Homélie du 30 avril 2017

Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain

3ème Dimanche de Pâques - Année A

Une homélie de fr. Grégoire Maertens

Deux voyageurs, tristes, découragés, revenus de leurs illusions. Ils ont tout entendu, ils sont au courant, ils « savent » ce qui s'est passé, ils n'ont pas raté un journal parlé : les nouvelles sont loin d'être bonnes, elles sont déprimantes. L'avenir cependant était prometteur mais en quelques heures le paysage a changé : c'est le sujet de leur conversation en chemin.

Premier acte : la rencontre avec un inconnu qui, semble-t-il, n'est pas au courant : « Tu es bien le seul à ignorer- ..tu es donc hors du coup, tu ne sais pas ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, mais enfin ! tout le monde en parle ! Tu n'as pas entendu parler de l' attentat, pardon, du procès, de la crucifixion : quel malheur ! c'était un type super, toujours prêt à dire une bonne parole, à guérir, à prendre la défense des faibles et à oser lancer avec calme leurs quatre vérités aux puissants et aux hypocrites. Quel malheur ! Ce sont toujours les meilleurs qui partent. Et de quelle manière : lâché par ses amis, abandonné de tous ceux qui l'avaient acclamé : il y avait juste sa Mère, quelques femmes et un disciple, près du gibet !

Nous voilà pour ainsi dire à la case zéro : nous espérions avec lui le grand changement, la libération de notre peuple, le bonheur quoi ! Il y a bien eu quelques femmes assez courageuses pour aller jusqu'au tombeau : elles ne l'ont pas trouvé : elles prétendent avoir entendu dire par des anges que Jésus est vivant : mais nous, les hommes, qui savons garder la tête froide, nous n'y avons pas cru, pas plus que les Apôtres qui devraient quand même être en première ligne dans le domaine de la foi. »

Deuxième acte : La réponse de l'inconnu aux propos défaitistes des voyageurs : « Mes chers amis, vous pensez être au courant, vous prétendez savoir : mais avez-vous un instant pensé, comme les femmes, à croire en ce que les Prophètes ont dit d'avance à propos de ce fameux Jésus : Rappelez-vous les psaumes de David : « Mon coeur exulte, mon âme est en fête, Tu ne peux m'abandonner à la mort- » (Psaume 15) Allez donc consulter Isaïe : « Voici mon Serviteur-..il était méprisé, déconsidéré, c'étaient nos souffrances qu'il portait- après les épreuves de son âme il verra la lumière, par ses souffrances il justifiera des multitudes. » (Isaïe 53)

Peu à peu les pèlerins redécouvrent comment leurs écrivains sacrés parlent non pas de la venue d'un potentat, d'un roi puissant prêt à balayer tout ce qui s'oppose à lui. Voici qu'apparaît au contraire l'icône d'un messie doux et humble qui fait du changement des coeurs un préalable obligé au changement politique : il ne se contente pas de le dire : la force de la douceur - reflet fidèle de celle de son Père bien-aimé,- il la montre en entrant dans la ville monté sur un ânon, acclamé par les petits, en lavant les pieds des disciples, en rompant le pain, versant le vin, signes non de domination violente mais de suprême et silencieux amour.

Troisième acte : la confiance est remise en route : les coeurs se réchauffent, les têtes se redressent : « Et si c'était vrai, ce qu'il raconte ? » Mais voilà qu'il fait mine de poursuivre sa route : « Oh non ! Reste avec nous, Tu nous fais tant de bien ». Il suffira maintenant d'un rien pour qu'ils saisissent à qui ils ont à faire : avec des yeux tout neufs, des pupilles intérieures, ils reconnaissent au geste du pain rompu, au symbole de la miséricorde et du partage, Celui qu'ils croyaient mort et enfermé derrière la pierre de la tombe de Joseph d'Arimathie.

Et voici le dernier acte : dans une vigueur d'enthousiasme ils rebroussent chemin, désireux de partager à d'autres la flamme d'un Messie adoré, retrouvé. Mais déjà le feu s'est propagé à Jérusalem et il ne reste plus qu'à partager la joie de la Bonne Nouvelle.

Mes Soeurs, mes frères, nous sommes convoqués en Eglise, chaque dimanche, non pour une cérémonie mais pour nous remettre en contact avec Celui qui, par le Baptême nous a fait entrer dans sa famille : comment l'Eglise se laissera-t-elle toucher par ce Dieu -Père , Fils et Saint-Esprit,- Trinité d'amour qui nous aime à la folie. Dans cette famille de Dieu il n' ya qu'une chose à faire, commune à tous : recevoir le pain rompu par des mains aimantes du Seigneur et, à notre tour, rompre le pain pour chaque frère, chaque soeur rencontré sur notre chemin.

Reste avec nous, Seigneur, car il se fait tard et déjà le jour baisse ! Oui ! ma fille, mon fils, mon enfant, je serai avec toi--partout où tu iras-.

 

Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence.

Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l'a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez.

Ac 2, 14.22b-33

Garde- moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge. J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon cœur m’avertit. Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices !

Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11

Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ

Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C’est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

1 P 1, 17-21

Reste avec nous car le soir approche

Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.

Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.

Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

Lc 24, 13-35

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