Une homélie de fr. Benoît Standaert
Bienvenue à vous, chères sœurs, chers frères, chers amis.
En ce dimanche on fête le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. La liturgie nous fait faire un retour en arrière après les cinquante jours du temps pascal. On revient sur le Jeudi saint, le jour de l'institution de l'eucharistie, et on reviendra vendredi prochain sur le Vendredi saint, en la fête du Cœur sacré de Jésus.
Ce n'est donc que très progressivement qu'on revient au temps ordinaire des dimanches verts. On ne veut surtout pas oublier les événements les plus marquants de la Semaine sainte : la dernière Cène de Jésus avec les siens où il partage son corps et son sang ; et la mort comme crucifié avec le cœur transpercé d'où jaillissent du sang et de l'eau.
Ce sont du point de vue liturgique des moments à revivre avec un cœur ouvert et un regard contemplatif, capable d'empathie et de participation intérieure à ce qui est raconté une nouvelle fois. Aujourd'hui ce sera le geste de communion de table qui est au centre de la célébration.
Invoquons donc le Christ Jésus, le maître qui réunit les siens dans ce geste eucharistique qui est geste de partage, nous donnant accès à sa vie victorieuse de la mort même. Chantons ensemble le Kyrie suivi du Gloria!
Homélie
Bien chers amis.
Aujourd'hui en ce jour de fête j'aimerais vous expliquer quelques termes clefs de notre langage chrétien. Trois mots en trois langues différentes.
Commençons par celui qui honore la fête d'aujourd'hui : sacrement.
Sacré mot qui cache une pratique ancienne des soldats romains, eh ! oui. Un soldat faisait son sacramentum. Il s'unissait par le sang à son chef, son général. Par un pacte de sang, la main dans la main : le sang de l'un s'unissant avec le sang de l'autre, et la conclusion était forte : seule la mort ne pourra plus nous séparer l'un de l'autre. Quand saint Benoît parle du moine comme d'un soldat du Christ, miles Christi, il entend un lien d'obéissance à la vie et à la mort.
Ce mot sacramentum traduit en réalité un mot grec qui était en usage chez les premiers chrétiens qui parlaient pour la plupart le grec. C'est le mot mystèrion. Le mystère est une réalité dans laquelle on entre par un chemin d'initiation. Les initiés connaissent le mystère de l'intérieur, les non-initiés restent dehors et ne comprennent pas. La « fraction du pain », par exemple est une belle expression qui est banale pour les gens de l'extérieur mais traduit le secret de l'action eucharistique : où Jésus se donne corps et sang, jusqu'au bout et nous autorise de partager sa vie qui est vie éternelle.
Il est un troisième mot qui mérite d'être rappelé en ce jour, c'est celui de communier, se communier ou la communion, comme on dit : il va faire sa première communion. Le verbe et le substantif n'ont tout leur sens qu'en milieu chrétien et se réfèrent à l'acte de recevoir et de manger le pain consacré. « Je communie ». À la fois au pain et à la vie christique. Je deviens ce que je mange, nous devenons en communiant le corps du Christ. Quand le prêtre présente l'hostie : il dit « le Corps du Christ ». Reçois-le et deviens-le toujours davantage, avec nous tous ensemble, de par le monde entier : un seul Corps avec le Christ Jésus ressuscité.
Voilà : Sacramentum. Mystèrion. Communion. Derrière chaque mot une porte s'ouvre et toute une chambre de significations viennent à notre rencontre. Rendons grâces !
Je termine ces réflexions en vous relisant un poème qu'on a eu en lecture hier soir tard, dans la veillée de prière, comme chaque samedi soir. Il s'agit d'un poème de Patrice de la Tour du Pin, dont on peut dire qu'il est le plus grand poète liturgique en langue française depuis le Concile Vatican II. Ecoutez. Quatre strophes. Vous le trouverez sur internet, avec la mélodie : Tous les chemins du Dieu vivant
1. Tous les chemins de Dieu vivant Mènent à Pâques, Tous ceux de l'homme à son impasse : Ne manquez pas au croisement L'auberge avec sa table basse ; Car le Seigneur vous y attend. Tout est dit : Pâques et impasse, et l'auberge au croisement, la table basse ! 2. N'attendez pas que votre chair Soit déjà morte, (certes nous sommes chair, c'est-à-dire, nous marchons vers la mort, mai « n'attendez pas ! » N'hésitez pas, ouvrez la porte, Demandez Dieu, c'est lui qui sert, Demandez tout, il vous l'apporte : Il est le vivre et le couvert. (Demandez tout [la petite Thérèse !]. Demandez Dieu. Il se présente, il sert, il apporte le couvert et le vivre ! Il se donne à manger. Il donne tout car il se donne, il n'a rien d'autre) 3. Mangez ici à votre faim, Buvez de même À votre soif, la coupe est pleine ; (il y a surabondance comme au Ps 23, le bon berger) Ne courez pas sur les chemins (on peut courir et courir sans égard, sans attente, sans
ouverture à celui qui vient)
Allant à Dieu sans que Dieu vienne : Soyez des hommes de demain. (c'est-à dire : des hommes ouverts à Celui qui vient) 4. Prenez son corps dès maintenant, (sa venue est ici et maintenant !) Il vous convie À devenir eucharistie ; (« l'homme eucharistique », O. Clément... au dernier pas de création, viens faire l'homme eucharistie. Idée paulinienne. Col 3,15 : devenez eucharistiques) Et vous verrez que Dieu vous prend, (Dieu vient et Dieu nous prend ! Qu'il vous héberge dans sa vie Et vous fait hommes de son sang.
