Homélie du 21 novembre 2021

 C'est toi-même qui dis que je suis roi 

Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers ? Année B

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Homélie :
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Bienvenue à vous tous, chers frères et soeurs, chers amis. Fêtons aujourd'hui «  le Christ Roi de l'univers  » ! La liturgie nous y invite, en ce 34e dimanche après la Pentecôte, dernier dimanche de l'année liturgique. On boucle l'année car dès dimanche prochain on a le premier dimanche de l'Avent, début d'une année nouvelle et départ de la montée vers la fête de Noël ! Comment bien finir l'année ? En contemplant le Christ Roi de l'univers. On boucle en ouvrant l'horizon sur la fin de tout qui sera fête, jubilation, victoire, communion universelle, fête mystique et fête politique. Deux visionnaires prendront la parole : l'auteur du livre de Daniel et Jean, le visionnaire de Patmos, avec son livre : l'Apocalypse. Gardons les yeux bien ouverts. Une silhouette entrevue par l'un se voit confirmée par l'autre, et l'évangile nous le présentera dans son extrême vulnérabilité et force devant le représentant de la plus grande force politique de l'époque, l'empire romain. «  Je suis roi  », osera-t-il dire. C'est ce roi que nous retrouvons en nous tournant vers l'abside, crucifié, et du haut de la croix rayonnant jusqu'aux extrémités du monde. «  Et son règne n'aura pas de fin  ». Invoquons-le avec foi : il peut nous sauver !

Chers amis.

Daniel, au chapitre 7 de son livre, dans sa vision nocturne voit de tout. Des lions et des ourses qui se succèdent, sortant de la mer pour y être à nouveau replongés. Ce sont tous les régimes politiques de l'histoire qui se succèdent : Assyriens, Babyloniens, Mèdes, Perses et Grecs. Ils émergent un temps puis replongent pour être remplacés par d'autres monstres marins, des bêtes effrayantes certes mais qui ne font que passer. Vous pouvez leur donner des noms retentissants qui surgissent en première page de nos journaux quotidiens, mais rappelez-vous que tôt ou tard ils replongeront dans la mer, et seront succédés par d'autres bêtes, toutes provisoirement? Par contre au milieu de la nuit il voit soudain «  comme un fils d'homme  » qui ne sort pas de la mer mais «  arrive sur les nuées  » et rejoint Celui qui est assis sur son trône. Ce fils d'homme reçoit pouvoir, gloire, puissance, royauté «  et son règne n'aura pas de fin  » ! Silhouette frêle, il représente tout un peuple, «  le peuple des saints du Très Haut  », apprend-on un peu plus loin, dans ce même chapitre. Grand et beau contraste entre les monstres qui sortent de la mer pour y être replongés et ce fils d'homme qui vient sur les nuées, qui a accès au trône, reçoit empire, honneur et royaume, «  et, dit-on, son empire ne passera pas !  » Quelle force émane de cette vision ! on s'en nourrira pendant des siècles.

Le voyant de l'Apocalypse ouvre son livre en déclarant :

« À vous, grâce et paix, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre. le Roi des rois ! »

Voici qu'il vient avec les nuées, tout oeil le verra, « ils le verront, ceux qui l'ont transpercé ; » et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. « Oui ! Amen ! Oui, Il nous aime, lui qui nous a délivrés de nos péchés par son sang. »

qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, « à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. »    Le voyant de Patmos, Jean, voit se superposer plusieurs oracles de Daniel et de Zacharie, il voit dans le futur en recueillant des vieux oracles mais aussi un moment unique de l'histoire récente : «  ils verront, ceux qui l'ont transpercés et tous se lamenteront à son sujet  ». Qu'est-ce à dire : «  le fils d'homme  » de Daniel 7 et l'homme de Dieu «  transpercé  » dans Zacharie 12, est apparu au coeur de l'histoire, en Jésus, le crucifié sous Ponce Pilate. Or en lui nous avons le pardon des péchés, et par ce pardon nous découvrons toute notre dignité de roi et de prêtre. «  Il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père  ». On le reverra bientôt, en gloire, «  Agneau debout comme transpercé  », victorieux, ouvrant le livre scellé et révélant le secret de la marche de toute l'histoire. [Il est bon de relire ce livre caléidoscopique pendant les jours qui viennent, avant dimanche prochain : L'Agneau en est la figure centrale et donne au lecteur la plus belle espérance].

Vient alors l'évangile de Jean. Nos liturgistes ont choisi « curieusement » une page tirée du récit de la Passion. Jésus se trouve là les mains liées, accusé faussement comme un rebelle contestataire du pouvoir romain. On veut sa peau, on veut sa mort, et le pouvoir romain est invoqué par les autorités pour obtenir cette exécution. Il mourra de fait comme roi : sur la potence Pilate fera fixer un écriteau qu'on peut lire en trois langues: Jésus le Nazaréen Roi des Juifs. Une moquerie. Dans l'avant-dernier entretien avec Pilate, Jésus est interrogé : «  Alors tu es roi  » - «  Oui, roi je suis. Venu dans le monde pour témoigner de la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix  ». Ce matin, aux Laudes on entendait l'apôtre Paul dire : «  En Christ Dieu nous a arrachés à l'empire des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés  » (Col 1,13-14).

Il y a un royaume du Christ, du Fils de l'amour de Dieu. Là il y a lumière, justice et paix, pardon et rémission, un amour qui règne éternellement. Ce que nous fêtons aujourd'hui, c'est ce grand paradoxe du crucifié qui rayonne, de l'exclu qui fait de nous des élus, de l'Agneau immolé, transfixé et néanmoins debout devant le trône, victorieux comme l'a contemplé Jean, le voyant de l'Apocalypse, ou Jan Van Eyck dans son tableau de l'Agneau mystique, ou encore l'iconographe de la Croix dans notre chapelle : ce corps étendu sur la croix et ces grands yeux ouverts disent sans bruit, sans élévation de voix, le même amour victorieux du Mal, de la haine, du mépris, du mensonge. «  Oui, je suis roi  », et «  mon règne n'aura pas de fin  ».

Frères et soeurs, chers amis, contemplons un moment cette face et ce corps transpercé, puis confessons ensemble notre foi en ce Roi dont le règne n'aura pas de fin, avant de communier à celui qui nous donnera la dignité de prêtres et de rois, en nous partageant ce pain qui est son corps et toute sa vie, son amour jusqu'au bout. Amen.

 

Sa domination est une domination éternelle

Moi, Daniel, je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d'homme ; il parvint jusqu'au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

- Parole du Seigneur.

Dn 7, 13-14

Le Seigneur est roi ; il s'est vêtu de magnificence, le Seigneur a revêtu sa force.

Et la terre tient bon, inébranlable ; dès l'origine ton trône tient bon, depuis toujours, tu es.

Tes volontés sont vraiment immuables : la sainteté emplit ta maison, Seigneur, pour la suite des temps.

Ps 92 (93), 1abc, 1d-2, 5

Il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père

Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre.

À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. Voici qu'il vient avec les nuées, tout ?il le verra, ils le verront, ceux qui l'ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. Oui ! Amen !

Moi, je suis l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l'univers.

- Parole du Seigneur.

Ap 1, 5-8

C'est toi-même qui dis que je suis roi

En ce temps-là, Pilate appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d'autres te l'ont dit à mon sujet ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi : qu'as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté n'est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n'est pas d'ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C'est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Jn 18, 33b-37