Homélie du 19 décembre 2021

 D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? 

4ème Dimanche de l'Avent - Année C

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Homélie :
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Introduction

Bienvenue à vous tous, chers frères et sœurs, pour célébrer ce 4e et dernier dimanche de l'Avent. Traditionnellement ce dimanche est celui de l'Annonciation à la Vierge Marie, et l'oraison est de fait la même que celle de la fête du 25 mars. C'est aussi la prière que nous prions chaque jour trois fois, lors de l'Angelus, aux trois coups de cloches, matin, midi et soir. La représentation de la Vierge selon Fra Angelico, placée par le fr. Grégoire, est donc tout à fait à sa place, en ce quatrième dimanche. Notons la grâce de cette fresque : l'ange lui-même, en face de la Vierge, s'abaisse en révérence symétrique. Tout est immense respect réciproque dans cette peinture. Et la Vierge n'est qu'accueil très pur, acquiescement total à la volonté divine : «  Voici que je viens, Seigneur, pour faire ta volonté  ». On entendra ce verset de psaume dans la deuxième lecture du jour !

Mais comme on a, du point de vue liturgique, trois années - A, B et C - avec un menu à part pour chacune, on a pris l'évangile de l'annonciation à Marie pour l'année B, celle de Marc (qui n'a, lui, rien à partager quant à l'enfance de Jésus), et pour l'année A, celle de Matthieu, on a pris l'évangile de l'annonciation à Joseph, qui ne se trouve que dans cet évangile matthéen. Mais que faire alors avec Luc, en l'année C, son année à lui ? Eh ! bien, les liturgistes ont pris l'épisode qui suit immédiatement celui de l'Annonciation, à savoir la Visitation. C'est le moment où Marie arrive chez sa cousine Elisabeth. On voit les deux femmes enceintes l'une en face de l'autre, qui se saluent à partir de leur enfant ! Beau miroir de toute l'Eglise en ce temps de l'Avent, telle une femme enceinte. En milieu juif on cultive jusqu'à ce jour un respect particulier pour toute femme enceinte : qui sait, peut-être porte-t-elle le Messie qui vient ?

Disposons-nous à entrer dans cette liturgie avec respect : une vie dans notre vie s'annonce. Arriverons-nous à l'accueillir comme il faut, et à la mettre au monde, comme le grand Don de Dieu ?

Viens, Seigneur Emmanuel. Maranatha. Kyrie eleison.

Homélie

Chers frères et sœurs, chers amis, nous sommes entrés depuis trois semaines dans l'année liturgique C. Cette année est l'année de saint Luc, l'évangile le plus long, et à bien des égards le plus riche en paraboles, en images aussi qui frappent la mémoire. Les récits les plus beaux dont on se souvient, viennent presque tous de ce troisième évangile. A commencer par le portrait de la Vierge Marie, quasiment absent des trois autres. Zachée, les dix lépreux, le fils prodigue, le bon Samaritain, Lazare et le riche, les disciples d'Emmaüs, Marthe et Marie qui accueillent Jésus dans leur maison... Tout cela c'est du Luc et ne se retrouve que chez lui! Ernest Renan, émerveillé, a déclaré : «  Le plus beau livre du monde c'est l'évangile de Luc !  »

Luc séduit notamment par ses très nombreux récits de rencontre. Il est par excellence l'évangéliste de la rencontre ! Il sait comment préparer une rencontre, en nous informant de ce que vit l'un et de ce qui habite l'autre, avant de les placer l'un en face de l'autre : ainsi le fils prodigue, avec son discours intérieur et le père de miséricordes qui sort en courant ; Joseph et Marie qui entrent dans le Temple pour faire ce que la Loi prescrit, et Syméon et Hanna qui sont, eux, conduits par l'Esprit ; Jésus et ses disciples s'avançant pour croiser le cortège funèbre aux portes de Naïn, avec la veuve qui a perdu son fils unique. Le centurion Corneille et l'apôtre Pierre... A chaque rencontre quelque chose cède, s'ouvre, s'élargit : il se passe de l'inespéré, de l'imprévisible, du trop beau, pourrait-on dire.

