Une homélie de fr. Pierre de Béthune
En ce troisième dimanche du temps ordinaire, nous commençons une lecture complète de l'évangile selon saint Matthieu. Nous avons déjà entendu quelques passages, ces derniers temps, mais désormais nous aurons une lecture continue de toute l'histoire de Jésus, et ce jusqu'en novembre. Elle commence aujourd'hui de façon assez solennelle, avec une citation du prophète Isaïe qui annonce la venue d'une grande lumière. C'est la lumière de l'évangile.
Nous voyons que Jésus choisit de commencer l'annonce de la Bonne Nouvelle depuis la Galilée, non pas depuis le centre, Jérusalem, chez ceux qui 'savent' déjà tout de Dieu. Il devra y aller plus tard, et nous savons à quel prix. Mais il veut partir depuis cette Galilée qui est le « carrefour des nations », une région mêlée, marginale, peu éclairée par la religion juive, mais ouverte sur Tyr et Sidon et tout le monde païen. Cette précision, attestée par une longue citation, est déjà très significative. C'est d'ailleurs pourquoi la liturgie a proposé ce texte d'Isaïe en première lecture.
Jésus est donc 'à pied d'œuvre', si l'on peut dire. Il commence son ministère. Et il commence par un appel à la conversion. Avant même d'enseigner, il appelle. Dès dimanche prochain, nous entendrons le début du Sermon sur la montagne, ce merveilleux enseignement, mais aujourd'hui, il appelle déjà ses premiers disciples Pierre, André, Jacques, Jean.
Il les appelle par leur nom ; c'est toujours une 'vocation' personnelle.
Il leur demande une conversion, une réorientation fondamentale, personnelle.
Mes frères, mes sœurs, aujourd'hui encore, l'évangile ne demande pas moins. Pas nécessairement d'abandonner « sa barque et son père », mais, au-delà d'une simple lecture respectueuse et admiratrice d'un beau texte, un engagement personnel, ne fût-ce que dans un domaine restreint où une 'conversion' est exigée. La rencontre avec Jésus demande en quelque sorte une continuelle sortie hors de la routine, hors de nos préoccupations personnelles, trop personnelles. Pas nécessairement un déménagement, mais une ouverture nouvelle, souvent exigeante.
Je m'explique. Il est évidemment nécessaire de veiller à notre développement personnel ; c'est pour chacun de nous un devoir de développer tous nos talents, et de laisser grandir en nous notre désir profond. Mais cela doit aussi se faire en développant l'ouverture aux autres, dans une écoute plus large et plus attentionnée, bref en reconnaissant l'appel qui nous vient aussi de l'extérieur : c'est notre 'vocation'. La conversion que Jésus nous demande est une réponse aux appels que nous avons entendus, à notre vocation, à tous les niveaux.
L'évangile tout entier est un appel à la conversion, et dès les premiers mots, comme nous l'avons entendu à l'instant : Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche ! ».
Mais « se convertir » ce n'est pas nécessairement une volte-face à 180°, comme saint Remy le demandait, parait-il, lors du Baptême de Clovis « Adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré ! » Oui, en certains cas, « Convertissez-vous ! » peut aussi signifier : « Faites pénitence ! ». C'est quand on est un grand pécheur. Mais, en général, dans notre vie ordinaire, il s'agit plutôt d'une réorientation, une invitation à réajuster la direction de notre vie. Pratiquement, c'est comme pour conduire une voiture, sur une route droite : il ne suffit pas de bloquer le volant bien droit ! Ce serait la façon la plus certaine de finir dans le décor ! Il faut continuellement adapter notre conduite. Parce que notre conversion à l'évangile est toujours à refaire, doucement, résolument. Parce que la présence du Royaume, en la personne de Jésus, ou une connaissance toujours meilleure des évangiles demande que nous soyons conséquents avec leurs exigences.
Après tout un temps de collaboration avec ses disciples, Jésus leur a demandé un jour : « Pour vous, qui suis-je ? ». À notre tour, nous devons nous demander : qui est Jésus pour moi ? en quoi cela m'engage-t-il de me prétendre son disciple ?
Et sur ce chemin où nous essayons d'être présents à notre vocation, - l'appel à un développement plus délibéré de tout notre être et de toutes nos relations, - nous faisons bien de quelquefois nous arrêter, pour nous rassembler autour d'une table, la table eucharistique en ce moment. Pour demander à Dieu qui est parmi nous quand nous nous réunissons en souvenir du Seigneur Jésus, de toujours mieux discerner notre vocation, personnelle et communautaire, et d'accueillir la force pour la mettre en œuvre, à travers toutes les circonstances que nous rencontrons.
Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ?
J'ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie.
Mais j'en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »
Ps 26 (27), 1, 4abcd, 13-14
Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ : ayez tous un même langage ; qu'il n'y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et d'opinions. Il m'a été rapporté à votre sujet, mes frères, par les gens de chez Chloé, qu'il y a entre vous des rivalités. Je m'explique. Chacun de vous prend parti en disant : « Moi, j'appartiens à Paul », ou bien : « Moi, j'appartiens à Apollos », ou bien : « Moi, j'appartiens à Pierre », ou bien : « Moi, j'appartiens au Christ ». Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? Le Christ, en effet, ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l'Évangile, et cela sans avoir recours au langage de la sagesse humaine, ce qui rendrait vaine la croix du Christ.
- Parole du Seigneur.
1 Co 1, 10-13.17
Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. C'était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l'ombre de la mort, une lumière s'est levée. À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
- Acclamons la Parole de Dieu.
Mt 4, 12-17