Homélie du 17 septembre 2017

Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois

24ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Une homélie de fr. Martin Neyt

Un personnage de Dostoïevski prononce ces paroles : « Seigneur, tout est en toi, moi-même je suis en toi. Accepte-moi. Je ne peux mettre un pied devant l'autre, non seulement dans la rue mais dans l'existence qu'en me rappelant ton pardon et ta miséricorde, et aussi ta volonté que j'existe, sinon le dégoût de moi-même et le sentiment de mon inexistence me désintégreraient dans le néant, ou pour être plus précis : dans l'enfer ».

Cette parole nous remet devant l'essentiel de nos vies, l'amour de Dieu et du prochain. Cette double perspective s'inscrit dans l'Evangile de ce jour : le pardon sans limite 7 fois 77 fois et la parabole du débiteur impitoyable.

Voici un roi qui veut régler ses comptes avec ses serviteurs. Cette mention initiale du roi donne à ce règlement de compte la valeur d'un jugement dernier, d'un jugement sans appel. Notre vie repose sous sa parole créatrice et aimante de Dieu. Refuser cette relation, c'est nous tourner vers le néant, vers le vide. Et même si nous nous tournons vers le néant, le Dieu incarné, Jésus crucifié, descendu aux enfers, nous attend pour remettre nos dettes. Dieu ne nous demande rien d'autre que notre amour en échange du sien, il nous acquitte de nos dettes.

Au-delà des mathématiques, des comptes, c'est de nous-mêmes dont il est d'abord question. Jetons-nous aux pieds du Seigneur Jésus, en clamant comme saint Pierre ; « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur » (Lc 5. 8). Chacun de nous, comme le débiteur qui se jette aux pieds du roi, est appelé à poser ce geste d'adoration qui émeut le coeur du Père pris aux entrailles par ce geste de pardon.

Notre prochain, lui aussi objet de dettes à l'égard de Dieu, mérite le respect de sa relation au mystère et le secret de sa vie. C'est un être éminemment libre, créé à l'image de Dieu. Qui sommes-nous pour le juger ? Pourquoi nous l'approprier en lui enlevant sa liberté ? Les autres ne nous appartiennent pas. Il faut bien comprendre en ce sens le mouvement de la parabole.

Le serviteur libéré de sa dette se précipite sur un de ses compagnons qui lui doit une somme modique. Il le prend à la gorge avec une totale férocité et le fait jeter en prison. Est-ce parce que Dieu nous pardonne, nous libère, nous ramène à lui, nous donne de lui rendre grâce, de l'adorer, qu'à notre tour, nous allons encombrer les autres de notre égocentrisme. Allons-nous le laisser exister, bénéficier de la même grâce que celle que nous avons reçue de Dieu ?

Dieu nous pardonne nos dettes, à notre tour nous avons à lâcher prise et à pardonner aux autres. Ce n'est pas l'inverse : nous pardonnons et Dieu nous pardonnera ! Le pardon reçu appelle à un retournement complet de nous-mêmes. Nous sommes appelés à aimer sans compter, sans juger, sans comparer. Pardonner libère. Ce pardon est pure grâce, source de miséricorde. Si nous n'arrivons pas à pardonner, nous n'arriverons pas à le recevoir de Dieu.

Un frère interrogea Abba Poemen : « Si je suis témoin de la faute d'un frère, est-ce bien de la cacher ? » L'ancien répondit ; « A l'instant où nous couvrirons la faute d'un frère, Dieu aussi couvrira la nôtre ; à l'instant où nous la dévoilerons, Dieu, lui aussi, dévoilera la nôtre ».

?Peut-on insérer ici la question de Pierre qui devait être d'actualité dans l'Eglise fondée par Matthieu ? Candeur de Pierre pardonné trois fois, candeur de Matthieu le publicain converti : « Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai-je ? Jusqu'à sept fois. » Pardonner sept fois, ce sont les sept jours de la Création et les sept jours de la semaine.

Le Dieu de l'Ancien Testament prononce l'outrance de la violence quand il menace de tuer cette fois qui s'en prendra à Caïn et septante sept fois sept fois avec ses successeurs (Lamek). Cette spirale de la violence, si cruelle à notre époque, est abolie par Jésus qui inverse les perspectives : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois ». Jésus nous appelle à devenir disciple miséricordieux du Père miséricordieux, portant les fardeaux du prochain comme Lui-même a porté nos propres fardeaux, aimant sincèrement les hommes comme lui-même nous a aimés.

Nous voici devant les choix cruciaux du Jugement dernier. Notre vie se déroule devant un monde d'une violence inouïe que nous regardons souvent muets devant la télévision. Notre vie est-elle faite de douceur et d'humilité à l'égard de ceux et de celles avec qui nous vivons ? Sommes-nous habités par le pardon et la miséricorde ? Dans l'eucharistie de ce jour, Jésus, notre Seigneur nous appelle au pardon infini de ceux qui ne savent pas ce qu'ils font et il s'offre pour nous dans ce mouvement de lâcher prise et d'amour qui fait de nous des fils et des filles de Dieu, des frères et des soeurs entre nous.

La Paix offerte à ses disciples par Jésus le matin de Pâques soit également avec vous

?Chères soeurs, chers frères.

?Nous voici réunis dans cette chapelle pour nous retrouver, conscients d'être là ensemble au nom de Jésus. C'est son Esprit qui nous rassemble et donne sens à ce que nous avons vécu cette semaine. Évènements douloureux et tragiques à travers le monde, évènements joyeux, comme la fête de la Wallonie et l'action de grâce célébrée en ce moment même à Court Saint-Etienne à l'occasion des 20 ans de sacerdoce du Père Jean-Marc Abeloos, ami du monastère. Déposons tous nos soucis dans cette eucharistie qui transforme toute chose en Lui.

Là où deux ou trois sont réunis en son Nom, nous dit Jésus, « Je suis là au milieu de vous ». Notre assemblée dépasse les réalités humaines, elle est une assemblée de Dieu, elle est Église. En ce jour, Jésus nous apprend à pardonner sans cesse, jour après jour, jusqu'à septante sept fois sept fois. Conscients de nos limites, de notre faiblesse, de notre péché, tournons-nous vers la Croix glorieuse du Christ, signe de mort devenu signe de vie, d'espérance et de paix.

 

Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis

Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître. Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas.

Si 27, 30 – 28, 7

Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse.

Il n’est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses.

Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ; aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés.

Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 9-10, 11-12

Si nous vivons, si nous mourons, c’est pour le Seigneur

Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.

Rm 14, 7-9

C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère

En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : « Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout. » Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.

Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : « Rembourse ta dette ! » Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : « Prends patience envers moi, et je te rembourserai. » Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : « Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? » Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.

C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

Mt 18, 21-35

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