Homélie du 24 décembre 2021

Le soleil levant nous visitera

24 décembre -Nuit de la Nativité - Messe de Noël

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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NOËL 2021

Ce merveilleux évangile illumine notre monde depuis des siècles. Aujourd'hui, au plus sombre de l'hiver, il invite encore tous les humains de bonne volonté à choisir la tendresse et la paix, avec l'aide de Dieu.

Laissons ce texte rayonner aujourd'hui sur notre assemblée.

Vous avez remarqué avec quel soin saint Luc situe la naissance de Jésus dans l'histoire : « au temps de César Auguste, alors que Quirinius était gouverneur de Syrie... ». Il ne commence pas son récit comme on commence un conte de fées : « Il y avait une fois... ». Non ! Noël s'inscrit dans l'histoire. L'histoire de ce temps-là, - l'histoire d'aujourd'hui. En ce temps-là régnait, paraît-il, une grande paix, la pax romana. L'univers entier était dans la paix. Aujourd'hui nous entendons cette 'Bonne Nouvelle' parmi tant d'autres informations, mais elles sont le plus souvent angoissantes et même terribles. Quand un conflit semble s'apaiser quelque part, nous apprenons qu'une révolution éclate à l'autre bout du monde. Et dans notre environnement immédiat, on ne peut pas non plus dire que la paix règne toujours...

Mes sœurs, mes frères, c'est dans ce monde d'aujourd'hui que retentit cet évangile ; c'est en cette fin de l'année 2021 que nous sommes appelés à accueillir « une grande joie pour tout le peuple », et à entendre le message de l'ange : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle... »

Mais, direz-vous, comment pouvons-nous accueillir ces messages ? Et comment pouvons-nous être les témoins de cette joie, sans pour autant escamoter tout ce que notre monde vit de tragique et de déprimant ? D'ailleurs, nous le savons bien, ce n'est pas en laissant s'éteindre notre joie, au vu des situations dramatiques, que nous pourrons mieux y remédier ! Et cependant, nous sommes appelés à recevoir aujourd'hui, et à rayonner « la joie de l'Évangile », pour reprendre le titre d'une exhortation que le pape François nous a adressée. C'est en portant cette question que nous pourrons entrer plus profondément dans cette fête.

Comme toujours, quand nous entendons de telles questions, il nous faut écouter ce que l'Esprit de Dieu nous dit par les lectures de cette fête, pour découvrir où est la source de la joie qu'il nous révèle. Les textes que nous avons entendus sont explicites à cet égard : c'est la manifestation de Dieu parmi nous qui suscite la joie : « Tu as prodigué l'allégresse, tu as fait grandir la joie, annonce le prophète Isaïe, ... parce qu'un enfant nous est né, ... et l'insigne du pouvoir est sur son épaule ». Saint Paul promet aussi « le bonheur à la manifestation de la gloire de Jésus-Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur ». Mais ensuite, tout en contraste, l'évangile nous révèle la cause de toute cette joie : « Voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». La manifestation de Dieu à notre monde inquiet se réalise là, dans la grande simplicité, au plus intime d'une famille pauvre. La gloire et la puissance sont bienvenues, mais elles sont dérisoires au regard de la source de la vie et de la vraie joie qui est au cœur des plus humbles, -- comme d'ailleurs au plus pauvre de notre propre cœur.

Oui, mes frères, mes sœurs, si nous voulons entrer dans ce mystère et connaître la joie de l'Évangile, il nous faut commencer par reconnaître là cette présence de Dieu : au plus vrai de notre vie, à la source de notre être. Il est là, - plus profond que nos préoccupations, nos projets et nos regrets, plus évident que nos échecs, nos limitations et notre péché. En effet, comme le disent ceux qui ont beaucoup médité sur ce mystère, il nous importe peu que le Christ soit né à Bethlehem, il y a deux mille ans, s'il ne nait pas aujourd'hui parmi nous. Notre foi ne consiste pas à croire à un évènement du passé. La venue de Dieu concerne notre temps. La fête de Noël nous rappelle qu'il nous est toujours présent au plus profond de notre cœur, comme il est présent au cœur de tout humain quand il prie « en esprit et en vérité », -- quelle que soit sa 'prière'. C'est pourquoi nous prenons maintenant le temps pour l'accueillir dans le silence et l'ovation.

Mais il faut encore aller plus loin dans cette expérience du mystère de Noël. Il ne suffit pas de reconnaître que nous portons en quelque sorte le Christ en nous, et que nous sommes appelés à le laisser grandir en nous. Car il est aussi possible, et nécessaire, d'également le 'mettre au monde' Oui, nous sommes responsables de la venue de Dieu dans notre monde actuel. Si, à Noël, il a voulu venir dans la précarité et le dénuement, c'est pour nous révéler que, sans nous, il ne peut rien faire. Déjà, sans le consentement de la Vierge, à l'Annonciation, il n'y aurait pas eu d'incarnation. Et, à sa naissance, sans les soins attentifs de ses parents, il n'aurait même pas survécu. Voilà ce que nous fêtons aujourd'hui ! Parce que Dieu nous aime, il se révèle dans sa totale faiblesse. Telle est précisément la manifestation de Dieu qui nous apporte la joie. Car cela veut dire que nous aussi, même dans notre faiblesse si évidente, nous sommes désormais bien placés pour l'aimer, pour aimer nos sœurs et frères.

