Homélie du 19 avril 2026

 Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain 

3ème Dimanche de Pâques (semaine III du Psautier) - Année A

Une homélie de fr. Yves de patoul

Homélie :
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Cet évangile connu sous le nom des «  pèlerins d'Emmaüs  » est un récit d'apparition du Ressuscité. Jésus n'apparaît plus à ses apôtres, mais à des gens ordinaires, des inconnus, ou mieux encore des chrétiens anonymes qui cheminent vers une connaissance plus approfondie de leur foi. C'est un récit construit selon des règles bien établies parmi lesquelles il y a toujours un élément déclencheur, une surprise, un rebondissement qui nécessite un changement de ton, un changement important par rapport à la situation initiale. Je ne suivrai pas ces étapes (au nombre de 5) qui caractérisent tout bon récit littéraire. Mais vous connaissez tous l'élément déclencheur de notre récit : celui qui a rejoint les pèlerins est la personne dont tout le monde parle à Jérusalem : il n'est pas mort, il est vivant, il est à côté de moi, il est à côté de nous.

Je suivrai un autre schéma qui est celui d'une bonne catéchèse au sens pédagogique du mot : dans toute catéchèse on devrait retrouver une série d'attitudes qui sont présentes dans le récit des pèlerins d'Emmaüs. Celui-ci a une valeur exemplaire de pédagogie divine. Suivons ces attitudes du bon catéchète. La première est la rencontre, l'approche. Le Ressuscité ne se réjouit pas de sa victoire en lui-même ; il va au contraire à la rencontre de l'un ou de l'autre qu'il a choisi judicieusement pour leur annoncer la bonne nouvelle de sa résurrection. Ici deux pèlerins désabusés, désorientés par une mauvaise nouvelle. Autant qu'il peut, le catéchiste fera bien de commencer par aller vers ses brebis plutôt que de les convoquer à une réunion où on se retrouverait tous ensemble avec des situations fort différentes, voire divergentes. Il les rejoint plutôt que d'attendre qu'elles viennent à lui.

La deuxième attitude consiste à marcher avec, ce qui est d'ailleurs le sens premier du mot pédagogue. Dans la Grèce antique, le pédagogue était l'esclave qui conduisait l'enfant à l'école. Jésus fait route avec les pèlerins qui sont tristes de sa prétendue absence puisqu'ils le croient mort. Il va prendre du temps jusqu'à partager leurs émotions, leurs peines. Marcher avec et prendre du temps pour vibrer avec celui ou ceux que nous voulons élever à une connaissance supérieure. On ne fait pas de catéchèse en ligne ! La catéchèse est un cheminement plus ou moins long avec des personnes qu'on rencontre et cela prend du temps.

La troisième attitude est le questionnement et l'écoute. Jésus pose une question qui est une question ouverte : «  de quoi discutiez-vous ?  » et non pas une question fermée à laquelle l'autre est obligé de répondre comme le font la plupart des journalistes : «  Ne pensez-vous pas que telle conséquence est inévitable ?  ». Non, le bon pédagogue laisse le champ libre à l'autre ; il le laisse parler, il l'écoute patiemment sans l'interrompre. Notons d'ailleurs que Jésus aurait pu intervenir dans leur discours désabusé de nos pèlerins : «  tout ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, ... nous espérions qu'il serait le libérateur  ». L'importance d'écouter l'autre jusqu'à la fin sans l'interrompre pour donner son point de vue qu'on jugerait plus vrai.

Une autre attitude, propre au catéchiste, est l'interprétation des événements à la lumière de la Parole de Dieu, c'est-à-dire une vérité supérieure, incontestable. C'est ce que nous faisons par exemple, ou ce que nous essayons de faire dans les partages d'évangile. Après avoir approfondi une page d'évangile avec ou sans une personne qualifiée, chacun se demande : comment cette parole peut-elle changer ma vie ? comment s'applique-elle à moi ? Cette scrutation des Écritures demande un travail préliminaire. «  Partant de Moïse et des Prophètes, il leur fit comprendre (=interpréter) ce qui le concernait  ». Dans cette attitude le croyant risque sa foi en voyant dans la Parole de Dieu qui le dépasse quelque chose qui le concerne directement, il dit ce que l'Esprit lui inspire. C'est un moment important dans un partage d'évangile. On n'insistera jamais assez sur l'importance d'une formation biblique, plus qu'une formation au catéchisme, à la morale chrétienne.

Ensuite, il s'agit de demeurer chez lui. Dans le récit des pèlerins d'Emmaüs, Jésus feint de continuer sa route, mais il est invité à demeurer chez ses hôtes, ce qu'il fait volontiers. Nous connaissons tous l'importance de la convivialité, de la cohabitation ou encore des invitations à aller chez l'un ou l'autre pour mieux faire connaissance, pour partager les peines et les joies des uns et des autres. Au début de l'évangile de Jean, il est question de deux disciples dont l'un est Jean. Ils lui demandent : «  Où demeures-tu ? et il leur répondit : 'venez et voyez'. Ils vinrent donc et virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là  ». L'évangéliste saint Jean reprendra longuement ce thème de Dieu qui veut faire en nous sa demeure. Ce n'est pas anodin : Dieu a besoin de nous et il se propose de venir à l'intérieur de nous. C'est aussi le sens de l'eucharistie. Dieu dépose en nous une semence d'esprit capable de nous retourner vers lui et capable de porter témoignage de lui dans notre entourage.

