Homélie du 1 novembre 2016

Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux !

Mardi, 31ème Semaine du Temps Ordinaire -

Une homélie de fr.

Je ne sais pas comment vous êtes, mais je sais que moi, je ne suis pas très à l'aise avec cette procession de 144.000 élus qu'on vient d'apercevoir dans le livre de l'Apocalypse.

Pas très à l'aise avec cette foule immense, en robes blanches et portant des palmes à la main- Pas très à l'aise avec « les vainqueurs entrés dans la lumière », les « élus dans la gloire », « éclatant de puissance » comme on le chantait ce matin dans les antiennes des psaumes. Cela ressemble à ces grandes manifestations que peuvent organiser les partis politiques, les syndicats ou même l'Eglise à certaines heures. Où chacun est noyé dans la masse-

Non, je ne suis pas à l'aise avec tout cela. Oh bien sur, c'est un style, une façon de parler. Oh bien sur, ces images sont marquées par une époque. Mais bon, quand même, je ne suis pas à l'aise avec ces images là, d'une foule marchant au pas-

La sainteté, puisqu'il faut en parler aujourd'hui, me semble être plutôt de l'ordre d'un art plutôt que d'une conquête, d'un style de vie auquel chacun peut s'exercer bien humblement, plutôt que d'une marche au pas-

J'ai envie ce matin de vous parler de la sainteté en terme de musique. Et même ce matin, de ne faire qu'une « demi homélie ». L'autre moitié, vous l'aurez samedi soir, lors du concert que nous organisons ici et auquel vous serez sans doute. Il faut que vous y soyez. Ce matin, je parle. Et samedi soir, vous expérimenterez-

La première chose c'est que, avant le concert, il y a la musique. La musique préexiste toujours au concert. Avant toute chose, avant même que nous existions, avant même que nous le connaissions, avant même que nous vivions de lui, il y a, comme une musique, l'amour du Père ; cette musique universelle de l'amour dans laquelle nous sommes immergés depuis la fondation du monde-

Il faut ici entendre cette première lettre magnifique de St Jean : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père. Dieu est lumière ; en lui il n'y a pas de ténèbres- Lui le premier nous a aimés- »

Il faut d'abord entendre ça. Fermer les yeux et nous laisser saisir par cette réalité première de la musique universelle de l'amour- La sainteté commence par là. Par un entendement, au fond du fond de soi, de la musique universelle de l'amour- Pas de sainteté possible sans cela.

Une musique de l'amour qui est toujours contemporaine. Rien de trépassé chez Dieu. Rien de fini. Rien de conservé. Sa symphonie est pour toujours inachevée. Rien de fixé définitivement, sauf la miséricorde comme une basse continue. L'amour dont nous aime le Père, cet amour manifesté dans l'évangile en la personne de Jésus, est toujours un amour vécu - et à vivre - au temps présent, une tendresse pour l'homme à déployer au gré des circonstances de la vie et de nos vies.

Un amour invitant à des départs toujours nouveaux, et pour des traversées toujours nouvelles. Car Dieu connaît bien l'homme. Il est toujours recommençant au coeur des humains. Amour toujours recommencé. Toujours nouveau et inédit. Une musique inédite qui se joue dans la diversité de nos cultures, de nos faiblesses, de nos grandeurs.

La sainteté à laquelle nous sommes appelés n'est pas de l'ordre de la reconduction, de la répétition, ou de la rengaine. Il faudrait vivre comme untel a vécu. Il faudrait imiter, copier, décalquer ; plagier ou reproduire ce que d'autres ont vécu. Il faudrait vivre en référence à un passé, à des règles et des coutumes, alors qu'il s'agit bien de vivre ici et maintenant. Tout l'évangile et toute la vie de l'Eglise semble dire que la musique de Dieu est résolument contemporaine et qu'il vaut le coup de la gouter comme telle.

Et de se laisser surprendre par des harmoniques que nous n'aurions même pas osé imaginer. Et par des dissonances qui parlent bien de la vraie vie qui est - il faut bien le dire, toujours dissonante.

