Homélie du 3 avril 2022

 Celui d'entre-vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à jeter une pierre 

5ème Dimanche de Carême - Année C

Une homélie de fr. Grégoire Maertens

Homélie :
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J'en ai un peu assez d'entendre toutes ces récriminations : « Les Eglises se vident, les paroles de la liturgie sont inaudibles, les jeunes sont absents, les séminaristes, mal formés, les formateurs, à côté de la plaque, la Curie, tous des bureaucrates, le Vatican, trop riche ,les religieux , décadents : bref, tout ce monde que je résumerais sous l'appellation « l'Epouse du Christ », le voilà critiqué, accusé, jeté aux pieds du Maître « qui connaît le fond des cœurs » : Et Lui, que fait-il ? il se tait, il tapote sur son smartphone.

Cependant les accusateurs ne décolèrent pas : ils veulent le forcer à répondre : « qu'en penses-tu ? » Avec la précision d'une lame qui vient trancher dans le vif, la réponse tombe : « Celui d'entre vous qui est sans péché....qu'il ose maintenant critiquer et condamner ! » Autrement dit : « Arrêtez vos bilans négatifs, vos prophéties de malheur, rentrez en vous-mêmes, ne prenez pas les autres de haut, pardonnez tous azimuts et en même temps ne vous faites pas illusion, ne comptez pas sur vos propres forces mais sur celles du Christ car le pardon est une entreprise humainement folle et au-delà des forces humaines, surtout le pardon des ennemis.

Jésus écrit sur le sol : est-il occupé à feuilleter mentalement les Ecritures qu'il connaît par cœur et par le cœur ? Peut-être entend-il cette belle louange adressée à Dieu, dans le Livre de la Sagesse : « Tu juges, Seigneur, avec modération, tu nous gouvernes avec de grands ménagements, ainsi tu apprends à ton peuple que le juste doit être humain (en grec : « philanthrope) et tu as donné à tes fils la douce espérance qu'après le péché tu laisses place au repentir. » (Sg. 12,18)

Le prophète Isaïe lui aussi témoigne d'un Dieu encourageant qui n'enferme pas les gens dans un présent aux perspectives bouchées : « Ne songez plus aux choses d'autrefois, ne faites plus mémoire des évènements passés. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? » Une invitation qui est bien de saison en ce début du Printemps.

La parole de Paul va dans le même sens : « Oubliant ce qui est en arrière et lancé en avant, je cours vers le but auquel Dieu nous appelle Là-haut dans le Christ. » Paul sait de quoi il parle : il ne nous présente pas une piété à l 'eau de rose mais une foi dynamique passée au feu de l'épreuve : souffrance et vie, mort et résurrection sont au programme, comme pour nous dans ces deux semaines qui nous séparent de Pâques.

L'Eglise est en souffrance, oui, en péché, oui, en pauvreté, oui, en faiblesse, oui : elle est loin d'être parfaite mais elle reste en marche grâce à ce mystérieux personnage qui l'habite par sa Pâque victorieuse. Et tout le vide créé par ses faiblesses, n'est-il pas comme une porte ouverte par laquelle Jésus peut entrer ? La rencontre de Jésus avec la pécheresse, de la miséricorde et de la misère, comme dira St Augustin, n'est pas sans rappeler le passage de l'Apocalypse : « Allons, un peu d'ardeur et repens-toi ! Je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu'un m'ouvre la porte, j'entrerai, je souperai avec lui et lui avec moi... » ( Ap. 3, 20)

Revenons à l'Evangile : le cercle fermé de l'accusation, Jésus va le rompre et l'ouvrir sur l'avenir. Les deux partis sont renvoyés à leur conscience, à un propos de conversion : les Pharisiens sont appelés à l'humilité, condition essentielle d'une foi sincère et joyeuse ; la femme est appelée à un amour inconditionnel pour cet Envoyé qui lui a révélé le vrai visage de Dieu. Ce retour à l'essentiel ouvre aussi à la joie, comme le chantait le psaume 125 : « Ramène, Seigneur, nos captifs... » : Captifs de leur légalisme, captifs de leurs amours mal orientés et, maintenant, appelés à la joie : « ceux qui sèment dans les larmes, moissonnent dans la joie, » poursuit le psaume. Et dans un admirable choral, Jean-Sébastien Bach chantera cette joie dont Jésus est la source: « Jésus demeure ma joie, ma consolation, ma douceur. »

« Eglise de Dieu, personne ne t'a condamnée ?

-Personne, Seigneur. -

Moi non plus je ne te condamne pas, va, désormais ne pèche plus

et reçois ton Seigneur qui vient à toi en cette Eucharistie ! »

Amen !

 

Voici que je fais une chose nouvelle, je vais désaltérer mon peuple

Ainsi parle le Seigneur, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes, lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; les voilà tous couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, consumés comme une mèche. Le Seigneur dit : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d'autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Les bêtes sauvages me rendront gloire - les chacals et les autruches - parce que j'aurai fait couler de l'eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer mon peuple, celui que j'ai choisi. Ce peuple que je me suis façonné redira ma louange. »

- Parole du Seigneur.

Is 43, 16-21

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve ! Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert. Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie.

Il s'en va, il s'en va en pleurant, il jette la semence ; il s'en vient, il s'en vient dans la joie, il rapporte les gerbes.

Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

À cause du Christ, j'ai tout perdu, en devenant semblable à lui dans sa mort

Frères, tous les avantages que j'avais autrefois, je les considère comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j'ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ, et, en lui, d'être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi. Il s'agit pour moi de connaître le Christ, d'éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa Passion, en devenant semblable à lui dans sa mort, avec l'espoir de parvenir à la résurrection d'entre les morts. Certes, je n'ai pas encore obtenu cela, je n'ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j'ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l'avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

- Parole du Seigneur.

Ph 3, 8-14

Celui d'entre-vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à jeter une pierre

En ce temps-là, Jésus s'en alla au mont des Oliviers. Dès l'aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en situation d'adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. Eux, après avoir entendu cela, s'en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t'a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Jn 8, 1-11