Aimer dans la faiblesse, ce n'est pas aimer faiblement. Oui, il y a une façon de se résigner ou de se complaire dans sa faiblesse qui est une dérobade. Ce serait oublier ce que saint Paul dit : « C'est quand je suis faible que je suis fort ». Nous sommes ici au cœur du mystère de notre collaboration avec Dieu, pour la vie du monde : bien sûr, nous ne pouvons rien sans lui, mais lui non plus ne peut rien sans nous. Ce mystère, le mystère de l'incarnation, est un 'merveilleux échange', comme le chante la liturgie, où Dieu prend notre pauvreté, pour nous enrichir de sa force. J'ai évoqué la source de cette grâce dans l'humble consentement de Marie. Mais c'est elle aussi qui chantait peu après : « Le Tout-Puissant fit pour moi des merveilles ». Puissance et faiblesse ne sont pas toujours là où l'on pense. Ce n'est pas César Auguste qui a changé le monde, mais l'enfant de la crèche. C'est pourquoi, aujourd'hui encore, nous sommes dans l''an de grâce' 2021, et bientôt 2022. La Nativité est au centre et le pivot de notre histoire.

Mais revenons encore une fois à notre vie quotidienne. Devant les problèmes et les misères qui nous sont annoncés 'en temps réel' par tous les média, nous sommes tentés de perdre courage ; face aux problèmes plus proches, dans nos familles et communautés ou dans notre propre chair, le désespoir nous guette parfois aussi, et nous nous demandons : de toute façon, tout ce que nous pouvons faire n'est-il pas dérisoire ? Mais la bonne nouvelle qui nous est annoncée à Noël est précisément que, là aussi, dans des situations banales et apparemment sans issues, l'amour, puisé au plus profond de notre être, dans une prière au Tout-Puissant, l'amour reçu et donné, humblement, a une valeur et une force insoupçonnées. Aimer éperdument, - et en priant. Il faut l'expérimenter pour le comprendre. L'intensité de ce rayonnement dépend de la simplicité du don que nous faisons de nous-même. Mais alors nos simples gestes de service et de tendresse offerts autour de nous sont porteurs d'une force qui nous dépasse. Ils rayonnent de proche en proche et atteignent bien au-delà des limites de nos prévisions.

C'est ainsi que Noël entre dans notre histoire. Et c'est ainsi que la paix de Dieu que nous pouvons établir en nous-mêmes, dans nos familles et communautés n'est jamais confinée à ces milieux. Elle se répand, comme naturellement autour de nous. À notre insu, elle a sa place dans notre histoire si mouvementée et inquiétante ; elle contribue, à sa place, à la réconciliation entre tous les humains ; elle entre dans la louange de tous les êtres et même dans celle des anges qui chantent pour les pauvres bergers : « Gloire à Dieu et paix aux hommes, ses bien-aimés ! »

 

La royauté de David subsistera pour toujours devant la face du Seigneur

Le roi David habitait enfin dans sa maison. Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l'entouraient. Le roi dit alors au prophète Nathan : « Regarde ! J'habite dans une maison de cèdre, et l'arche de Dieu habite sous un abri de toile ! » Nathan répondit au roi : « Tout ce que tu as l'intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. » Mais, cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : « Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j'y habite ? C'est moi qui t'ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J'ai été avec toi partout où tu es allé, j'ai abattu devant toi tous tes ennemis. Je t'ai fait un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre. Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l'y planterai, il s'y établira et ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l'humilier, comme ils l'ont fait autrefois, depuis le jour où j'ai institué des juges pour conduire mon peuple Israël. Oui, je t'ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous tes ennemis.

Le Seigneur t'annonce qu'il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

- Parole du Seigneur.

2 S 7, 1-5.8b-12.14a.16

L'amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l'annonce d'âge en âge. Je le dis : C'est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux.

« Avec mon élu, j'ai fait une alliance, j'ai juré à David, mon serviteur : J'établirai ta dynastie pour toujours, je te bâtis un trône pour la suite des âges.

« Il me dira : Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut ! Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. »

88 (89), 2-3, 4-5, 27.29

Le soleil levant nous visitera

En ce temps-là, à la naissance de Jean Baptiste, Zacharie, son père, fut rempli d'Esprit Saint et prononça ces paroles prophétiques : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, qui visite et rachète son peuple. Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur, comme il l'avait dit par la bouche des saints, par ses prophètes, depuis les temps anciens : salut qui nous arrache à l'ennemi, à la main de tous nos oppresseurs, amour qu'il montre envers nos pères, mémoire de son alliance sainte ; serment juré à notre père Abraham de nous rendre sans crainte, afin que, délivrés de la main des ennemis, nous le servions dans la justice et la sainteté, en sa présence, tout au long de nos jours.

Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins, pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce à la tendresse, à l'amour de notre Dieu, quand nous visite l'astre d'en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l'ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Lc 1, 67-79