Samedi, vous écouterez- Vous vous laisserez surprendre- En vous laissant surprendre, en écoutant ce beau concert, vous penserez à votre vie, à la musique universelle de l'amour, toujours contemporaine, toujours surprenante, toujours déroutante.

Dieu le premier nous a aimés.

Il y a la musique. Mais il y a aussi les musiciens, les interprètes.

La sainteté, c'est de jouer tout simplement, avec les pauvres instruments que sont nos vies et nos talents, l'universelle musique de l'amour. L'apprentissage n'est pas simple- Permettez que je vous lise ce qu'écrivait Madeleine Delbrêl à ce sujet-

Notre grande douleur, c'est de vous aimer sans joie.

ô vous que nous « croyons » être notre allégresse.

c'est d'être cramponnés sans aisance et sans grâce

à votre volonté qui nous meut dans nos jours.

Notre grande douleur, ô Seigneur.

c'est d'entendre un artiste jouer la musique des hommes

en se laissant porter par elle sans fatigue.

en rencontrant à travers l'acrobatie de l'harmonie

une vague d'amour qui n'a que taille d'homme.

C'est peut-être de lui qu'il nous faudrait apprendre à jouer votre amour.

nous pour lesquels cet amour est trop grand, est trop lourd.

J'ai vu un homme qui jouait un chant tzigane sur un violon de bois avec des mains de chair.

Dans le violon se rencontraient son coeur et la musique.

Ceux qui l'écoutaient n'auraient jamais pu deviner que ce chant était difficile.

Que longtemps il avait fallu suivre des gammes, briser ses doigts.

laisser les notes et les sons s'enfoncer dans les fibres de sa mémoire.

Son corps ne bougeait presque pas, sinon les doigts, sinon les bras.

S'il avait longtemps travaillé pour posséder la science de la musique.

c'est la musique qui maintenant le possédait, qui l'animait.

qui projetait hors de lui-même comme un enchantement sonore.

Sous chaque note qu'il jouait on aurait pu retrouver une histoire d'exercices, d'efforts, de lutte. Et chaque note s'enfuyait comme si son rôle était fini

quand elle avait tracé, par un son juste, exact, parfait, le chemin d'une autre note parfaite.

Chaque note durait ce qu'il fallait.

Aucune ne partait trop vite.

Aucune ne s'attardait.

Elles servaient un souffle imperceptible et tout-puissant.

J'ai vu de mauvais artistes contractés sur des morceaux trop difficiles.

Leur jeu montrait à tous la peine qu'ils prenaient.

On entendait mal la musique tant il fallait les regarder.

Notre grande douleur, c'est de jouer sans joie votre belle musique, Seigneur, vous qui nous mouvez de jour en jour. C'est d'en être toujours au temps des exercices, au temps des efforts disgracieux. C'est de passer parmi les hommes comme des gens chargés, sérieux et malmenés. C'est de ne pas étendre sur notre coin de monde parmi le travail, la hâte et la fatigue, l'aisance de l'Eternité.

Allez, je vous promets que samedi soir, en contemplant nos amis musiciens jouer une musique contemporaine, vous comprendrez encore mieux que la sainteté, c'est de jouer avec aisance et grâce, et légèreté, l'universelle musique de l'amour-

Vous les regarderez. Vous regarderez leurs mains, elles parleront de vos vies.

Vous regarderez aussi leurs regards qui se croisent, cela vous parlera de l'Eglise.

Vous entendrez même leurs silences. Vous les regarderez se mouvoir avec légèreté, jouer chacun sa partition en s'accordant à d'autres. Vous regarderez leurs doigts, leur corps, leur art-

Et tout cela vaudra bien mieux qu'une homélie sur la sainteté-

Raphaël Buyse

Le texte de Madeleine Delbrêl est tiré du tome 3 des oeuvres complètes « Humour dans l'amour » page 50

 

Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël.

Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »

Ap 7, 2-4.9-14

Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ! C’est lui qui l’a fondée sur les mers et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, et de Dieu son Sauveur, la justice. Voici le peuple de ceux qui le cherchent ! Voici Jacob qui recherche ta face !

Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6

Nous verrons Dieu tel qu’il est

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

1 Jn 3, 1-3

Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux !

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Mt 5, 1-12a

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