Homélie du 23 janvier 2022

 Aujourd'hui s'accomplit ce passage de l'Écriture 

3ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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LA RENCONTRE (1)

3ème dimanche C

(Luc 1, 1-4 ; 4, 14-21)

«  En ce temps-là  » ces mots ont été ajoutés au texte de l'évangile. Pourquoi ? Je ne sais pas. Ce qui nous intéresse, ce n'est pas tant ce qui se passe en ce temps-là, mais ce qui se passe en ce temps-ci. Quand Jésus parle à la synagogue de Nazareth, il dit : «  Aujourd'hui  ». C'est aujourd'hui que se réalise la prophétie d'Isaïe. Et nous aussi, si nous sommes rassemblés ici, dans la chapelle de Clerlande, c'est pour accueillir l'aujourd'hui de Dieu : nous voulons accueillir aujourd'hui l'annonce de l'évangile que Jésus proclamait jadis. Laissons-nous donc guider par l'évangéliste Luc, le fidèle 'serviteur de la Parole' (comme il se définit), pour que l'appel de Jésus nous atteigne dans notre vie (d'aujourd'hui).

Certes, nous savons que Luc aime l'histoire ; il tient à situer les évènements «  au temps d'Hérode, roi de Judée  », ou «  quand Auguste régnait à Rome, et que Quirinius était gouverneur de Syrie  », ou encore, plus tard, «  L'an quinze du gouvernement de Tibère César...  », et pourtant, c'est aussi lui qui parle le plus souvent d'aujourd'hui, comme, à Noël, aux bergers : «  Aujourd'hui vous est né un enfant...  » ; au Baptême, Jésus entend la voix du Père : «  Aujourd'hui je t'ai engendré...  » ou encore, à Zachée qui l'accueilli : «  Aujourd'hui le salut est venu sur cette maison  ». On pourrait encore citer une dizaine d'autres cas dans son évangile où il parle d'aujourd'hui ou de maintenant. Il tient à bien situer son histoire, mais surtout à bien situer l'actualité du message de Jésus et son urgence.

Il s'agit en effet de ne pas manquer la rencontre. Une rencontre qui se réalise en un instant, mais, comme dit un proverbe japonais : «  Une rencontre : une vie !  » En un instant de rencontre, toute notre vie peut être récapitulée. Quand donc nous rencontrons Jésus, c'est toujours avec toute notre histoire, bien sûr, mais c'est en cet instant précis, un aujourd'hui décisif, où toute notre existence se joue.

Nous verrons, dimanche prochain, dans la suite de ce chapitre, que la rencontre est aussi toujours un risque ; elle peut aboutir à un rejet.

Mais tenons-nous au texte d'aujourd'hui. Il est déjà assez important. Nous pouvons en effet noter que cette rencontre, qui se réalise à un moment précis, se réalise également en un endroit précis : Jésus revient à Nazareth, chez les siens. L'évangéliste Luc a voulu préciser tout cela d'emblée, en commençant son récit : d'une part, comme on l'a vu, il ne faut pas entendre l'évangile comme une belle histoire de jadis, et, d'autre part, l'évangile est toujours une interpellation qui nous concerne ici, chez nous. Il est un appel personnel et actuel.

C'est pourquoi Luc nous demande encore de faire comme les gens de Nazareth, qui « tous avaient les yeux fixés sur Jésus  ». On ne sait pas bien ce qui poussait les compatriotes de Jésus à le regarder ainsi : la curiosité, la méfiance, le défi ? Ils le connaissaient trop bien ; ils savaient tout de lui... Mais quel est notre regard ? Nous connaissons aussi très bien Jésus, depuis le 'Petit Jésus' de notre enfance. Nous avons grandi avec lui. Parfois même nous pensons que nous n'avons plus grand-chose à apprendre de lui. Mais, plus sérieusement, nous découvrons qu'il a surtout énormément grandi pour nous, quand, peu à peu, nous avons reconnu en lui le Christ, notre Sauveur, le Fils éternel du Père. Ce regard posé sur lui est donc aujourd'hui notre prière : simple regard, plein d'espérance. Car alors, chaque jour, il a des choses importantes à nous dire.

