêté, jugé, condamné et exécuté de façon ignominieuse... Comme un esclave, un rebelle qui contesterait le pouvoir romain, on l'a flagellé, pendu, cloué à une potence jusqu'à ce que mort s'en suive... Voilà ce que certains ont cru devoir faire avec cet homme bon, venu de la part de Dieu...
Et Dieu dans tout cela ?
Il l'a exalté, Il l'a pris à lui, l'a relevé, l'a ressuscité, l'a fait asseoir à sa droite. « La pierre rejetée des bâtisseurs est devenue tête d'angle ! C'est là l'œuvre de Dieu, une merveille à nos yeux... » Les images et métaphores se bousculent pour dire l'événement unique qui a Dieu comme auteur. Des témoins se sont levés et ont attesté ce que Dieu leur a fait savoir : « Ce condamné n'est pas un maudit pour Dieu. Nous le savons car lui-même nous l'a fait savoir : cet homme, exclu de la société des humains, a, par-delà la mort, été élu par Dieu. Ce qu'il nous a montré durant toute sa vie, à savoir que Dieu choisit l'exclu, qu'il intègre le marginal, pardonne le pécheur, cela s'est vérifié au-delà de sa propre mort et exclusion. Désormais nous pouvons vivre comme il nous l'a enseigné de faire. Nous sommes en pleine confiance car de toutes manières nous ne pouvons que tomber dans la main de Dieu qui nous prendra à lui » !
Tous ces jours-ci nous avons médité, contemplé, scruté... un abîme de bonté, nié, bafoué, exclu, mais qui se retrouve dans l'abîme encore plus grand, dans l'immense bonté-miséricorde-vitalité de Dieu et là, Dieu accueille et transfigure. Il accomplit, il glorifie, il ressuscite, fait asseoir à sa droite... Mille langages pour dire l'inversion incroyable mais cohérente de l'agir divin dans ce cas précis.
Des témoins se sont levés, se sont retrouvés, se sont confirmés. Ils ont remémoré les gestes de Jésus, les priorités de sa vie au nom de Dieu, rappelant à chacun comment Dieu agit. Or ce Dieu a parlé aux témoins. Et nous vivons de leur témoignage, nous les croyants. Et nous marchons dans cet espace spirituel radieux, victorieux, à la suite de ce fils d'homme qui est le Fils intime de son Père céleste.
Les premiers témoins se sont retrouvés entre eux, ont ouvert à la fois le livre de la mémoire commune de Jésus parmi eux, et le livre des Écritures, notamment les Psaumes. Comme disait saint Pierre à Corneille : « C'est de Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui, reçoit par son nom, le pardon des péchés ».
Depuis lors, l'histoire de plus de vingt siècles de foi chrétienne s'illustre par des vies de saints qu'on n'a pas fini de méditer et d'intérioriser : leur foi, leur charité, leur espérance, l'une comme l'autre victorieuse des forces du Mal, de la désespérance, de la volonté de détruire et d'anéantir, nous alimentent pour, comme dit saint Benoît dans sa maxime célèbre : « Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu ». C'est cela Pâques !
La nature comme langage cosmique, notre propre cœur, nos rites liturgiques : allumer un cierge pour vaincre l'obscurité. Une jonquille dans un petit vase ou une branche de forsythia dans un verre au milieu de la table. Le Dieu de la résurrection parle dans cette branche, comme aussi dans des récits de retrouvailles et de réconciliation : « Ton frère était mort, et le voici vivant. Ne faut-il pas faire la fête ? » Les retrouvailles sont perçues par le père comme une résurrection. Et inversement : la résurrection est pardon et amour entre frères : « Nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères », lit-on dans une lettre de saint Jean. Le langage de la paix fraternelle - parfois fort difficile, comme une victoire laborieusement conquise - se vit comme le passage de la mort à la vie. C'est que, comme le dit saint Paul : « Nous étions ennemis mais Dieu en Christ nous a aimés ! Gratuitement ! Nous sommes en paix avec Dieu en Christ Jésus, sans mérite de notre part, par la pure adhésion de notre foi ». C'est que nous avons contracté une alliance : « Notre vie est désormais cachée, enfouie avec le Christ en Dieu » ! Depuis notre baptême ! Morts avec le Christ, ressuscités avec le Christ ! Il ne nous reste plus qu'à « Vivre à Dieu seul ! » Nous ne nous appartenons plus.
Aussi, en ce jour, d'un bout du monde à l'autre, on renouvelle ses promesses baptismales. Bon nombre d'entre nous - la plupart sans doute - ont rencontré le Christ lors de leur baptême à peine quelques jours après être sorti des eaux du sein maternel. Le baptême était curieusement comme une façon de retourner dans ces eaux pour renaître une deuxième fois !
Mais le jour de Pâques chaque année nous repassons par ce moment vital, régénérant !
Avant de nous engager à nouveau et d'être aspergé : prenons un moment le temps de revenir sur nous-mêmes. Qui suis-je en profondeur ? Quel est mon lien exact avec ce Christ vivant, ressuscité ? En quoi consiste mon adhésion ? Pour quel évangile suis-je prêt à vivre et à mourir ? Et cela pas seulement à titre personnel, mais dans le Corps du Christ, en lien avec la multitude qui nous entoure, effectivement et virtuellement, jusqu'à l'autre bout du monde ? Faisons silence et prenons à cœur ce questionnement de notre engagement le plus secret.
Frères et sœurs, chers amis, je vous invite maintenant à prononcer une nouvelle fois vos engagements personnels. Oui, je renonce, trois fois. Oui je crois, trois fois. Troisième fois, bonne fois, dit le proverbe. On y va entièrement et non pas par demi-mesure. On envisage les deux pôles : ce à quoi renoncer, d'abord, fermement ; et ce à quoi donner notre adhésion, généreusement et librement. On y va aussi personnellement, avec un « je » assertif et non pas un « nous » collectif dans lequel on pourrait toujours se cacher : aujourd'hui nous ne conduisons pas tel un troupeau avec une conduite grégaire. Nous y allons chacune et chacun à part entière, sans décider pour autrui ce que celui-ci ou celle-ci puisse refuser ou accepter pleinement.
En toi, Seigneur, j'ai mon refuge ; garde-moi d'être humilié pour toujours. En tes mains je remets mon esprit ; tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.
Je suis la risée de mes adversaires et même de mes voisins ; je fais peur à mes amis, s'ils me voient dans la rue, ils me fuient.
On m'ignore comme un mort oublié, comme une chose qu'on jette. J'entends les calomnies de la foule : ils s'accordent pour m'ôter la vie.
Moi, je suis sûr de toi, Seigneur, je dis : « Tu es mon Dieu ! » Mes jours sont dans ta main : délivre-moi des mains hostiles qui s'acharnent.
Sur ton serviteur, que s'illumine ta face ; sauve-moi par ton amour. Soyez forts, prenez courage, vous tous qui espérez le Seigneur !
30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25
Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l'affirmation de notre foi. En effet, nous n'avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.
Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu'il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l'obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.
- Parole du Seigneur.
He 4, 14-16 ; 5, 7-9