Homélie du 24 décembre 2017

Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils

4ème Dimanche de l'Avent - Année B

Une homélie de fr. Martin Neyt

En cette sainte nuit de Noël, l'enfant-Jésus se présente à nous comme un être fragile qui n'a pas une pierre où reposer la tête. D'emblée, son humble naissance nous fait signe : notre existence est un voyage qui nous fait entrer dans un mystère qui nous dépasse. Marie et Joseph font partie de ces personnes en marche. Ce sont des réalités tellement actuelles. Et l'Église, comme chacune de nos communautés, est toujours en voyage. C'est une exigence constitutive nous forçant à nous dépasser, à nous décentrer pour aller à la rencontre de ces étrangers qui posent sur notre façon de vivre un regard interrogateur. Noël nous invite à marcher vers un monde qui n'est pas le nôtre. Ainsi prophétisait Isaïe quand il proclamait : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu briller une grande lumière. »

Que voyons-nous ? D'abord, des bergers qui gardent leurs troupeaux. Eux aussi sont des marcheurs, des gardiens, des veilleurs. Ils sont les premiers à apprendre la nouvelle. Comment ? Par l'Ange de Dieu. Cet Ange n'est pas n'importe lequel. Il apparaît dans la Bible à tous les moments-clés de l'histoire sainte. Il conduit le peuple à travers le désert, par une colonne de feu la nuit, par une colonne de fumée le jour ; il apparaît à Marie à l'Annonciation ; à Joseph, si humble, si docile à l'écouter dans un songe ; il accompagne Jésus dans ses tentations au désert, à Gethsémani dans sa détresse, au matin de Pâques devant le tombeau vide. Cet Ange est craint et respecté. Il nous invite à entrer dans le mystère qui se révèle.

Comme une mère ne se lasse pas de découvrir, émerveillée, le visage de son enfant, Marie, Joseph, les bergers, nous-mêmes, nous voyons l'Éternité qui s'ouvre dans l'inépuisable visage de l'enfant-Jésus. C'est la fête d'une grande lumière pour tous ceux qui marchent dans la nuit.

Le visage de l'Enfant est plein de contraste, doux et humble de coeur et à la fois, Maître de l'histoire. « Prince de la paix », écrit le prophète Isaïe, « enveloppé de lumière et de la gloire de Dieu », écrit saint Luc.

Quittons ces images médiatiques de notre temps qui déforment et asphyxient tout visage : harcèlement dévoilé, agressions charnelles, visages défigurés, torturés, enfants délaissés dans les rues de nos villes, sources d'argent, de profit. L'Enfant de la crèche nous apprend à les regarder avec un coeur nouveau.

Les sculpteurs africains ont réveillé chez nos peintres du début du XXème siècle cette relation entre le visage et le coeur. L'identité des masques, au plus profond de la forêt équatoriale, se révèle dans une quête de beauté formelle incomparable : visage concave, d'une simplicité désarmante, découpant le visage en coeur, remontant de l'arête nasale, longeant les sourcils, descendant le long des joues pour se joindre au menton. Les yeux sont ajourés. Ils soulignent que la limite de ce monde est dépassée pour s'ouvrir à un autre. Le visage n'est plus objet de possession. C'est lui qui nous regarde, il nous parle et devient icône, nous invitant à regarder ce qui ne se voit pas, à une relation qui traverse toute idée de possession et de domination.

Dans les yeux, le coeur découvre la lumière de la personne, cette réalité inaccessible que les énergies de l'amour rendent participables. Nous entrons, comme l'écrit le Patriarche Athënagoras, « dans l'océan intérieur d'un regard », celui de l'enfant-divin. Il regarde et apporte la paix.

Habités de cette présence, nos sens sont en éveil. Les uns tournés vers l'intérieur de notre être, les autres vers l'extérieur. Par l'écoute, nous pouvons entrer dans l'insondable silence du Père ; nos oreilles entendent les anges chanter : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ». Nous respirons le Souffle divin auquel Marie a répondu : « Qu'il me soit fait selon ta parole ».

Par le regard, la parole, le toucher, nous communiquons avec les autres. Nous découvrons dans le Corps du Christ que chaque être est chair de notre chair, que nous sommes façonnés dans la même glaise et que nous sommes nés pour être frères et soeurs du même Père, images de Dieu, nés à la beauté divine.

Dans cette douceur et humilité de l'Enfant, sur cette route sans fin des migrants, Jésus nous parle et pose les gestes apportant le message du Père adressé à tout homme: « Paix sur la terre aux hommes qu'Il aime ». Le chemin est là, espérance de paix construite par ceux qu'Il aime, chemin de compassion, d'amour et de déchirement. Sainte Thérèse dite de l'Enfant-Jésus et de la sainte Face écrit que la joie est dans son coeur, lui souriant chaque jour comme une rose printanière ; cette rose cache la souffrance qu'elle porte dans sa vie et sa prière. « J'accepte avec reconnaissance les épines mêlées aux fleurs. Ma joie, c'est de rester petite et quand je tombe Jésus me prend par la main ».

Au Patriarcat de Constantinople, les fidèles admirent une icône de l'Enfant-Jésus nouant ses deux bras autour du cou de sa mère et tout son être semble déjà crucifié. Noël se comprend à travers l'amour total de Celui qui nous a aimés jusqu'au bout, jusqu'à nous révéler son angoisse, son visage défiguré, son visage transfiguré, lumineux de Pâques, par son message de paix, de compassion et de joie.

