Homélie du 4 décembre 2016

Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche

2ème Dimanche de l'Avent - Année A

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

C 'est une particularité de ce temps de l'Avent : la liturgie de ces premiers dimanches fait retentir dans toute leur force les textes les plus puissants du Premier Testament, dont Jean-Baptiste est le dernier témoin.

Elle nous fait surtout entendre la voix du prophète Isaïe. A travers ce vieux texte, nous percevons une aspiration profonde qui est toujours d'actualité. « -L'enfant étendra la main sur le trou de la vipère. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur la montagne sainte- » Mais nous ne pouvons pas nous limiter à y voir la merveilleuse évocation du paradis perdu ou un rêve nostalgique de l'âge d'or. Et pas davantage une annonce de la paix, toujours à venir, depuis qu'Isaïe l'a si bien décrite, il y a 27 siècles. Combien de siècles nous faudra-t-il encore attendre ? En fait la seule chose qui nous intéresse est la paix aujourd'hui, peace now, comme l'appellent de toutes leur force les israéliens les plus lucides. Et ils ajoutent, sous forme de boutade, que leur premier ministre actuel « aime tellement la paix qu'il veut encore en parler pendant 50 ans ». Mais précisément, il ne s'agit pas d'en parler, seulement de la réaliser, comme Jésus nous y appelle : « En avant, les artisans de paix, vous serez appelés fils de Dieu ! »

Alors, comment construire la vraie paix, concrètement, ici, maintenant, avec nos moyens si limités ?

En réfléchissant aux façons concrètes de hâter la venue du Règne de Dieu parmi nous, sous la conduite du 'Roi pacifique', je vois trois attitudes, telles que les lectures de ce jour les proposent : trois A :accueil,audace etardeur.

Accueil

Nous avons entendu saint Paul dans l'épitre : « Accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. » Cette disposition à accueillir est à la source de toute démarche de paix. De fait, le Christ a accueilli tous ceux qui s'adressaient à lui, compatriotes ou étrangers, juifs ou païens. Dans ce domaine surtout, il a mené a à leur accomplissement les promesses des prophètes. Il les a libérées d'un certain ethnocentrisme étroit qui les entravait encore, quand notamment ils invitaient tous les peuples à « monter à la montagne du Seigneur », Jérusalem, le seul lieu de paix. La paix que Jésus réalise est sans aucune discrimination et se répand en toutes les directions.

Mais commençons autour de nous. Tant que nous donnons la paix à certains et pas à d'autres de notre entourage, nous ne pouvons pas donner de vraie paix. Toute limitation compromet l'ensemble du mouvement. Or c'est précisément en accueillant nos proches « comme le Christ nous a accueillis », en ce qu'ils ont d'étranger, d'étrange, voire d'apparemment menaçant, que nous pouvons aussi respecter et prendre à coeur ceux qui sont plus lointains et construire un monde de paix. Et par ailleurs nous découvrons qu'un tel accueil purifie le coeur, le guérit de beaucoup d'amertume et le dilate aux dimensions du monde. Les deux Béatitudes, celle des artisans de paix et celle ders coeurs purs sont toujours liées.

Audace

Tous les témoins, à commencer par Jean- Baptiste, sont unanimes : il ne faut pas avoir peur de dire toute la vérité. Avec celui qui a peur, il est impossible de travailler pour la vérité et la paix. Jésus, qui nous connaissait bien, nous redit à travers tout l'Évangile : « N'ayez pas peur » pour ceux qui vous menacent ; allez de l'avant ; n'hésitez pas à dire toute la vérité...

Aujourd'hui, plus que jamais, la crainte pour les lendemains nous habite et nous sommes obsédés par la sécurité à tous les niveaux. Nous avons constamment tendance à nous protéger. Mais que vaut notre paix si elle est assurée de cette façon ? En fait la recherche continuelle de sécurité paralyse notre bienveillance profonde, parce qu'elle est une manière d'être toujours sur nos gardes contre une possible danger. En contraste avec cette attitude je pense ici à la prière que Christian de Chergé répétait au moment où les frères étaient le plus menacés : « Désarme-moi, désarme-les ! » il faut en effet commencer par baisser la garde, oser rencontrer les autres. Nous pouvons faire une telle expérience entre nous : quand nous entretenons dans notre coeur la méfiance et la peur, nous suscitons aussi chez les autres le soupçon et la fermeture. Tant que nous avons peur, nous ne pouvons pas être des pacificateurs. Tant qu'il y a quelque part en nous du mépris, du rejet et du ressentiment, nous ne pouvons construire aucune relation vraiment paisible avec qui que ce soit. Ce temps qui précède Noël et sa trêve, n'est-il pas le moment favorable pour tenter des réconciliations ou simplement des rapprochements, ? ou encore des découvertes ? Il apparaîtra alors que l'audace n'est pas une vertu extraordinaire, réservée à ceux qui ont une forte constitution... Mais il faut être très motivé.

Ardeur

C'est pourquoi il nous faut ajouter l'ardeur à l'audace dans l'accueil. Il ne suffit pas de savoir combien la paix est importante, il faut la désirer, « la rechercher et la poursuivre », de toutes ses forces, comme le demande saint Benoît, en citant le psaume. Et pour cela il importe d'avoir goûté la saveur de la vraie paix, la paix de l'âme, du corps et de l'esprit. Le shalôm dont parlent les textes du Premier Testament ne signifie pas absence de guerre, mais plénitude de vie. L'esprit du Seigneur est un esprit de force. Et Jésus baptise dans l'Esprit saint et le feu. Sans ce feu ardent, sans cette bonne ardeur, nous ne pouvons rien entreprendre de très valable. En entendant pendant tout ce temps de l'Avent les prophéties qui évoquent avec tant de belles images un monde possible où règne le respect, la bienveillance, l'amour et « la connaissance du Seigneur [qui] remplit le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer », nous pouvons mieux reconnaître ce shalôm et raviver notre désir profond de paix tout autour de nous.

Mais, encore une fois, il ne suffit pas de parler de paix ; les paroles sont du vent, tant qu'elles ne sont pas incarnées. Or nous célébrons ici la Parole faite chair, l'Amour de Dieu vécu et partagé parmi nous.

Prions les uns pour les autres pour que nous soyons de ceux qui réalisent la Parole et qui font l'expérience de la Béatitude des artisans de paix. Nous découvrirons alors avec joie, en fêtant Noël, qu'au-delà de tous nos efforts, la paix est un don de Dieu, comme le chantaient les anges à Bethlehem : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes qu'il aime ».

 

Sur lui reposera l’esprit du Seigneur

En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins.

Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.

Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

Is 11, 1-10

Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice. Qu’il gouverne ton peuple avec justice, qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes ! Qu’il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie.

Que son nom dure toujours ; sous le soleil, que subsiste son nom ! En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ; que tous les pays le disent bienheureux !

Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17

Le Christ sauve tous les hommes

Frères, tout ce qui a été écrit à l'avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.

Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c'est en raison de sa miséricorde qu'elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations, je chanterai ton nom.

Rm 15, 4-9

Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.

Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

Mt 3, 1-12

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