Une homélie de fr. Benoît Standaert
Bienvenue à vous tous ici présents et à vous qui nous suivez sur internet. La Chapelle de Clerlande est bien remplie en ce 1er novembre, fête de tous les saints : un groupe important de Pèlerins pour le Paix nous ont rejoint pour tout un weekend de réflexion après un pèlerinage de près de 2000 km jusqu'à Sarajevo. Ils ont prié avec leurs pieds et parmi nous ils prieront encore en chantant en polyphonie, à l'offertoire et à la communion.
Je voudrais vous saluez tous avec les premiers mots que le Pape Léon a adressés aux jeunes réunis à Paris, ils étaient près de 80.000 : « Merci pour votre présence. Merci pour votre courage ! Merci pour votre foi ! Vous êtes les saints de France ! » Oui, à vous de même : vous êtes tous saints. L'apôtre Paul l'écrit si souvent en s'adressant aux Corinthiens, aux Colossiens, aux Philippiens : « à vous les saints en Christ Jésus ! » Aujourd'hui ne soyons pas timides, avec quelque fausse humilité : « Non, moi, me croire un saint, jamais de la vie », ! Non, chères sœurs, chers frères : Notre foi nous dit joyeusement : « Vous êtes saints, vous tous, grands et petits, la maman qui veille auprès de son enfant grippé qui ne trouve pas le sommeil, l'amie qui assiste son grand-père à la maison de repos, la guide qui anime le camp de jeunes avec inventivité, la cuisinière qui improvise pour satisfaire les goûts de chacun, le téléphoniste que capte les demandes de tout genre... le pilote de ligne qui assume sa responsabilité, jusqu'au bout du monde... Aujourd'hui et demain, pendant deux jours, la grande liturgie nous prend tous sous ses ailes : et la terre et le ciel, et les vivants et les morts, et tout le passé et tout l'avenir, en une grande fête de la Toussaint. Rendons grâce à Dieu, louons-le avec joie et vibrons ensemble en intercédant pour l'univers entier, dans sa soif de justice, de paix et de vraie beauté. Chantons le Kyrie eleison !
Homélie
Chers amis.
La liturgie de la Parole commence avec un texte fameux tiré de l'Apocalypse de saint Jean. « Moi Jean, j'ai vu... » S'il est un jour où il est bon de relire intégralement l'Apocalypse johannique, c'est bien aujourd'hui et demain : tout y passe, les horreurs de la haine, de la guerre, des empires qui écrasent et qui se voient peu après crouler jusqu'au fond de l'abîme, mais aussi les martyrs, purs témoins de l'évangile victorieux qui suivent l'Agneau partout où il les conduit en berger. Lire l'Apocalypse c'est à la fois décapant et tonifiant. C'est en tout premier lieu le livre de l'espérance qui permet à tous de se relever par-delà bien des épreuves, contradictions, humiliations, pertes colossales. Nous sommes destinés à entrer dans une fête illimitée. Soyons en pleinement dignes, accueillons le Victorieux, à savoir l'Agneau, « comme transfixé mais debout », ce qui évoque à la fois et la croix et la résurrection du Seigneur Jésus.
En ce jour retentit également l'étonnante ouverture du Sermon sur la Montagne avec les huit béatitudes ! Heureux, heureux, heureux, huit fois ! Ce même mot retentit dans l'ouverture du psautier (« Heureux l'homme... ») et jusqu'à sept fois dans le premier recueil des Psaumes, de 1 à 41 ; il retentit également dans l'ouverture de l'Apocalypse : « Heureux les auditeurs de ce livre et heureux son lecteur qui le proclame ! » et jusqu'à sept fois on réentendra le mot « heureux ! » dans le reste du livre même ! On l'entendra tout à l'heure de nouveau juste avant la communion : « Heureux les invités au repas du Seigneur, aux noces de l'Agneau ! Voici l'Agneau ! »
Qu'est-ce à dire : le bonheur est la grande perspective de nos Ecritures : Dieu dit : « Je vous veut heureux ! Soyez-le, pleinement » !
Les qualités que Jésus épellent peuvent étonner : heureux ceux qui pleurent, heureux les assoiffés de justice... Heureux les pauvres, les doux, les humbles... À eux revient le Royaume ! Ils seront consolés, avec un cœur pur ils verront Dieu et l'artisan de paix sera appelé « fils de Dieu ». Ne nous laissons pas effrayer par la quantité : une seule suffit, car chacun contient secrètement toutes les autres. C'est que toutes reflètent le portrait caché du Seigneur Jésus lui-même. Ne dira-t-il par la suite : « Venez à moi et apprenez de moi, à mon école : je suis doux et humble de cœur » ! Il entrera dans sa ville de Jérusalem, assis non pas sur un cheval de bataille mais, selon la prophétie de Zacharie, humblement assis sur une ânesse...
Contemplons dans les béatitudes le cœur même de Jésus et rejoignons-le en adoptant pour le moins une des qualités épelées ici. Découvrons chacun, chacune la voie du bonheur qui correspond à notre propre cœur pauvre, démuni mais confiant en ce Seigneur, Agneau immolé pour notre salut. Nous pouvons prier : « Merci, Seigneur, car tu consoles ceux qui pleurent, tu adoptes comme tes enfants ceux qui œuvrent pour la paix, pèlerins infatigables, tu te donnes à voir à qui a le cœur pur. Merci. Rends-nous doux et humble de cœur comme toi, et que vienne ton Royaume promis, Paix universelle que tu es en personne, au cœur de notre monde si affamé et assoiffé de justice. Amen.
La prière d'ouverture parlait d'une multitude de saints qui intercède pour nous. Confiants dans leur prière invoquons avec franchise et insistance cette grande famille céleste de saints, pour obtenir pour nous-même et pour tout notre monde une paix authentique. Prions.
Seigneur, tu ne méprises pas celui qui vient à toi avec le cœur brisé et broyé.
écoute aujourd'hui aussi bien notre voix que celle de tous les saints
qui se joignent à nous.
et qu'advienne dans ce monde déchiré
ton Royaume de Paix.
toi qui règnes pour les siècles des siècles. Amen.
Moi, Jean, j'ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d'une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j'entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d'Israël.
Après cela, j'ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s'écriaient d'une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l'Agneau ! » Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L'un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l'Agneau. »
- Parole du Seigneur.
Ap 7, 2-4.9-14
Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ! C'est lui qui l'a fondée sur les mers et la garde inébranlable sur les flots.
Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? L'homme au c?ur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles.
Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, et de Dieu son Sauveur, la justice. Voici le peuple de ceux qui le cherchent ! Voici Jacob qui recherche ta face !
Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6
Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu - et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c'est qu'il n'a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n'a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu'il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.
- Parole du Seigneur.
1 Jn 3, 1-3
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de c?ur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les c?urs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
- Acclamons la Parole de Dieu.
Mt 5, 1-12a