Cette nuit, découvrons avec un coeur nouveau le visage de ceux qui sont sur notre route. Regardons-les avec le coeur de Dieu, son infinie compassion et sa bonté. Méditons devant l'humilité extrême de Dieu qui s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté, qui s'est fait homme pour nous diviniser.

fr. Martin, prieur de Clerlande

précédé durant la veillée par deux textes;

Noël des pauvres, par le fr Bernard Poupard

Luc nous a confiés, au début de son évangile, qu'il s'était informé soigneusement de tout, et pourtant le recensement dont il parle ne semble pas avoir eu lieu à ce moment là. Mais Luc est aussi habile, et le recensement lui permet de placer en tête de son récit l'empereur Auguste. Le petit messie, le Seigneur annoncé aux bergers, nait sous César Auguste, dans une province de l'Empire. L'Empereur veut recenser "toute la terre", et si recensement il y eut, ce petit enfant nouveau-né fut-il même compté? Dieu entre dans l'histoire, et tous les personnages historiques sont nommés: Auguste, Quirinius, Hérode le Grand, mais le Fils de Dieu se cache dans le remue-ménage d'un recensement. L'évènement le plus extraordinaire de l'histoire échappe aux maîtres du monde. Dieu se déplace et il s'introduit malaisément dans les traces d'un jeune couple en déplacement.

fr Bernard.

En grand silence, par le fr. Jean-Yves Quellec

Grand silence aujourd'hui sur la terre.

Jésus dort.

"N'éveillez pas, ne réveillez pas le Bien-aimé

avant l'heure de son bon plaisir !"

N'attendez pas que l'Enfant parle

maintenant qu'il ne dit mot !

Ne cherchez pas encore un message

dans le silence du berceau !

Les sages, parfois, se taisent pour enseigner.

Le Dieu dormant se laisse aimer.

tout simplement.

Sous les paupières closes.

nul regard à croiser.

nul regard éloquent qui nous donne à comprendre.

Seulement un visage, limpide.

Un souffle, très pur.

une odeur de genèse.

Aujourd'hui, fin de l'Avent, commencement de l'avenir.

il n'y a plus d'après à Bethléem de Juda.

plus de lendemain dans Bethléem déserte.

Il n'y a plus d'après

dans la ville écroulée, les montagnes trouées

et les steppes baignées de sang.

Il n'y a plus d'après dans les têtes trop pleines.

plus d'horizon à conquérir.

plus de parole inconnue.

plus d'aube nouvelle.

Pas de futur, s'écriaient les oracles.

"Vous qui entrez ici, quittez toute espérance."

Le temps s'est-il figé dans la nuit froide?

Et l'âme humaine est-elle enterrée dans les glaces?

Un enfant, réchauffé par l'haleine des bestiaux.

prononce le dégel des coeurs.

Un peu de bonté suffirait.

un atome de bonté pour relancer la terre.

Un soupçon de haine déclenche le séisme;

un brin de miséricorde atténue les soubresauts du mal;

un seul geste d'amour décolore les traînées du malheur.

Jésus dort dans la mangeoire

"Éveillez-vous", harpes, cithares.

Que j'éveille l'aurore!"

Éveille-toi, mon coeur, du long sommeil des siècles.

Première année du millénaire:

le monde s'est recouvert des traits de la vieillesse.

Subitement, il a courbé l'échine, ralenti son pas.

tendu le bras, en vain, pour trouver un appui.

Dieu est bien jeune, cette nuit.

Il rajeunit sans cesse.

Dans la crèche de Bethléem.

un enfant se mit à bouger.

Il s'étire aussi dans nos chambres.

nos églises et nos vies.

Il écoute, il regarde.

il pleure, il attend.

Bientôt, sans doute, il va sourire.

 

La royauté de David subsistera pour toujours devant la face du Seigneur

Le roi David habitait enfin dans sa maison. Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient. Le roi dit alors au prophète Nathan : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! » Nathan répondit au roi : « Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. » Mais, cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : « Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé, j’ai abattu devant toi tous tes ennemis. Je t’ai fait un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre. Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira et ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l’humilier, comme ils l’ont fait autrefois, depuis le jour où j’ai institué des juges pour conduire mon peuple Israël. Oui, je t’ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous tes ennemis.

Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

2 S 7, 1-5.8b-12.14a.16

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge. Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux.

« Avec mon élu, j’ai fait une alliance, j’ai juré à David, mon serviteur : J’établirai ta dynastie pour toujours, je te bâtis un trône pour la suite des âges.

« Il me dira : Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut ! Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. »

88 (89), 2-3, 4-5, 27.29

Le mystère gardé depuis toujours dans le silence est maintenant manifesté

Frères, à Celui qui peut vous rendre forts selon mon Évangile qui proclame Jésus Christ : révélation d’un mystère gardé depuis toujours dans le silence, mystère maintenant manifesté au moyen des écrits prophétiques, selon l’ordre du Dieu éternel, mystère porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi, à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus Christ, à lui la gloire pour les siècles. Amen.

Rm 16, 25-27

Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils

En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

Lc 1, 26-38

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