Or parmi les récits de rencontre les plus poignants, il y a celui raconté aujourd'hui, de ces deux femmes enceintes, l'une toute jeune, alerte, venue en hâte de l'autre bout du pays, et l'autre ancienne, trop vieille en réalité pour encore porter un enfant. Marie vient assister sa cousine âgée, dans les derniers mois avant la naissance. Elle salue la première. Et c'est alors qu'il se passe quelque chose d'imprévisible : l'enfant dans le sein d'Elisabeth «  bondit  ». Et elle-même se voit «  remplie de l'Esprit saint  ». Et elle parle comme une prophétesse, bénissant Dieu et bénissant celle qui l'a saluée et l'enfant qu'elle porte en elle ! On assiste à une cascade de louanges : «  Béni es-tu entre toutes les femmes et béni est le fuit de tes entrailles  » ! Elle est bénie, Marie, parce que le fruit de ses entrailles est béni ! L'une bénédiction puise à l'autre, plus fondamentale. «  Comment m'est-il donné que vienne à moi la Mère de mon Seigneur ?  » Etonnement qui est émerveillement plein de louange ! Puis vient la béatitude : «  Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles du Seigneur !  » Aussitôt après, c'est Marie qui se met à chanter ! Elle aussi est inspirée : elle chante son inoubliable Magnificat !

«  Le Seigneur fit pour moi des merveilles ! »

« Tous les âges - et pas seulement toi, Elisabeth - me diront bienheureuse ! Saint est son Nom » .

Chers frères et sœurs.

Quel est le secret d'une bonne rencontre ? Ici on voit deux femmes qui se rencontrent à partir de leur enfant, c'est-à-dire à partir de ce que Dieu leur a donné de porter. Elles sont en réalité vides d'elles-mêmes et remplies de Dieu. Elles se saluent à partir de Dieu, et ultimement, c'est Dieu qui passe : Dieu qui rencontre Dieu, l'une dans l'autre, et de là aussi jaillit cette belle louange intarissable, chez l'une comme chez l'autre. Magnificat ! Que mon âme magnifie, exalte et exulte en Dieu mon sauveur, mon Yeshouah !

Saint Benoît entrevoyait une telle qualité réciproque dans la relation du moine à son abbé, ou encore entre l'hôte et celui qui le reçoit, et entre le frère malade et celui qui le visite. Chaque fois il souligne que le Christ est présent dans le malade, dans le frère âgé, dans l'hôte ou l'abbé. Mais chaque fois il souligne qu'on aborde l'autre avec des entrailles christiques, avec l'attitude même de Jésus qui a dit : «  Je ne suis pas venu pour faire ma volonté mais la volonté de Celui qui m'a envoyé  ». Quand la rencontre réussit, Dieu rencontre Dieu, le Christ passe de l'un à l'autre.

Sommes-nous aujourd'hui assez vides de nous-mêmes pour que nous puissions bénir Dieu dans l'autre qui vient à nous ? Heureux les pauvres : l'abondance divine sera leur part. La question a une actualité accrue en raison de l'arrivée de familles entières qui fuient l'horreur de la guerre, de la sécheresse et de la famine et qui frappent à nos portes : comment accueillir celui qui frappe à nos frontières, nous salue en premier, cherche refuge dans notre culture donnée ? La question n'est pas si nous sommes assez pleins et assez riches mais surtout si nous sommes assez ouverts et donc assez vides pour que l'autre trouve de quoi s'abriter dans notre univers. Dieu passera-t-il à travers nos rencontres interculturelles et interreligieuses ? Osons la rencontre, car il y va de Dieu. L'Europe craque mais la venue des lointains du Sud et de l'Orient, est peut-être notre plus grande chance ? Arriverons-nous à partager, en puisant au plus riche fond que la grande tradition a déposé dans nos mémoires, et que des récits émouvants comme ceux de l'évangile d'aujourd'hui nous donner à méditer, à intérioriser et finalement à jouer pour de vrai sur la scène de notre histoire vive et contemporaine ?

