Homélie du 25 fevrier 2024

Celui-ci est mon Fils bien-aimé

2ème Dimanche de Carême (semaine II du Psautier) - Année B

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Homélie :
avancez jusqu'à  28' 25' 00"

Bienvenue à vous tous, chers amis, pour cette célébration dominicale, vous qui êtes ici dans la chapelle et vous qui nous suivez grâce à la connexion par internet. Merci d'être là, fidèles au rendez-vous, en ce temps fort du Carême où ensemble avec l'Église universelle nous montons vers Pâques ou comme le dit la liturgie : vers «  Christ notre Pâques  ». Nous montons vers Quelqu'un, plus encore que vers une fête de calendrier. Nous montons, avec Abraham et son fils Isaac. Avec saint Paul dans sa lettre aux Romains, avec Jésus et trois de ses disciples les plus proches qui montent vers la montagne de la Lumière. Qu'allons-nous vivre en haut de la montagne ? Un passage, une transformation, une lumière qui peut nous éblouir mais surtout qui nous affecte en profondeur. Ni Abraham, ni Isaac, ni Jésus ni les trois disciples sont les mêmes en redescendant de la montagne. «  Qui regarde vers lui, resplendira. Sur son visage plus d'amertume  ». Regardons, écoutons, et laissons-nous transformer.

Invoquons le Christ :

Seigneur Jésus, désigné comme le fils bien-aimé de Dieu.
Seigneur, prends pitié.
O Christ qui accomplis les Ecritures, toi, l'Isaac de Dieu qui ne seras pas épargné.
O Christ, prends pitié.
Seigneur, glorifié auprès du Père, tu intercèdes sans cesse pour nous tous.
Seigneur prends pitié.

HOMELIE Bien chers amis, pendant le Carême on parcourt l'ensemble de la révélation en grandes enjambées : de dimanche à dimanche on suit la marche de l'histoire du salut, depuis Noé (le nouvel Adam), en passant par Abraham, Moïse, l'expérience de l'exil et le retour au pays sous Cyrus. En parallèle on parcourt la vie publique de Jésus, depuis son baptême suivi du séjour au désert, la transfiguration sur une haute montagne, ensuite ses conflits à Jérusalem, et toute sa passion, le dimanche des Rameaux. Chaque étape apporte une lumière autre dans l'expérience de notre foi. Aujourd'hui nous nous trouvons avec Abraham et son fils Isaac sur le Mont Moriah. C'est la dixième et dernière épreuve du patriarche, nous disent les rabbins. Le sommet de sa vie avec Dieu. «  Prends ton fils  », dit Dieu. Le commentaire rabbinique laisse Abraham discuter avec Dieu. «  Prends ton fils  ». Mais lequel ? Tu sais que j'en ai deux ! «  Ton fils, ton unique  » ! Mais Dieu, tous les deux sont fils uniques de leur mère ! «  Celui que tu aimes  ». Mais Dieu, tu sais que je suis Abraham, que je n'ai pas de préférence, et comment avoir la paix dans mon foyer si j'aimais un fils plus que l'autre ? «  Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes : Isaac !  » Et là, il n'y a plus à discuter. Les rabbins disent : à partir de ce moment-là la religion d'Abraham cède le pas pour la religion d'Isaac. On passe de l'amour universel à la rigueur du particulier et de l'unique.

Abraham dans la nuit obéit. Il lie Isaac et le place sur le bûcher. Et la tradition dit qu'Isaac est consentant. Qu'il a compris et veut lui aussi que le sacrifice se passe bien. Il demande alors à son père : «  Lie-moi bien, pour que quand je vois le couteau, je ne fasse pas un mouvement involontaire et que le sacrifice ne soit pas parfait !  » Les anges contemplent du haut du ciel et s'interrogent : qui est le plus grand dans son amour et son abandon : le père ou le fils ? Les anges sont émus. Ils pleurent. Et les larmes des anges tombent dans les yeux d'Isaac... et c'est ainsi qu'il est devenu aveugle. Une autre tradition dit qu'à ce moment-là Isaac vit les cieux d'en haut s'ouvrir et leur splendeur était telle qu'il en fut ébloui, oui aveuglé pour de bon...

Isaac, comme vous savez, sera épargné. Le bras d'Abraham est retenu par un ange. Il voit un bélier saisi par les cornes dans un buisson. Il offre le bélier à la place de son fils. «  Sur la montagne Dieu pourvoira  ». Quelle traversée et pour le père et pour le fils !

