Homélie du 12 fevrier 2017

Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis

6ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Une homélie de fr. Martin Neyt

Devant l'infiniment grand, l'univers étoilé, le soleil, la terre, la mer, la montagne ou devant l'infiniment petit, la cellule, l'atome, nous éprouvons un sentiment de l'ordre du sublime, de l'émerveillement, de la stupeur. Les dimensions du réel nous échappent tellement. Que dire alors du sens de nos existences ?

Jésus, dans ce qui a été appelé « son sermon sur la montagne », nous introduit dans une autre mesure du réel : celle de la miséricorde et l'amour de son Père à la fois si proche de nous et si distant, dont le coeur est plus grand que notre coeur, au-delà de toutes limites humaines.

Là où les Pharisiens commentent la Loi de Moïse, la Torah, Jésus met en lumière l'infini des relations humaines et divines. Comme la bien-aimée du Cantique des Cantiques cherche son Bien-aimé dont l'amour est aussi fort que la mort, Jésus mesure notre vie et nos actes à l'amour même de son Père qui va au-delà de notre mort.

Jésus s'adresse à chacun et chacune de nous, là où il en est, et ouvre en nos coeurs la quête d'aller plus loin. Il fait éclater la Loi, l'accomplissant par une compréhension de l'humain dans ses échecs et dans le mal qu'il cause à autrui.

« Vous avez appris qu'il a été dit : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons- » Mt 5. 43.

Si l'interdit du meurtre (Mt 5. 21-22) englobe les petites injures quotidiennes, personne n'est plus à l'abri des exigences de l'amour. Jésus exige de chacun le meilleur de lui-même pour entrer dans une démarche de respect, d'humanisation, de miséricorde.

?Le meurtre est prohibé. Par l'insulte, l'intégrité de la personne est déjà altérée, attaquée, blessée. De même, entre l'adultère et le regard de convoitise, le respect de l'autre est engagé. Dans chaque relation, Dieu nous invite à renoncer à toute agression, à stopper la spirale de la violence qui est mortifère. Dans le serment, le oui doit être oui.

Les Rabbis légiféraient ; ils mesuraient ce qu'il fallait mettre en pratique, jusque-là et pas au-delà-Les demandes de Jésus font voler en éclats toute limite. Personne ne décide à la place de l'auditeur qui est placé devant un choix : un geste universel à poser (qui le conduira au jugement dernier) et une invitation concrète à le réaliser. Ce que Jésus définit, est-ce une rhétorique de l'excès ? Bien sûr ! Comme l'amour fait exploser la casuistique de l'obéissance à la Loi.

En résumé, toute limitation faite à autrui doit être rejetée. Même les ennemis entrent dans l'amour d'autrui. Ce n'est pas une Loi nouvelle, c'est la plénitude de la relation à autrui, à soi, à Dieu Père. C'est entrer dans une relation de filiation en Jésus-Christ-

« Et moi, je vous dis » -Ce « JE » va au-delà de toute la tradition juive. Jésus est-il un sage parmi les sages pharisiens ? Est-il un prophète ? Qui est-il pour sublimer, accomplir la Loi par ce langage si absolu ? Le prophète voit plus loin, au-delà du temps jusqu'au jugement dernier- Le sage ne pose pas de jugement. Il indique une direction. Si les limites de la Loi sont dépassées, c'est en fonction de sa personne et de la nôtre. Qui est-il pour dépasser et le sage et le prophète, lui le Fils bien-aimé du Père ?

L'Evangile de Matthieu est à la fois le plus juif des Evangiles et le plus rude à l'égard d'Israël. Il est très juif car Jésus se présente comme le nouveau Moïse parlant sur la montagne des Béatitudes. C'est aussi sur une montagne que le Ressuscité délivre son dernier message. L'image du Nouveau Moïse s'inscrit en filigrane dans son ministère. Dans son Evangile se trouvent les couches les plus anciennes, les plus proches du premier testament. Jésus l'affirme avec force « N'allez pas croire que je sois venu abroger la Loi et les Prophètes ; je ne suis pas venu abroger, mais accomplir ». Mt 5. 17.