La célébration est une partie prenante de la catéchèse. «  Célébrer c'est se rassembler  » disait Charles Delhez dans une revue chrétienne belge. On peut songer aux sacrements de l'initiation : le baptême, la première communion, la confirmation. Bref, après une longue catéchèse qui a suivi un cheminement de plusieurs mois ou années et dans laquelle il s'agit essentiellement d'apprendre que Jésus, l'envoyé de Dieu son Père, est vivant, vainqueur de la mort après avoir porté sa croix et que tout ce chemin de mort et de résurrection sera le nôtre aussi, il est temps de célébrer. Nous autres catholiques, nous disons que ces sacrements sont importants pour que notre foi ne se dissipe pas dans quelques principes moraux. L'eucharistie dominicale est ce lien indispensable avec la personne du Christ.

Le récit de nos deux pèlerins partis de Jérusalem et rejoints par le Christ lui-même sur leur chemin qui les menait à Emmaüs se termine par une éclipse : à la fraction du pain, ils le reconnurent, puis il disparut à leurs regards. Pas question pour eux de faire la fête ou de s'embrasser follement les uns les autres : leur hôte s'en est allé ! Frères et sœurs, avec un peu d'imagination fertile, vous pourriez admettre que Jésus avait bien raison et que le bon catéchiste, lui aussi, ferait mieux de disparaître quand sa tâche est achevée. Il faut bien comprendre le pourquoi. À la différence de certains maîtres spirituels qui ne lâchent pas leurs émules, le bon berger laisse à ses brebis une grande liberté pour qu'elles puissent faire des œuvres plus grandes encore que lui-même : c'est écrit dans le Nouveau Testament ! C'est une exigence de croissance. Il vaut mieux pour ses Apôtres que Jésus s'en aille. Le maître spirituel, quel qu'il soit, doit faire confiance et laisser une grande liberté à ses sujets afin qu'ils ne soient pas assujettis à lui, ce qui est souvent fort dommageables. Les cas trop nombreux de prédation sexuelle commis par des prêtres ou autres grands maîtres spirituels ne sont que quelques exemples évidents de ces dérives malheureuses. Cela reste vrai dans tous les domaines : tout maître ou supérieur, que ce soit dans le domaine de la musique, du sport, du théâtre, de l'enseignement ou que sais-je encore, doit s'abstenir de se lier excessivement à ses élèves ou ses subordonnés. C'est encore vrai pour les parents vis-à-vis de leurs grands enfants : ils doivent leur laisser une certaine liberté sous peine d'handicaper leur avenir. Je veux bien admettre que les psychologues aient leur mot à dire dans tous ces cas d'attachement excessif, mais l'exemple que Jésus Christ nous donne lui-même à Emmaüs et ailleurs est fort éclairant pour nous tous. «  Ne me touche pas dit-il à Marie Madeleine  ».

Pour finir, retenons, même si nous ne sommes pas catéchistes, que Jésus nous invite tous à célébrer, à faire mémoire de sa croix et du tombeau vide qui sont les deux grands symboles de notre vie chrétienne. Fr. Yves de Patoul

 

Il n'était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l'oreille à mes paroles. Il s'agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l'avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l'a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n'était pas possible qu'elle le retienne en son pouvoir. En effet, c'est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C'est pourquoi mon c?ur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l'espérance : tu ne peux m'abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m'as appris des chemins de vie, tu me rempliras d'allégresse par ta présence.

Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu'il est mort, qu'il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd'hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d'avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n'a pas été abandonné à la mort, et sa chair n'a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l'Esprit Saint qui était promis, et il l'a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l'entendez.

- Parole du Seigneur.

Ac 2, 14.22b-33

Garde- moi, mon Dieu : j'ai fait de toi mon refuge. J'ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon c?ur m'avertit. Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon c?ur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux m'abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m'apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices !

Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11

Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d'un agneau sans tache, le Christ

Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son ?uvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. Vous le savez : ce n'est pas par des biens corruptibles, l'argent ou l'or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c'est par un sang précieux, celui d'un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l'avait désigné d'avance et il l'a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C'est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l'a ressuscité d'entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

- Parole du Seigneur.

1 P 1, 17-21

Reste avec nous car le soir approche

Le même jour (c'est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s'était passé.

Or, tandis qu'ils s'entretenaient et s'interrogeaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes. L'un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié. Nous, nous espérions que c'était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l'aurore, elles sont allées au tombeau, elles n'ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu'elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu'il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre c?ur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait.

Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin. Mais ils s'efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l'ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l'un à l'autre : « Notre c?ur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment le Seigneur s'était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

- Acclamons la Parole de Dieu.

Lc 24, 13-35