Homélie du 13 août 2017

Ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux

19ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Une homélie de fr. Bernard poupart

La relation de l'Eglise avec Marie est complexe et fascinante, tout comme la dévotion du peuple chrétien à Marie. De bons théologiens ont émis des réserves sur l'inflation des dogmes mariaux au siècle dernier et bien des catholiques sont mal à l'aise avec les dérives de la piété mariale. Et pourtant la célébration de I' Assomption remonte au Vè siècle et la multitude des vierges ornées de vêtements somptueux et portées en processions, les foules des grands lieux de pèlerinage, comme les buissons de cierges dont les flammes veillent sur des détresses silencieuses, tout cet attachement populaire ou secret à la figure de Marie appelle d'autres méditations que des questionnements de beaux esprits. Qui de nous n'a jamais levé les yeux vers son image, déposé une fleur ou murmuré un Ave ? Et quel personnage tient plus de place dans l'histoire de l'art chrétien ?

Sans doute le culte rendu à Marie exprime-t-il une recherche profonde de la féminité du divin. L'image du Dieu-Père, Pater omnipotens, a écrasé celle du Dieu-Mère pourtant bien présente dans la Bible et dans l'évangile .. Les figures de Dieu sont toujours outrancièrement masculines, celles du Père en vieillard de majesté, celles du Christ dans sa beauté d'homme jeune et fort. Le recours à la féminité de Dieu s'est reporté sur Marie, au risque d'en faire une déesse-mère à côté du Dieu-Père et c'est ce qui peut parfois nous alerter. Mais en même temps elle est l'icône non seulement de la féminité du divin mais de la féminité de l'humanité, la glorification de la femme éternelle, et nous sentons bien qu'en la célébrant aujourd'hui, ce sont toutes les femmes que nous honorons, nos filles, nos épouses, nos mères.

Rappelons-nous toutefois que les évangiles sont très discrets sur Marie. Paul n'en parle pas. Et le fulgurant passage de I' Apocalypse que nous avons lu, la femme vêtue de soleil, ne visait pas Marie mais plutôt la femme Sion et la Mère Église qui donne le Christ au monde dans la tourmente de l'Histoire, Nous pouvons donc bien aujourd'hui contempler Marie dans ce qu'elle a de singulier, de très personnel, la fille Marie de Nazareth, l'épouse de Joseph, la mère du jeune messie déroutant et assassiné, et ainsi célébrer en elle les femmes de notre humanité.

Marie est une fille juive, plus probablement de la tribu de Lévi que de celle de Juda, si l'on suit l'évangile de Luc, et donc pas descendante de David comme Joseph. Nous ne savons rien de sa jeunesse. Nous ne pouvons qu'imaginer les gestes quotidiens d'une fille de Palestine. Mais le silence du Livre à son sujet nous parle de son silence à elle. Elle est fille du silence et de l'écoute. Les peintres ont aimé la montrer avec le Livre ouvert à la main, fille du Livre de son peuple. Nous nous plaçons près d'elle pour apprendre, jour après jour, le silence de l'écoute de la Parole de Dieu et nous nous coulons lentement dans sa parole à l' Ange: « que tout se passe pour moi selon ta parole », que ta Parole habite ma vie, qu'elle illumine doucement mon coeur et mon corps, qu 'elfe prenne chair en moi.

Joseph est lui aussi un silencieux. Nous donnons peu à Marie son titre d'épouse, alors même que nous appelons Joseph l'époux de Marie. « Joseph la prit comme épouse », dit Matthieu. Laissons à ces deux-là leur mystère, que les évangiles respectent dans leur sobriété. Marie a vécu près de Joseph, avec lui, femme avec son homme, ensemble découvrant l'inattendu de ce fils, comme tous les parents du monde. Marie n'est pas une femme seule. « Ton père et moi, dit-elle à Jésus adolescent, nous te cherchions. Pourquoi nous as-tu fait cela? » Elle a vécu avec Joseph l'humble et belle histoire de la fidélité et de la connivence d'un couple effacé.

Elle est la mère, et c'est toujours ainsi que nous l'appelons quand nous sommes dans la peine, la mère que l'on cherche quand on a du chagrin, mère de miséricorde qui recueille la plainte de ceux qui pleurent dans cette vallée de larmes, la bonne mère. Mais elle n'est pas seulement notre refuge dans nos misères, elle est aussi mère de nos propres enfantements, mère de nos fécondités, mère forte qui lance son fils dans sa vocation : « ils n'ont plus de vin », c'est maintenant ton heure, va, fais ton premier signe, donne le vin des noces.

Mère douloureuse aussi, mater dolorosa, qui enfante dans la souffrance, non pas seulement au moment de l'accouchement, mais quand il faut laisser ce fils aller, faire confiance, être dérouté par sa distance, et l'offrir jusqu'au meurtre. Femme victime avec lui, la chair de sa chair, la Pieta, compagne de nos douleurs, de nos difficiles consentements, soeur de nos offrandes lentes et mère de nos compassions.

Mais encore celle qui ne détourne pas son regard de la part d'ombre de nous-mêmes, du mal obscur, de nos louvoiements et de nos débâcles. Refuge des pécheurs, prie pour nous pécheurs, mère de nos aveux et de nos repentances, source de nos incessantes conversions.

Le peuple croyant vénère Marie comme il vénère toutes les mères. Nous donnons à Marie les noms les plus extraordinaires cueillis dans toute la Bible: tour d'ivoire, arche d'alliance, porte du ciel, étoile du matin, mais nous l'appelons aussi: secours des malades, consolatrice des affligés.

Aujourd'hui, elle est la reine habillée de lumière, la première en qui Dieu a accompli son rêve d'humanité avec son fils et nous montre/ ce qu'il veut pour nous tous: que nous soyons un peuple de princes, les fils et les filles du Roi, mangeant à sa table, et chantant avec elle le cantique du soir : « mon âme exalte le Seigneur, mon coeur exulte en Dieu mon sauveur. » C'est ce peuple pascal que nous fêtons avec elle aujourd'hui. Et l' Ange vient encore murmurer à chacun de nous : « je te salue, toi aussi, tu es comblé de grâce, et le Seigneur est avec toi!  » À notre tour, avec Marie, saluons nos filles, nos épouses, nos mères.

Bonne fête aux femmes !

 

Tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur

En ces jours-là, lorsque le prophète Élie fut arrivé à l’Horeb, la montagne de Dieu, il entra dans une caverne et y passa la nuit. Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. » À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère. Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne.

1 R 19, 9a.11-13a

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles. Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit. La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin.

Ps 84 (85), 9ab-10, 11-12, 13-14

Pour les Juifs, mes frères, je souhaiterais être anathème

Frères, c’est la vérité que je dis dans le Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint : j’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Moi-même, pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ : ils sont en effet Israélites, ils ont l’adoption, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses de Dieu ; ils ont les patriarches, et c’est de leur race que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles. Amen.

Rm 9, 1-5

Ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.

Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

Mt 14, 22-33

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