Homélie du 6 août 2017

Son visage devint brillant comme le soleil

Dimanche, 18ème Semaine du Temps Ordinaire - Année A

Une homélie de fr. Bernard poupart

Les visions nocturnes de Daniel sont surréalistes et hallucinantes: un trône de feu avec des roues de feu et un fleuve qui en jaillit, un vieillard tout blanc devant qui se tient un tribunal où l'on ouvre des livres. Dans ce décor apparaît « comme un fils d'homme » à qui est remis le pouvoir sur toutes les nations. Et c'est en référence à ce texte que le titre de Fils de l'homme, que Jésus s'applique si souvent à lui-même, désigne non pas son humanité mais son origine céleste, qui est révélée dans l'épisode singulier et éblouissant de la transfiguration. Saint Pierre dit qu'est venue sur Jésus la gloire rayonnante de Dieu. Moïse et Élie viennent converser avec lui. Pierre trouve que ce moment est tellement bon qu'il faut le retenir, le maintenir, en dressant trois tentes. Mais justement ce moment ne dure pas. Á peine les disciples sont-ils tombés à terre de frayeur que Jésus leur touche l'épaule pour les relever. Et l'Évangile dit qu'il n'y a plus que Jésus, seul. Jésus seul sera désormais toute la Loi et tous les prophètes.

Transfiguration. Le mot grec est métamorphose. Nous employons ces termes quand un changement important s'est produit pour quelqu'un: il s'est métamorphosé, il est transfiguré. C'est toujours l'expression d'un bonheur, d'une joie, d'un amour. L'amour transfigure, et pas seulement les amoureux, mais aussi ceux qui ont du chagrin, qui subissent une épreuve, quand un regard d'affection se pose sur eux, quand une main amicale est posée sur l'épaule, quand un sourire illumine le visage. Le sourire de l'enfant consolé après ses pleurs.

Le contraire de la transfiguration est la défiguration. Jésus transfiguré sera défiguré. La préface de ce jour dit même que la transfiguration de Jésus préparait le coeur des disciples à surmonter le scandale de la Croix. Les trois disciples que Jésus emmène sur la montagne de la transfiguration, Pierre, jacques et Jean, sont les trois qu'il prendra au jardin de Gethsémani, et ils seront si mal préparés qu'ils dormiront pendant son agonie.

Tout cela n'est pas seulement un bel épisode de l'évangile, c'est toujours l'histoire de l'humanité. Regardons le monde défiguré par la violence et la haine, les visages durs, fermés, de la malveillance, qui sont parfois nos propres visages quand nous nous laissons atteindre par le mépris, les corps souffrants, tous ces corps meurtris sur les quels Jésus s'est penché, qu'il a touchés, avant que son propre corps soit pendu dans le sang. Contemplons cette humanité, la nôtre, avec l'infinie compassion du coeur de Dieu. Et dans le même temps regardons l'humanité transfigurée par la bonté, l'inépuisable générosité, les visages radieux quand le sourire traverse les larmes, les corps lumineux de ceux qui s'aiment, de ceux qui prient, les visages paisibles des vieillards quand ils sont honorés. L'humanité est tellement poignante.

Faut-il monter sur la montagne, nous élever, prendre de la hauteur, ou descendre au coeur de nous-mêmes? Lorsque nous descendons en nous-mêmes, nous sommes confrontés à tous nos remous intérieurs, nos brumes, nos angoisses, nos infirmités, tout ce qui nous défigure. Il faut bien avoir le courage de ce regard qui consent à la vérité de soi-même, et donc au combat. En grec le combat, c'est l'agonie. Pour nous c'est l'ascèse. Et ce combat est souvent épuisant parce que nos caractères demeurent même si nous parvenons à en arrondir un peu les angles.

Mais si notre propos de conversion doit être gardé ferme, nous n'avons pas pour autant à peindre notre propre image, à sculpter notre statue par retouches successives. Ce serait un travail désespérant. Regardons plutôt une autre image, celle du Christ dans l'évangile; c'est elle qui nous illumine à la mesure de notre désir de le voir, pour devenir nous-mêmes des images d'évangile. Pierre nous dit aujourd'hui de fixer notre attention sur la parole des prophètes « comme sur une lampe brillant dans l'obscurité jusqu'à ce que paraisse le jour et que l'étoile du matin se lève en nos coeurs ». Nous allons ainsi constamment du mont du Golgotha à celui du Thabor. Nous montons sur la montagne pour prier, et nous descendons dans la plaine pour reprendre nos chemins d'humanité.

C'est à l'écart, sur la montagne, que nous pouvons entendre la voix du Père qui nous murmure: « Toi aussi, tu es mon fils bien-aimé, tu as tout mon amour ». Et en descendant pour reprendre le chemin quotidien, quand nous rencontrerons le visage de l'autre, défiguré, transfiguré, la même voix nous dira: « Lui aussi est mon enfant d'une manière unique. Reçois-le comme ton frère ».

 

Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue

Bien-aimés, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. Car il a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ; en lui j’ai toute ma joie. Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. Et ainsi se confirme pour nous la parole prophétique ; vous faites bien de fixer votre attention sur elle, comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.

2 P 1, 16-19

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre ! Joie pour les îles sans nombre ! Ténèbre et nuée l'entourent, justice et droit sont l'appui de son trône.

Quand ses éclairs illuminèrent le monde, la terre le vit et s'affola ; les montagnes fondaient comme cire devant le Seigneur, devant le Maître de toute la terre.

Les cieux ont proclamé sa justice, et tous les peuples ont vu sa gloire. Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre, tu domines de haut tous les dieux.

Ps 96, 1-2, 4-5, 6.9

Son visage devint brillant comme le soleil

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.

En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

Mt 17, 1-9

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