Le Pape François a lancé pour toute l'Église un processus de conversion, une marche ensemble, appelée «  synode  ». Tous nous sommes «  en synode  », «  sur le chemin synodal  » ou «  en synodalité  ». Qu'est-ce à dire ? Sur trois ans, le Pape espère que, partant de la base, on trouvera de quoi se rencontrer et partager nos attentes, nos rêves, nos visions pour l'avenir en tant que peuple de Dieu engagé dans l'histoire. Déjà cette célébration-ci, sur place et transmise sur les ondes, nous réunit. Cette rencontre-ci se veut un temps de méditation, où nous acceptons de placer notre vie sous la Parole de Dieu. Que l'échange se poursuive ensuite, ce midi à table, avec les enfants ou petits-enfants. Qui posera la première question, le grand-père ou le petit-fils ? La Parole s'incarne, disons-nous en milieu chrétien. Mais aujourd'hui, reçoit-elle encore toutes ses chances, en passant par nos mains, nos cœurs, nos entrailles de miséricorde ? Oui, osons la rencontre, sans peur, sans préjugés, sans une batterie de jugements à l'égard de l'étranger qui pousse son itinéraire jusque sur notre terre, - terre qui ne nous appartient pas. Veillons et regardons encore et encore la femme enceinte, figure de notre temps, de notre Eglise, de notre propre cœur. Amen.

Intentions de prière

Prions pour l'Eglise de Dieu.

Qu'elle soit lucidement le lieu d'accueil, de respect, de rencontre entre les peuples, les cultures, les religions, prions le Seigneur.

Prions pour l'Europe en ces mois qui viennent : qu'elle accepte les défis nouveaux et découvre comment être humaine jusqu'au bout en face de tous ceux qui fuient la guerre et les conflits armés, prions le Seigneur

Prions pour les femmes enceintes, entourons-les de prévenance et prions pour elles et avec elles : que ce nouveau visage qui vient, introduise dans notre monde une espérance vive, comme firent le fils de Marie et le fils d'Elisabeth, prions le Seigneur

Prions pour nous-mêmes, que ce temps de l'Avent renouvelle nos attentes, nos espérances, notre ouverture au Dieu qui vient, Dieu qui prend la forme de l'inattendu, l'inespéré, l'imprévisible, le non-programmable. Prions le Seigneur.

Seigneur Dieu.

De tout temps tu es celui qui vient

Ouvre-nous pour t'accueillir comme en Jésus tu nous as accueillis tels que nous sommes.

Rends à travers nous notre monde toujours plus humain, plus solidaire, plus proche de Celui qui est venu nous révéler ta face de Père universel.

Lui qui vit avec toi et intercède pour nous tous.

maintenant et pour les siècles des siècles, Amen.

 

Jusqu'au jour où enfantera...celle qui doit enfanter

Ainsi parle le Seigneur : Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c'est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d'autrefois. Mais Dieu livrera son peuple jusqu'au jour où enfantera... celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d'Israël. Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Ils habiteront en sécurité, car désormais il sera grand jusqu'aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix !

- Parole du Seigneur.

OU BIEN

Mi 5, 1-4a

Berger d'Israël, écoute, resplendis au-dessus des Kéroubim ! Réveille ta vaillance et viens nous sauver.

Dieu de l'univers, reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu'a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé, le fils de l'homme qui te doit sa force. Jamais plus nous n'irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom !

Ps 79 (80), 2a.c.3bc, 15-16a, 18-19

Me voici, je suis venu pour faire ta volonté

Frères, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m'as formé un corps. Tu n'as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j'ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu'il est écrit de moi dans le Livre. Le Christ commence donc par dire : Tu n'as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, ceux que la Loi prescrit d'offrir. Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c'est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l'offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

- Parole du Seigneur.

He 10, 5-10

D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ?

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Lc 1, 39-45