Homélie du 20 mars 2022

 Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même 

3ème Dimanche de Carême - Année C

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Homélie :
avancez jusqu'à  29' 13"

Bienvenue à vous tous, chères sœurs, chers frères, vous qui êtes montés jusqu'ici et vous qui nous suivez grâce à l'internet. Formons une communion en tant que peuple de Dieu en marche et en montée vers «  le Christ, notre Pâque  », comme dit saint Paul.

Ce matin une fine couche de neige venait nous surprendre dans le sous-bois, à l'avant-veille du printemps. Le soleil a bondi juste avant les Laudes mais dans les coins ombragés on voit encore la poudre blanche d'une main hivernale qui s'est amusée à orner le sol. Laissons-nous surprendre, car chaque fois que tombe un peu de neige nous savons que nous sommes visités par ce qu'aucun génie humain depuis le début de la création n'a été capable de produire comme tel. La neige qui tombe à flocons est grâce sur grâce. Nous sommes ici pour rendre grâces au milieu d'un monde divisé, traversé de violences produites par la race humaine... Nous renouons avec Dieu pour que Dieu puisse renouer avec notre monde inhumain. Nous prions et espérons la paix. Avec grande intensité supplions encore et encore : Kyrie, eleison !

Homélie

Bien chers amis.

Les premières lectures durant le Carême forment ensemble un grand film en cinq séquences où l'on parcourt toute l'histoire du salut, avec ses étapes décisives. La semaine dernière on voyait Dieu conclure une alliance dans la nuit avec le patriarche Abraham. Aujourd'hui on se retrouve avec Moïse, alors que Dieu lui annonce qu'il va intervenir pour sauver son peuple en le faisant sortir du four de l'Égypte. Dimanche prochain on se trouvera avec Josué sur l'autre rive du Jourdain, en Terre Promise. On avance dans l'histoire et les textes témoignent que Dieu marche avec les siens et les conduit vers une terre de bonheur avec un programme, une Loi qui assure justice et de paix. La belle chose, c'est que dans la veillée de la nuit de Pâques on repassera par toutes ces étapes pour en faire mémoire et vivre le geste ultime de Dieu quand il ressuscitera son Fils d'entre les morts. La liturgie nous éduque : n'oublie pas les actes de Dieu du passé car comme il a été, ainsi il sera. «  Je suis qui je suis  » et serai ce que j'ai toujours été, Dieu avec vous. Marchons ensemble, peuple de l'alliance élu par un Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d'amour.

Saint Paul rappelle aux Corinthiens les événements de la traversée du désert, avec la nuée, la manne et le rocher. La nuée des prêtres, la manne des prophètes et le rocher avec l'eau vive des sages. Aaron, Moïse et Myriam, chacun représentant un des trois axes de la révélation biblique. Quand Aaron meurt, il n'y a plus de nuée ; quand Moïse meurt, la manne cesse de tomber ; quand meurt Myriam il y a aussitôt un problème d'eau. Paul tire la conclusion : cela fut écrit pour notre gouverne. «  Leur histoire devait servir d'exemple et l'Écriture l'a racontée pour nous avertir  ». Soyons sages avec Myriam, solidaires avec Moïse, humbles et soumis à la nuée comme Aaron.

L'évangile de ce jour est assez remarquable : c'est à peu près la seule fois que le Jésus des récits évangéliques regarde par le fenêtre de l'histoire de son temps et rappelle ce qu'on a répandu à la radio ou sur les réseaux sociaux de son temps : des faits divers. Un accident à Jérusalem - une tour qui s'effondre, ce qui cause la mort de dix-huit personnes ; ou un geste brutal de répression, commandé par Pilate, à l'égard de Galiléens qui offraient un sacrifice. Jésus rappelle cela et en tire une seule leçon : «  Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière  ». Quel remarquable réflexe ! Dans les apophtegmes des Pères du désert, on entend plus d'une fois la même voix : «  Pleurons, brisons notre cœur, condamnons-nous nous-mêmes en premier lieu, vivons dans le deuil pour que Dieu puisse répandre sur notre monde sa pitié  ». Il n'y a ni le temps ni de la place pour juger les auteurs ou les victimes.