Pourquoi cet évangile est-il aussi le plus rude à l'égard d'Israël ? Dès la naissance de Jésus, le massacre des enfants de Bethléem sur ordre d'Hérode donne le ton. Les mages représentent la sagesse païenne. La première réponse officielle à la naissance du Messie est un geste de mort ; elle est suivie de la fuite en Egypte. Tout au long de l'Evangile, l'affrontement est dur sur bien des controverses : « Gardez-vous, dit Jésus, du levain, c'est-à-dire de l'enseignement des Pharisiens » Mt 16. 5.

Aussi à l'école de Jésus, ce n'est plus la Loi, mais la personne elle-même qui est la source de l'obéissance. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur. » (Mt 11. 28-30). Sous l'image rabbinique du joug, ce n'est plus la loi, mais les exigences du Christ lui-même. Plus de casuistique, mais bien la relecture de la loi par Jésus : l'amour du prochain, la non-violence, la douceur, l'humilité. Tels sont les chemins pour suivre Jésus et découvrir peu à peu notre filiation divine.

A la fin de son Sermon sur la montagne, les exigences de Jésus restent entières :

• Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : c'est la Loi et les Prophètes Mt7. 12.

• Il ne suffit pas de me dire « Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume de Dieu ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. »

• Ces exigences seront celles du Jugement dernier : Venez les bénis de mon Père, car j'ai eu faim-j'ai eu soif-j'étais un étranger-nu et vous m'avez vêtu, malade, prisonnier et vous m'avez visité.

Revenons au coeur du Sermon sur la montagne et notons qu'à six reprises Jésus a cette expression tranchante d'autorité : « Vous avez appris qu'il a été dit aux Anciens-mais moi je vous dis- ». Face aux prescriptions qui proviennent des deux Tables de la Loi, le « moi je vous dis » de Jésus est souverain, tranchant et libérateur.

Sa parole est souveraine, elle s'affirme dans un dépassement infini de la Loi en s'appuyant sur le « je », moi je vous dis-Aucun Rabbi n'a osé de se prononcer ainsi avant ou après lui et Jésus n'a pas besoin de se justifier. Sa parole est tranchante et libératrice. Il vient accomplir les Ecritures, sa parole pénètre le coeur humain et le libère de toute contrainte. Qu'Il transforme nos vies par son Corps et son Sang et nous fasse pénétrer davantage dans l'Amour infini du Père des cieux.

Mes soeurs, mes frères, nous voici au coeur de l'hiver et ensemble, dans cette assemblée dominicale, nous songeons et nous prions pour les personnes qui souffrent des intempéries, du froid, de la pauvreté.

La liturgie de ce jour poursuit la lecture de l'Evangile de Matthieu. Après l'enseignement de Jésus sur les Béatitudes et, dimanche dernier, que nous sommes le sel et la lumière du monde, nous entendrons aujourd'hui ce qu'on appelle « le Sermon sur la montagne ». Pourquoi ce titre ? Pourquoi pas la dimension infinie de l'Amour du Père ? ou encore « l'excès des paroles de Jésus » ? « La mesure d'un amour au-delà de toute mesure » ?

De toute manière, quel que soit le titre retenu, nous pouvons seulement nous approcher avec humilité du Seigneur de nos vies, en reconnaissant avec grande humilité notre faiblesse et notre incapacité d'aimer notre prochain et notre Père des cieux à la mesure de Jésus-Christ. Pour être accordé à ce que nous célébrons, tournons-nous vers la Croix du Christ et reconnaissons notre péché.

 

Il n’a commandé à personne d’être impie

Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir, et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher.

Si 15, 15-20

Heureux les hommes intègres dans leurs voies qui marchent suivant la loi du Seigneur ! Heureux ceux qui gardent ses exigences, ils le cherchent de tout cœur !

Toi, tu promulgues des préceptes à observer entièrement. Puissent mes voies s’affermir à observer tes commandements !

Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai, j’observerai ta parole. Ouvre mes yeux, que je contemple les merveilles de ta loi.

Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ; à les garder, j’aurai ma récompense. Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur.

Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34

La sagesse que Dieu avait prévue dès avant les siècles pour nous donner la gloire

Frères, c’est bien de sagesse que nous parlons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dirigent ce monde et qui vont à leur destruction. Au contraire, ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dirigent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. Car l’Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu.

1 Co 2, 6-10

Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement.

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.

Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout. Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

Mt 5, 20-22a.27-28.33-34a.37

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