Et aujourd'hui, il nous parle de l'Esprit qui l'a envoyé «  porter la bonne nouvelle aux pauvres, la libération aux prisonniers et la lumière aux aveugles  ». En ces quelques mots, en cette citation du prophète Isaïe, est résumée toute la Bonne Nouvelle.

Comment entendre cela pour nous, aujourd'hui ?

J'ai entendu récemment quelqu'un déclarer que si l'évangile était une bonne nouvelle pour les pauvres, au contraire, pour les autres, les riches, elle était nécessairement une mauvaise nouvelle : parce que, encombrés par leur richesse matérielle, sociale ou intellectuelle, ils ne pouvaient rien espérer d'autre, et étaient donc condamnés à manquer l'essentiel. Il ne faudrait cependant pas comprendre l'évangile au seul niveau social. Oui, il est un appel vigoureux, comme la Vierge Marie le chantait dans son Magnificat : «  Il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides  ». Et nous sommes tous appelés à participer à ce travail pour la justice et le respect de tous les humains. Mais cet appel est plus large encore, et plus profond. Comme les gens de Laodicée, dont parle l'Apocalypse, nous nous disons peut-être : «  Je suis riche, je n'ai besoin de rien  ». Même si c'est peut-être vrai à un certain niveau, plus profondément, nous devons reconnaitre que nous sommes aussi «  misérables, pitoyables, pauvres, aveugles et nus  », comme dit la suite du texte. Sans misérabilisme ou culpabilisme, nous pouvons reconnaitre cela, et ce n'est pas triste. Car alors, sur ce fond d'humilité, au plus pauvre de notre être, nous pouvons vraiment accueillir le Christ qui nous sauve de notre égocentrisme. Et nous pouvons alors agir pour la justice et la paix, là où nous sommes, avec un plus grand respect et une plus grande confiance.

Finalement, nous pouvons encore laisser résonner la conclusion de l'annonce de Jésus à ses compatriotes. En ce mois de janvier, nous l'entendons volontiers «  proclamer une année de grâce de la part du Seigneur  ». Oui, chers frères et sœurs, que l'an de grâce 2022 soit pour vous tous une année où vous puissiez mieux le connaître, le rencontrer plus intimement, et annoncer autour de vous son amour merveilleux !

 

Tout le peuple écoutait la lecture de la Loi

En ces jours-là, le prêtre Esdras apporta le livre de la Loi en présence de l'assemblée, composée des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre. C'était le premier jour du septième mois. Esdras, tourné vers la place de la porte des Eaux, fit la lecture dans le livre, depuis le lever du jour jusqu'à midi, en présence des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre : tout le peuple écoutait la lecture de la Loi. Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès. Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l'assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s'inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre. Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les Lévites traduisaient, donnaient le sens, et l'on pouvait comprendre.

Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les Lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. Esdras leur dit encore : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n'a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! »

- Parole du Seigneur.

Ne 8, 2-4a.5-6.8-10

La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples.

Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le c?ur ; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard.

La crainte qu'il inspire est pure, elle est là pour toujours ; les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables.

Accueille les paroles de ma bouche, le murmure de mon c?ur ; qu'ils parviennent devant toi, Seigneur, mon rocher, mon défenseur !

Ps 18 (19), 8, 9, 10, 15

Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps

Frères, prenons une comparaison : notre corps ne fait qu'un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C'est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. Le corps humain se compose non pas d'un seul, mais de plusieurs membres.

Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps.

- Parole du Seigneur.

1 Co 12, 12-14.27

Aujourd'hui s'accomplit ce passage de l'Écriture

Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C'est pourquoi j'ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s'est passé depuis le début, d'écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus.

En ce temps-là, lorsque Jésus, dans la puissance de l'Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu'ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd'hui s'accomplit ce passage de l'Écriture que vous venez d'entendre »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21