Sur l'autre montagne, en Galilée, Jésus prend l'initiative et emmène en haut trois des premiers appelés de ses disciples : Pierre, Jacques et Jean. Mais une fois arrivé au sommet, il devient passif, il subit tout. Il est transfiguré, métamorphosé. Tout devient lumière. Déjà uniquement son vêtement, l'extérieur de sa personne, est d'une blancheur incomparable «  comme aucun foulon sur terre ne peut blanchir  », dit Marc avec une force poétique indéniable ! Or la vision s'élargit : les grands de l'histoire surgissent : Élie d'abord, puis Moïse, le plus grand de tous. Et ils s'entretiennent avec Jésus. Un colloque, un échange qui embrasse des siècles, depuis le désert jusqu'à la royauté, avec un même peuple résistant, tenté par l'idolâtrie, tout sauf à l'écoute de la voix de Dieu. Pouvons-nous de quelque manière entrer dans cet échange, comparer les points de vue, saisir les accords profonds entre les souffrances de Moïse, celles d'Élie arrivé à bout au mont Horeb, et celles de Jésus après l'échec Galiléen... Être là avec eux fait du bien. Bel exercice que de méditer le cycle de Moïse et le cycle d'Élie ensemble avec le Messie en personne, Jésus. Pierre réagit : «  Qu'il nous est bon d'être ici. Essayons de laisser ce moment se prolonger. Construisons trois tentes...  » Mais voilà qu'une nuée vient tout recouvrir, d'une tente d'un tout autre ordre. Et de la nuée retentit une voix : «  Celui-ci est mon fils. Mon bien-aimé. Écoutez-le !  » C'est la voix du Père. La même qui a retenti au baptême. «  Tu es mon Fils  ». La filiation demeure. «  Fils bien-aimé  » rappelle curieusement le cycle d'Abraham : «  Prends ton fils, le bien-aimé  ». Il n'y a dans toute la Torah qu'un seul fils bien-aimé et c'est Isaac, appelé ainsi trois fois en cette seule page de Genèse 22. Jésus est l'Isaac de Dieu. Avec cette différence que lui en tant qu'Isaac de Dieu, ne sera pas épargné.

Lors de la contestation publique de Jésus à Jérusalem, dans l'enceinte du temple, Jésus racontera une histoire, une parabole de plus, la plus longue et la plus forte dans tout saint Marc. «  Un homme avait planté une vigne et fit tout ce qu'il pouvait pour entourer sa vigne : il construisit une tour, il aménagea une haie, il creusa un pressoir. Puis il confia cette vigne à des ouvriers. À la saison il envoya des serviteurs pour recueillir les fruits. On renvoya les serviteurs les mains vides, on les frappa, on en tua d'abord l'un, puis l'autre... au point où il ne restait au maître de la vigne plus qu'un seul possible envoyé : son propre fils bien-aimé, son Isaac, si vous voulez ! Il l'envoya en dernier  ». Jésus qui raconte son propre destin, retient sans doute ici son souffle. Puis il continue tout de même son récit parabolique. «  Mon fils, dit le maître, ils l'épargneront, comme moi j'ai épargné leur ancêtre ?  » Mais les vignerons ne se souviennent de rien et font un calcul brutal : «  Voilà l'héritier. Tuons-le et l'héritage sera à nous !  »

Jésus est le fils bien-aimé, est l'Isaac de Dieu, qui toutefois n'a pas été épargné. Paul dans la deuxième lecture de ce matin, si brève soit-elle, revient avec force précisément sur cet acte d'amour et de don absolu : «  Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas tout nous donner ?  »

Montons vers Jérusalem, vers Pâques, vers la toute grande transformation-transfiguration qui nous attend et ne redoutons rien. «  Lui qui a donné son propre fils, ne nous accorderait-il pas tout  » ? Le bienheureux dom Colomba Marmion était fasciné par ce mot de saint Paul. «  Ce fils, actuellement à la droite de Dieu, intercède sans cesse pour nous tous  », dit encore Paul. Désormais plus rien ne peut plus nous séparer de l'amour de Dieu, manifesté en Christ Jésus.

Marchons avec foi et espérance. Sur la montagne nous avons vu lumière sur lumière et nous sommes appelés à marcher dans la vallée, et devenir toujours davantage lumière dans la lumière. Par l'écoute en profondeur une transformation s'accomplit en chacun de nous : devenir ce que nous avons vu, fils dans le Fils, lumière née de la lumière : «  Qui regarde vers lui, resplendira. Sur son visage plus d'amertume  ». Amen.

Confessons notre foi en Celui qui est venu de Dieu, lumière de la lumière, et en l'Esprit qui est la force capable de nous transfigurer en gloire.

 

Le sacrifice de notre père Abraham

En ces jours-là, Dieu mit Abraham à l'épreuve. Il lui dit : « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! » Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l'offriras en holocauste sur la montagne que je t'indiquerai. » Ils arrivèrent à l'endroit que Dieu avait indiqué. Abraham y bâtit l'autel et disposa le bois ; puis il lia son fils Isaac et le mit sur l'autel, par-dessus le bois. Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. Mais l'ange du Seigneur l'appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » L'ange lui dit : « Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique. » Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l'offrit en holocauste à la place de son fils.

Du ciel, l'ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham. Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis. Puisque tu as écouté ma voix, toutes les nations de la terre s'adresseront l'une à l'autre la bénédiction par le nom de ta descendance. »

- Parole du Seigneur.

Gn 22, 1-2.9-13.15-18

Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert. Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens !

Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ? Je t'offrirai le sacrifice d'action de grâce, j'invoquerai le nom du Seigneur.

Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple, à l'entrée de la maison du Seigneur, au milieu de Jérusalem !

115 (116b), 10.15, 16ac-17, 18-19

Dieu n'a pas épargné son propre Fils

Frères, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous.

- Parole du Seigneur.

Rm 8, 31b-34

Celui-ci est mon Fils bien-aimé

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, à l'écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s'entretenaient avec Jésus. Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d'entre les morts ».

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mc 9, 2-10