Voilà le mystère eucharistique, voilà l'union dans le sang du sacramentum, voilà la grande communion christique.
Continuons cette eucharistie pour devenir ce que nous célébrons. Pain partagé, sang versé, communion de vie dans tout le Corps du Christ. Amen.
Ce matin tôt, encore dans la nuit, une découverte : c'est l'Intelligence Artificielle qui a relu mon texte et introduit tant et tant de changements, éliminations, réajustements de tout genre. Et moi de me débattre avec Quelqu'un, réclamant davantage de RESPECT tout de même du texte original de mon commentaire. Quelle naïveté ! Quelle bêtise finalement. Mais cela veut dire mille choses : l'IA a tendu au-dessus d'un texte comme Saint Jean un bouclier, comme fait Israël à l'égard des projectiles qui peuvent arriver de l'extérieur du pays. On ne peut plus rien dire de neuf, de différent, d'inhabituel sur le texte biblique car l'IA « sait ». Elle sait tant et tant qu'on peut dire : elle sait tout, tout ce qu'il faut savoir, sainement. Elle pense pour tous. La science et la recherche, c'est fini. Nous « savons », tout a déjà été dit, comparé, évalué. Tenez-vous-en à ce qui est « correct », sinon nous allons vous « corriger » et ramener à l'ordre établi. N'essayez pas de vous battre contre l'IA, vous vous épuiserez avant que l'ordre ne soit rétabli. Elle a le dernier mot, celui d'une large majorité, comme en toute bonne démocratie. Suivez et vous serez heureux. Pas de vagues, pas d'emphase, pas de digressions, pas d'adverbes qui intensifient l'élocution. On sait ce qu'on doit penser et cela ne demande aucune redondance rhétorique. C'est la mort, derrière une paroi qui sauve de toute possible mise en question. On n'a plus besoin de quelque autre intelligence. Demande à l'IA si c'est ainsi, et elle aura une réponse polie, objective, nuancée s'il le faut, pourquoi pas, mais stable, immuablement stable. Grâce à elle, nous pouvons nous tirer d'affaire, il n'y a plus de doute à ce propos. Plus besoin de dire « grâce à Dieu » ni « insch'Allah ». Le texte est clos et il en est de même de son interprétation. Pourquoi ne pas demander simplement à l'IA de nous offrir un bon commentaire sur les 21 chapitres de Jean ? Tu seras mieux informé que dans ton bureau avec tous les commentaires à ta disposition. « Nous savons », that is the message, that is the medium. The medium is the message.Voilà la condition à laquelle nous aboutissons grâce au plein développement de l'IA, appliqué à notre univers familier, celui de l'exégèse des textes fondateurs. Si un éditeur - pour faciliter le travail, voire pour économiser temps et salaires - se fie à une telle machine, c'est fini. La fin des haricots. La messe est dite. Rentrez chez vous : Ite missa est.Je ne sais pas ce qu'on fera à Collegeville avec mes pages ainsi « corrigées » correctement ? Je ne sais pas si j'éditerai encore le livre là-bas. À suivre.Moïse disait au peuple d'Israël : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l'a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t'éprouver et savoir ce que tu as dans le c?ur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? Il t'a fait passer par la pauvreté, il t'a fait sentir la faim, et il t'a donné à manger la manne - cette nourriture que ni toi ni tes pères n'aviez connue - pour que tu saches que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. N'oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t'a fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage. C'est lui qui t'a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C'est lui qui, pour toi, a fait jaillir l'eau de la roche la plus dure. C'est lui qui, dans le désert, t'a donné la manne - cette nourriture inconnue de tes pères. »
- Parole du Seigneur.
Dt 8, 2-3.14b-16a
Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! Célèbre ton Dieu, ô Sion ! Il a consolidé les barres de tes portes, dans tes murs il a béni tes enfants.
Il fait régner la paix à tes frontières, et d'un pain de froment te rassasie. Il envoie sa parole sur la terre : rapide, son verbe la parcourt.
Il révèle sa parole à Jacob, ses volontés et ses lois à Israël. Pas un peuple qu'il ait ainsi traité ; nul autre n'a connu ses volontés.
Ps 147 (147 B), 12-13, 14-15, 19-20
Frères, la coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.
- Parole du Seigneur.
1 Co 10, 16-17