Homélie du 6 novembre 2016

Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants

32ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr. Grégoire Maertens

Ce n'est pas sans crainte que j'aborde un essai de commentaire de la Parole de ce dimanche. Allons-nous nous laisser piéger, comme l'espéraient les sadducéens qui posent à Jésus un problème apparemment impossible à résoudre?

Et je me suis dit : est-ce que ce sont ces discussions sans fin sur des questions de casuistique qui vont nous dynamiser pour la semaine qui vient, qui vont nourrir nos propos, approfondir notre vie intérieure, réjouir notre engagement humain, et chrétien ?

Jésus ne s'est pas laissé piéger par ces questions qui ressemblent un peu à celles posées au Pape, dans l'avion, au retour d'un voyage apostolique.

Jésus élève le débat: il va à l'essentiel: il essaye de leur dire que ce ciel dont ils parlent et auquel ils ne croient pas, n'a rien à voir avec le Royaume de Dieu et que par conséquent, nous aussi, aujourd'hui, nous sommes invités à adopter un nouveau vocabulaire, une nouvelle manière d'envisager la vie, la mort, Dieu, la vie chrétlenne.

« Dieu n'est pas le Dieu des morts mais des vivants ! » et il ajoute : « Car tous ont par Lui la vie ».

Pour étayer ses paroles, Jésus rappelle à ses auditeurs le très ancien récit - qu'ils connaissent sans doute tous - du Buisson Ardent, où Moïse, le grand prophète, rencontre. mystérieusement le Dieu unique qui, en plus, va lui révéler son nom : « Je suis celui qui suis ».

Non pas une divinité lointaine, froide, impassible mais un Père tendre, accompagnateur de son peuple et compatissant.

« Je serai avec toi partout où tu iras ». Ce Dieu que bien des pages de la Bible et en particulier les psaumes vont nous permettre d'approcher et de nommer avec des mots d'un grande familiarité: « Dieu à la fois père et mère, Dieu bon et ami des hommes, Dieu de tendresse et de miséricorde, mon soutien, mon refuge, mon roc, toi qui écoutes ma voix, qui me redresse, qui me met debout- »

Dieu des vivants dans un royaume de vivants qui portent eux aussi des noms merveilleux : fils et filles de résurrection ; jugés dignes d'avoir part au monde à venir.

La croix de notre chapelle est là pour confirmer ces paroles: dans l'auréole du Christ: trois lettres grecques : o ; oméga et N : elles reproduisent les mots entendus au buisson ardent: « Je suis celui qui suis » : seul Jésus peut reprendre à: son compte cette affirmation solennelle: certaines paroles de l'évangile y font écho ou plutôt l'explicitent : « Je suis la voie, la vérité, la vie » ou encore « C'est bien moi, n'ayez pas peur ». Jésus n'est donc pas une vérité à croire, un problème à résoudre mais une personne à aimer.

On parle de profession de foi, ne pourrait-on pas parler de profession d'amour ? Les chrétiens doivent-ils réciter leur « Credo » ou leur « Amo » ?

Par sa réponse aux Sadducéens, Jésus élève le débat à une hauteur inouïe: il remet la religion, le culte, les rites à une place qu'ils ne devraient jamais perdre: Dieu étant amour, toute religion consiste à lui rendre amour pour amour. Tout à l'heure, au début de la grande prière Eucharistique, je vous dirai, au nom de l'Eglise, non pas: « élevons nos esprits » mais « élevons notre coeur ! » c'est-à-dire: adressons-nous avec reconnaissance, avec gratitude non pas à ce grand Horloger qui régit le monde mais à ce Père qui nous a aimés, et qui nous a toujours donné réconfort et joyeuse espérance » (2Th 2 16 ).

Le pape François quant à lui, rappelle que l'Evangile ne cesse de montrer que Jésus, par le regard d'amour qu'il porte à ceux qu'il rencontre, relève, réconforte, redonne vie. Et que, être chrétien, ce n'est pas d'abord observer les commandements de l'Eglise, mais être relié à Jésus - et à travers lui, à Dieu - dans une relation aimante.

Dimanche dernier le P. Raphaël nous a laissé entendre que la suite de son homélie c'était le concert d'hier soir. Jusqu'à présent je n'ai fait aucune allusion à la musique, mais en conclusion de l'homélie d'aujourd'hui voici une profession de foi d'Olivier Messiaen qui, je pense, prolonge bien les paroles du pape François :

« Jésus Christ est notre modèle, Jésus Christ est notre voie. Jésus Christ est le fils de Dieu incarné, Jésus Christ est Dieu ... En nos jours de recherche scientifique passionnée, on peut rêver à perte de vue, dépasser en esprit notre petit système solaire et supposer, près des autres étoiles, des mondes habités par d'autres êtres intelligents qui seraient en attente d'un Sauveur... Il reste que la Planète Terre a été favorisée du don unique : l'Incarnation du Verbe, l'irruption de l'invisible dans le visible, de l'éternel dans le temporel. Pour sortir de cet espace et de ce temps qui nous sont familiers, pour accéder à la résurrection et à la vie nouvelles dans d'autres dimensions, sans doute faut-il passer par la souffrance et par la mort. Mais n'ont-ils pas déjà quelque avant-goût de la vision de Gloire, ceux qui -répondant aux paroles de la Consécration- peuvent s'écrier dans toute la force de leur foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

 

Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle

En ces jours-là, sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

2 M 7, 1-2.9-14

Seigneur, écoute la justice ! Entends ma plainte, accueille ma prière. Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit, tu m’éprouves, sans rien trouver.

J’ai tenu mes pas sur tes traces, jamais mon pied n’a trébuché. Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond : écoute-moi, entends ce que je dis.

Garde-moi comme la prunelle de l’œil ; à l’ombre de tes ailes, cache-moi, Et moi, par ta justice, je verrai ta face : au réveil, je me rassasierai de ton visage.

Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15

Que le Seigneur vous affermisse en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien

Frères, que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien.

Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ.

2 Th 2, 16 – 3, 5

Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants

En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent. Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »

Lc 20, 27.34-38

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