Homélie du 29 juin 2022

Fête des Saints Pierre et Paul

Mercredi, 13ème Semaine du Temps Ordinaire - Année Paire

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

J'ai choisi ce passage de l'évangile de Jean, parce que plus complet que celui, traditionnel, de Matthieu. Mt 16 est bien connu : à la question «  Qui suis-je pour vous ?  » Pierre apporte la bonne réponse et Jésus lui confie son troupeau. Il fait confiance à la foi solide de Pierre et établit son église sur ce fondement stable. Ce texte est très clair. Mais le texte de saint Jean est plus complet. Il y est également question du troupeau confié, et même par trois fois. Mais il s'y ajoutent quelques traits essentiels.

Jésus demande trois fois : «  Pierre, m'aimes-tu ?  », parce que Pierre l'a renié trois fois, quelques jours auparavant. Ce rappel humiliant lui donne l'occasion d'exprimer sa conversion et de renouveler son amour. Celui qui répond : «  Tu sais que je t'aime !  » sait bien qui est Jésus, il le savait déjà depuis Césarée-de-Philippe, mais désormais, après sa trahison, il sait aussi beaucoup mieux qui il est lui-même. Il sait qu'il est plein d'ardeur, mais aussi plein de présomption. C'est lui qui, quand Jésus a annoncé sa passion et sa mort, avait dit : «  J'irai avec toi, jusqu'à la mort !  ». Et puis il le renie à la première occasion. Il se connait donc bien lui-même désormais, avec sa faiblesse lamentable, mais aussi avec son attachement indéfectible à son Seigneur : «  Tu sais que je t'aime !  ». Sa foi est désormais portée par son amour.

Le récit de l'évangéliste Jean complète donc celui de Matthieu, parce qu'il précise que ce qui habilite Pierre à conduire le troupeau n'est pas seulement sa meilleure connaissance de la nature du Christ, mais aussi son plus grand amour. Si Jésus lui confie ses agneaux, c'est parce qu'il reconnait son humble amour, au-delà des élans et des déclarations pertinentes ou exaltées. Et Pierre est désormais déterminé à suivre son Seigneur, non plus parce qu'il est fasciné par la personnalité de Jésus, encore moins parce qu'il s'en croit capable, comme avant sa faute, mais seulement parce que Jésus lui dit : «  Suis-moi !  ». L'initiative du Christ suffit. Il exprime son attachement en acceptant d'être mené par un autre, là où il ne voulait pas... Ce sont là des paroles assez mystérieuses : celui que Jésus désigne pour mener son troupeau devra encore prouver son amour en acceptant d'être lui-même mené par un autre, éventuellement jusqu'à la mort ... sans comprendre.

L'image de l'apôtre Pierre qui ressort de cet évangile est en tout cas beaucoup plus complète et beaucoup plus attachante. Beaucoup plus accessible aussi. Parce que nous nous reconnaissons assez bien en lui. Devant le Seigneur Jésus, même si nos responsabilités sont dérisoires en comparaison avec celles de l'apôtre Pierre ou de son successeur, nous sommes dans une situation semblable. Nous sommes exposés aux deux mêmes questions. En effet, désormais les questions : «  Pour vous, pour toi, qui suis-je ?  » et : «  Pierre, Jacques ou Jean, m'aimes-tu ?  » s'adressent à chacun de nous.

Pour répondre à la première, il nous faut bien sûr commencer par nous informer correctement. Mais pour que cette connaissance s'enracine toujours plus profondément dans notre vie, en toute notre existence et nous convertisse, il nous faut également mieux nous connaître nous-mêmes. Alors seulement l'appel du Christ pourra nous toucher au plus vrai, non seulement dans notre compétence, notre imagination ou notre présomption, mais au creux de notre vie. Tant que nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, nos engagements ne sont pas fiables. Il n'y a, me semble-t-il, de vraie connaissance que dans l'humilité, une certaine vulnérabilité et une attente insatiable. Cela vaut pour toute connaissance, celle des autres, de Jésus ou de Dieu.