Jésus ajoute une parabole qui semble bien une reprise d'un épisode raconté par Marc : Jésus en face d'un figuier qui ne donne pas de bons fruits. Dans la parabole, le figuier est placé au centre de la vigne. Tout le monde comprend tout de suite : la vigne, c'est Israël. Et le figuier au centre, c'est Jérusalem. «  Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier et je n'en trouve pas  ». L'homme est déçu. Il dit au vigneron : «  Coupe-le ! À quoi bon le laisser épuiser le sol ?  » Est-ce Jésus qui est déçu, alors que sa prédication ne produit aucun effet sur les gens à Jérusalem ? Qui d'entre eux s'est converti comme la reine de Saba a fait pour Salomon ou comme les Ninivites à la prédication de Jonas ? Mais voilà qu'une voix retentit en lui ou en face de lui, de lui-même ou d'un autre ? La parabole ne le précise pas vraiment, mais cette voix invite à la patience : «  Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas  ». «  Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes... et vous n'avez pas voulu ! Eh bien ! votre demeure va vous être laissée... Il ne restera pas pierre sur pierre. Tout sera détruit  ».

Je vais encore «  bêcher et y mettre du fumier  », dit le vigneron. Image de la dernière prédication de Jésus : «  bêcher  » avec sa parole, et «  mettre du fumier  » avec son sang versé ? Si nous ne nous convertissons pas, en toute urgence, notre sort sera comme ceux de la tour de Siloë, ou comme celui des Galiléens, exécutés par Pilate...

Chers amis, la montée liturgique vers Pâques est un rite, un geste, une mise en scène pédagogique assez transparente. Nous pouvons l'accomplir formellement. Mais il s'agit pour chacun de nous, que l'on soit moine ou laïc, évêque ou pape, patriarche de Moscou ou patriarche à Kyiv, de se convertir en vérité. Laissons la Parole nous travailler en profondeur comme le travail du vigneron bêchant et mettant du fumier. Que notre arbre donne des bons fruits, doux et nourrissants, faits de sagesse, de solidarité et d'humilité de cœur, sous la nuée, avec la manne partagée et l'eau vive du Rocher ! Qu'il en soit ainsi. Amen.

 

Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est : Je-suis

En ces jours-là, Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l'Horeb. L'ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d'un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? » Le Seigneur vit qu'il avait fait un détour pour voir, et Dieu l'appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » Dieu dit alors : « N'approche pas d'ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » Et il déclara : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob. » Moïse se voila le visage car il craignait de porter son regard sur Dieu. Le Seigneur dit : « J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel. Maintenant donc, va ! Je t'envoie chez Pharaon : tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les fils d'Israël. » Moïse répondit à Dieu : « J'irai donc trouver les fils d'Israël, et je leur dirai : ?Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous.' Ils vont me demander quel est son nom ; que leur répondrai-je ? » Dieu dit à Moïse : « Je suis qui je suis. Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : ?Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est : Je-suis'. » Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : ?Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est Le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob'. C'est là mon nom pour toujours, c'est par lui que vous ferez mémoire de moi, d'âge en d'âge. »

- Parole du Seigneur.

Ex 3, 1-8a.10.13-15

Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n'oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d'amour et de tendresse.

Le Seigneur fait ?uvre de justice, il défend le droit des opprimés. Il révèle ses desseins à Moïse, aux enfants d'Israël ses hauts faits.

Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour ; Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint.

Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 6-7, 8.11

La vie de Moïse avec le peuple au désert, l'Écriture l'a racontée pour nous avertir

Frères, je ne voudrais pas vous laisser ignorer que, lors de la sortie d'Égypte, nos pères étaient tous sous la protection de la nuée, et que tous ont passé à travers la mer. Tous, ils ont été unis à Moïse par un baptême dans la nuée et dans la mer ; tous, ils ont mangé la même nourriture spirituelle ; tous, ils ont bu la même boisson spirituelle ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher, c'était le Christ. Cependant, la plupart n'ont pas su plaire à Dieu : leurs ossements, en effet, jonchèrent le désert. Ces événements devaient nous servir d'exemple, pour nous empêcher de désirer ce qui est mal comme l'ont fait ces gens-là. Cessez de récriminer comme l'ont fait certains d'entre eux : ils ont été exterminés. Ce qui leur est arrivé devait servir d'exemple, et l'Écriture l'a raconté pour nous avertir, nous qui nous trouvons à la fin des temps. Ainsi donc, celui qui se croit solide, qu'il fasse attention à ne pas tomber.

- Parole du Seigneur.

1 Co 10, 1-6.10-12

Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même

Un jour, des gens rapportèrent à Jésus l'affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu'ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Jésus disait encore cette parabole : « Quelqu'un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n'en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : ?Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?' Mais le vigneron lui répondit : ?Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas.' »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Lc 13, 1-9