Homélie du 30 janvier 2022

Jésus, comme Élie et Élisée, n'est pas envoyé aux seuls Juifs

4ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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Nous avons entendu aujourd'hui la suite de l'évangile de dimanche passé, la deuxième partie de la rencontre de Jésus avec ses compatriotes de Nazareth. La liturgie nous la fait entendre en deux fois, parce qu'il y a tant à dire et méditer pour chaque partie, mais il est nécessaire de rappeler que ces textes forment un ensemble. C'est une seule histoire, en deux versants.

Nous avons déjà pu remarquer dimanche passé qu'il ne s'agit pas seulement d'une anecdote, une rencontre qui avait bien commencé, et puis qui a dégénéré. Dans son évangile, Luc a d'ailleurs posé ce passage comme en exergue : il y voit l'annonce en résumé de toute la mission de Jésus : il est venu chez les siens ; il a d'abord été bien accueilli et a pu annoncer l'essentiel : « la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres », mais il n'a pas été entendu, car ses compatriotes n'attendaient de lui que des avantages immédiats. Or, comme on le verra tout au long des évangiles, Jésus n'est pas celui qui va négocier pour obtenir qu'on l'écoute et l'accueille ! Au contraire, en ces cas, il devient même provoquant. Et ici, il cite d'abord des dictons peu flatteurs, comme « Nul n'est prophète en son pays », et puis il parle des miracles que des prophètes ont réalisé pour des étrangers, des païens, alors que ses compatriotes en avaient tout autant besoin. En évoquant ainsi la bienveillance universelle de Dieu, il provoque la colère de ses compatriotes. Finalement ils le chassent hors de leur ville et, comme dit le texte, ils le poussent jusqu'à « un escarpement de la colline où leur ville était construite, pour le précipiter en bas. » Nous savons qu'il n'y a pas d'escarpement près de Nazareth. C'est la preuve que Luc qui écrit cela n'y est jamais allé. Mais précisément, en racontant ainsi les choses, il les place à leur vraie dimension, comme une évocation de toute la mission de Jésus. Et quand il ajoute que Jésus, « passant au milieu d'eux, allait son chemin », il ne fait pas que rappeler un fait anecdotique. Nous pouvons y voir une allusion discrète, mais évidente à sa résurrection. Jésus, condamné et exécuté hors de la ville, est passé par la mort, mais il l'a dépassée, pour continuer son chemin, - et jusqu'aujourd'hui. Cette histoire à Nazareth résume bien le parcours de Jésus parmi nous.

Notons ici que l'évangéliste Jean, dans son prologue, dit la même chose de façon plus brève : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas accueilli. » Et il ajoute : « à ceux qui l'ont accueilli, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. »

Je conclus, à ce stade, que ce récit, tel que Luc l'a retenu, annonce aussi déjà deux messages essentiels. D'une part, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, et Jésus est parmi eux, finalement même parmi les exclus. Et d'autre part cette Bonne Nouvelle est destinée à tous, bien au-delà des membres du Peuple élu.

Je voudrais encore un peu développer ce dernier message. L'allusion aux miracles accordés à des étrangers, à des païens, illustre le développement de la mission de Jésus, en particulier après sa mort et sa résurrection. Au moment où Luc écrit son évangile, la prophétie d'Isaïe s'était réalisée : la Galilée, qu'il appelait « carrefour des Nations » avait été le point de départ de la Bonne Nouvelle bien au-delà des frontières de la Palestine. L'évangile était arrivé bien plus loin que Sarepta, Sidon ou Damas, jusqu'en Grèce et jusqu'à Rome, et au-delà. L'Esprit du Seigneur a été répandu sur tout l'univers, et, comme le dit saint Jean, il a permis à tous ceux qui l'ont accueilli de comprendre qu'ils étaient enfants de Dieu.

