Homélie du 13 avril 2017

L’Esprit du Seigneur est sur moi ; il m’a consacré par l’onction

Jeudi, -

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Qu'ajouter, après la lecture de cet évangile, sinon une parole de confiance : oui, il faut renouveler notre confiance dans le poids d'amour que comporte notre fidélité quotidienne, parce que, ce que nous pouvons faire chaque jour pour répondre à l'appel du Christ n'est pas insignifiant.

En effet, à ce moment de la célébration, nous risquons d'être un peu désemparés. L'appel reçu de ces textes fondamentaux et l'exigence des gestes dont nous sommes les témoins nous dépassent tellement que nous en éprouvons un certain malaise. La 'peineuse semaine', comme on désigne, parait-il, la semaine sainte au pays de Liège, est une épreuve, parce que elle nous fait bien mesurer notre incapacité à vraiment accomplir l'Évangile. Des exigences exorbitantes résonnent à nos oreilles : 'Aimer jusqu'au bout', 'Suivre Jésus en portant sa croix', et, comme il est rappelé dans l'épitre aux Hébreux : « Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang ». Tout cela est non seulement humiliant pour nous, pauvres humains, mais aussi un peu démobilisateur. Pourrons-nous seulement commencer à répondre à de telles exigences ? Aussi, quand Jésus nous demande : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? » nous n'osons plus répondre avec assurance que nous avons compris... Il est « venu apporter le feu sur la terre ». Mais comment pouvons nous tenir près de ce feu dévorant ?

Je crois que ces questions sont précisément la dernière tentation du Carême. Le diable nous les suggère pour s'assurer que, devant de telles exigences, nous restions dans une hésitation morose, résignés et paralysés par une mauvaise conscience, ?  en attendant que ça passe.

Mais je voudrais encore citer une dernière parole de Jésus qui risque d'encore plus nous paralyser au premier abord, mais qui, en réalité, nous montre le chemin évangélique réaliste. Dans son discours d'adieu à ses disciples, Jésus a encore dit : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. » 'Donner sa vie', cela signifie accepter de tout perdre, de risquer sa peau pour sauver ses amis, oui, mais pas nécessairement, pas uniquement. Parce que c'est essentiellement dans la vie ordinaire que nous pouvons 'donner notre vie' : peu à peu, encore et encore. Et d'ailleurs si nous ne commençons pas par là, il ne sera pas possible de réagir plus généreusement au cas où il nous le serait demandé. Nous lisons dans l'évangile que les déclarations grandiloquentes de l'apôtre Pierre à Jésus : « Je te suivrai et je donnerai ma vie pour toi » ne l'ont pas empêché de trahir son Maître.

Mes frères, mes soeurs, ce n'est pas tellement en mourant que nous pouvons donner notre vie, mais en vivant intensément, en correspondant aux exigences de chaque moment. 'Aimer jusqu'au bout' est d'abord simplement : accepter d'écouter longuement quelqu'un qui se confie, sans l'interrompre ; c'est rester travailler à la vaisselle jusqu'au bout, sans s'esquiver ; c'est ne pas calculer notre générosité dans les petits services, c'est, comme le demande l'épitre aux Hébreux, ne pas nous dérober aux exigences de notre profession ; c'est respecter et accueillir totalement ceux que nous rencontrons, et découvrir que nous pouvons ainsi aller beaucoup plus loin que nous le pensions. Le 'bout' n'est pas seulement le terme, la fin, c'est aussi une exigences du chemin, l'intensité de notre engagement dans les choses les plus simples.

Aimer jusqu'au bout, comme Jésus nous le demande, ce n'est donc pas nécessairement épuiser toutes nos forces, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Au lieu de penser cela, au lieu de nous résigner à ne pas en être capables, nous sommes appelés à découvrir la valeur infinie des humbles gestes d'amour. L'humilité est parfois grandiose, comme quand le pape lave les pieds des prisonniers, mais le plus souvent les gestes simples passent inaperçues, et cependant nous savons qu'ils ne sont pas perdus. Ils ne sont pas insignifiants ; ils sont comme nos petits gestes de respect et de sauvegarde de la création que nous dicte un comportement écologique. A leur place, ils sont indispensables, et notre vie quotidienne en est nourrie, sanctifiée. Si, au contraire, notre environnement communautaire ou familial n'est pas irriguée par ces marques d'amour gratuit, il s'étiole et devient alors vraiment insignifiant.

Nous découvrons ainsi que ce n'est plus nous qui donnons notre temps, notre attention ou notre compassion. Car nous ne savons pas comment bien donner, sans aucun retour sur nous-mêmes Mais l'Esprit de Dieu vient au secours de notre faiblesse, et c'est Lui qui donne, à travers nous. Il nous envoie et on peut dire que c'est lui qui nous 'donne', au service de nos frères. Aussi nous ne devons pas tant nous efforcer d'être nous-mêmes généreux, mais plutôt nous abandonner à sa volonté de donner, de rayonner tout bien.

Mes soeurs, mes frères, la célébration de ce jeudi saint nous fait enfin comprendre que nos simples gestes d'amour sont toujours situés sur un vaste horizon. La liturgie de ces jours saints nous révèle en effet que notre vie toute entière est intégrée dans la mystère de Jésus, le mystère du salut de tous les humains. Rien n'est mesquin dans notre existence, parce qu'elle peut désormais être vécue dans la perspective de la croix et de la résurrection du Seigneur. Dès lors tout ce que nous faisons, si humble que ce soit, acquiert une grandeur insoupçonnée. Car, pour reprendre les paroles de Jésus lui-même, notre vie est 'donnée pour la multitude'. Ce vaste monde qui nous entoure, avec la multitude des humains, leurs douleurs et leurs espoirs, est toujours mystérieusement présent dans notre vie, et nous lui sommes concrètement solidaires. Quand nous pouvons vivre cette solidarité au sein du mystère du Christ que nous célébrons cette semaine, notre service n'est pas pénible et notre vie n'est pas 'peineuse', mais, même à travers bien des exigences et épreuves, elle déborde d'une joie toute simple.

 

Prescriptions concernant le repas pascal

En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.

Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

Ex 12, 1-8.11-14

Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur. Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple.

115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18

Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur

Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

1 Co 11, 23-26

Il les aima jusqu’au bout

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.

Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez « Maître » et « Seigneur », et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Jn 13, 1-15

pageData
Array
(
    [page] => Array
        (
            [title] => Homélie
            [description] => 
            [headerLogo] => Array
                (
                )

        )

    [description] => Monastère Saint-André de Clerlande
)
GET
Array
(
    [page] => liturgie
    [page2] => homelie
    [page3] => 3756
    [page4] => LEsprit_du_Seigneur_est_sur_moi__il_ma_consacre_par_lonction
)
tooltip