Cela vaut encore plus pour la réponse à donner à l'autre question : «  M'aimes-tu ?  ». Pour peu que nous ayons quelque expérience de l'amitié, nous savons que pour pouvoir vraiment aimer, il faut deux choses : il faut d'abord se savoir aimé. Mais il faut aussi savoir que nous sommes incapables d'aimer autant que le mérite celui ou celle que nous voulons aimer. Sans cette humilité, notre amour est encore un peu illusoire.

C'est quand l'apôtre Pierre a réalisé cela, dans une certaine humiliation, comme dit le texte, parce que 'peiné' à cause de ce doute que Jésus oppose à ses réponses, c'est alors qu'il a pu s'écrier : «  Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t'aime !  ». Et c'est alors que Jésus lui a vraiment confié ses brebis. Pour nous aussi, dans notre communauté, dans nos familles, il est vital de se savoir aimé. Alors seulement, nous pouvons, à notre tour, témoigner un amour humble et sincère envers nos frères et sœurs. Nos communautés de vie sont donc d'abord des lieux où nous nous efforçons de nous aimer les uns les autres. Mais ce sont aussi des lieux où nous devons découvrir que nous ne sommes pas vraiment capables d'aimer. Car l'amour n'est pas une conquête, mais l'humble communion de celui qui se sait pécheur et invité à aimer des frères, des sœurs également imparfaits. C'est ainsi que le feu peut alors prendre autour de nous, de proche en proche, et répandre «  l'amour de Dieu, manifesté en Jésus Christ notre Seigneur  ».

En cette fête des apôtres Pierre et Paul, demandons à Dieu de verser en nos cœurs, par son Esprit, un peu de cet amour que nous voyons chez ces premiers témoins, comme chez Paul qui s'écrie : «  Pour moi, vivre, c'est le Christ  », et Pierre : «  Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t'aime !  ».

 

Quand le Seigneur Dieu a parlé, qui refuserait d'être prophète ?

Écoutez cette parole que le Seigneur prononce contre vous, fils d'Israël, contre tout le peuple qu'il a fait monter du pays d'Égypte : « Je vous ai distingués, vous seuls, parmi tous les peuples de la terre ; aussi je vous demanderai compte de tous vos crimes. » Deux hommes font-ils route ensemble sans s'être mis d'accord ? Est-ce que le lion rugit dans la forêt sans avoir de proie ? Le lionceau va-t-il crier du fond de sa tanière sans avoir rien pris ? L'oiseau tombe-t-il dans le filet posé à terre sans y être attiré par un appât ? Le piège se relève-t-il du sol sans avoir rien attrapé ? Va-t-on sonner du cor dans une ville sans que le peuple tremble ? Un malheur arrive-t-il dans une ville sans qu'il soit l'?uvre du Seigneur ? - Car le Seigneur Dieu ne fait rien sans en révéler le secret à ses serviteurs les prophètes. Quand le lion a rugi, qui peut échapper à la peur ? Quand le Seigneur Dieu a parlé, qui refuserait d'être prophète ?

« J'ai tout détruit chez vous, comme Dieu a détruit Sodome et Gomorrhe ; vous étiez comme un tison sauvé de l'incendie. Et vous n'êtes pas revenus à moi ! - oracle du Seigneur.

C'est pourquoi, voici comment je vais te traiter, Israël ! Et puisque c'est ainsi que je vais te traiter, prépare-toi, Israël, à rencontrer ton Dieu. »

- Parole du Seigneur.

Am 3, 1-8 ; 4, 11-12

Tu n'es pas un Dieu ami du mal, chez toi, le méchant n'est pas reçu. Non, l'insensé ne tient pas devant ton regard.

Tu détestes tous les malfaisants, tu extermines les menteurs ; l'homme de ruse et de sang, le Seigneur le hait.

Pour moi, grâce à ton amour, j'accède à ta maison ; vers ton temple saint, je me prosterne, saisi de crainte.

Ps 5, 5-6ab, 6c-7, 8

Jésus, debout, menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme

En ce temps-là, comme Jésus montait dans la barque, ses disciples le suivirent. Et voici que la mer devint tellement agitée que la barque était recouverte par les vagues. Mais lui dormait. Les disciples s'approchèrent et le réveillèrent en disant : « Seigneur, sauve-nous ! Nous sommes perdus. » Mais il leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? » Alors, Jésus, debout, menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme. Les gens furent saisis d'étonnement et disaient : « Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 8, 23-27