L'universalisme est en effet une dimension évidente et essentielle du christianisme que l'évangéliste Luc a illustrée dans tout l'évangile et dans son livre des Actes de apôtres. Nazareth, décrite dans l'épisode d'aujourd'hui était l'image même du provincialisme que Jésus devait dépasser. Certes, la foi est toujours une expérience au plus profond de chacun de nous. Mais rappelons-nous qu'au moment où nous professons cette foi de la façon la plus évidente, au cours de l'eucharistie, nous entendons le Seigneur nous offrir la coupe de son sang, « le sang qui sera versé pour vous et pour la multitude ». La 'multitude' est l'horizon de toute prière et de toute action au nom du Christ. Aujourd'hui plus que jamais, dans un monde cosmopolite et en concurrence, il importe de témoigner de ce vrai universalisme.

Et qu'y a-t-il de plus universel que l'amour de charité ? « L'amour ne passera jamais. » La lecture de l'épître de saint Paul aux Corinthiens vient bien compléter ou mieux expliciter notre évangile. Au-delà d'un appel à l'universalisme encore un peu trop général, l'invitation à mettre en œuvre tout notre amour est très concret : un amour patient, serviable, discret, qui se réjouit de la vérité, d'où qu'elle vienne et qui peut pleinement accueillir les frères et sœurs qui viennent à nous, d'où qu'ils viennent.

Oui, nous avons là la charte de toute vie chrétienne. Dans notre lieu de vie, notre Nazareth, où nous risquons de nous enfermer, en refusant l'hôte qui dérange, Jésus vient toujours nous déranger. Il nous rappelle d'abord qu'il nous faut rester libres par rapport à toutes nos richesses, nos compétences, qui risquent de nous enfermer dans notre suffisance. Mais il ajoute, et c'est encore plus important, que, quand nous voulons vraiment prendre le chemin de l'amour et que nous y découvrons notre incapacité à bien aimer, notre indigence fondamentale, alors nous sommes prêts à communier à sa vie, à passer avec lui, peu à peu, à une vie « donnée pour la multitude ».

 

Je fais de toi un prophète pour les nations

Au temps de Josias, la parole du Seigneur me fut adressée : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t'ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. Toi, mets ta ceinture autour des reins et lève-toi, tu diras contre eux tout ce que je t'ordonnerai. Ne tremble pas devant eux, sinon c'est moi qui te ferai trembler devant eux. Moi, je fais de toi aujourd'hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses princes, à ses prêtres et à tout le peuple du pays. Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer - oracle du Seigneur. »

- Parole du Seigneur.

Jr 1, 4-5.17-19

En toi, Seigneur, j'ai mon refuge : garde-moi d'être humilié pour toujours. Dans ta justice, défends-moi, libère-moi, tends l'oreille vers moi, et sauve-moi.

Sois le rocher qui m'accueille, toujours accessible ; tu as résolu de me sauver : ma forteresse et mon roc, c'est toi !

Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance, mon appui dès ma jeunesse. Toi, mon soutien dès avant ma naissance, tu m'as choisi dès le ventre de ma mère.

Ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut. Mon Dieu, tu m'as instruit dès ma jeunesse, jusqu'à présent, j'ai proclamé tes merveilles.

Ps 70 (71), 1-2, 3, 5-6ab, 15ab.17

Ce qui demeure aujourd'hui, c'est la foi, l'espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c'est la charité

L'amour prend patience ; l'amour rend service ; l'amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil ; il ne fait rien d'inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s'emporte pas ; il n'entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L'amour ne passera jamais.

Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée. En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. Quand viendra l'achèvement, ce qui est partiel sera dépassé. Quand j'étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j'ai dépassé ce qui était propre à l'enfant. Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j'ai été connu. Ce qui demeure aujourd'hui, c'est la foi, l'espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c'est la charité.

- Parole du Seigneur.

1 Co 13, 4-13

Jésus, comme Élie et Élisée, n'est pas envoyé aux seuls Juifs

En ce temps-là, dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d'Isaïe, Jésus déclara : « Aujourd'hui s'accomplit ce passage de l'Écriture que vous venez d'entendre » Tous lui rendaient témoignage et s'étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N'est-ce pas là le fils de Joseph ? » Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : ?Médecin, guéris-toi toi-même', et me dire : ?Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton lieu d'origine !' » Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.. En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu'une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d'entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d'eux n'a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. »

À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin.

- Acclamons la Parole de Dieu.

Lc 4, 21-30