Homélie du 15 fevrier 2026

 Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis 

6ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine II du Psautier) - Année A

Une homélie de fr. Yves de patoul

Homélie :
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Nous sommes toujours sur la montagne avec Jésus qui enseigne à ses disciples. Ils sont assez nombreux ; nous en faisons partie. Après les béatitudes, après la monition sur le sel et la lumière, voici une longue section autour de la Loi qu'il s'agit dépasser pour devenir de vrais disciples du Royaume de Dieu. « On vous a dit ceci, moi je vous dis cela ». Il y a un parallèle évident entre cette montagne et celle où Moïse reçut la Loi qu'on appelle aussi « les Dix Commandements ». Parlons-en un peu pour savoir ce qu'il faut dépasser. Pour faire bref, cette Loi c'est la loi divine, universelle, on la dit aussi « naturelle ». Pour rester humain, tout homme doit respecter ces commandements, peu importe qui il est, peu importe l'époque ou le lieu où il vit. C'est un peu différent des Droits de l'homme qui supposent que l'humanité ait évolué vers des régimes sociaux avancés, pour ne pas dire démocratiques. Les Droits de l'homme ont pour objectif de protéger les individus contre les dérives socio-politiques. On pourrait s'interroger si les droits fondamentaux de l'individu sont bien respectés dans nos pays : les personnes faibles, les handicapés, les femmes et les enfants sont-ils suffisamment protégés ? Plus profondément encore, on pourrait s'interroger sur certains droits accordés récemment jusque dans les Constitutions de nos pays : le droit d'avorter librement, par exemple est-il conforme à la Loi divine ? Tu ne tueras point ! La légitimité de l'avortement est une question très douloureuse pour l'Eglise. Avec celle de l'euthanasie, elle a contribué à briser les liens de confiance entre l'Eglise et l'Etat dans de nombreux pays occidentaux.

Le discours de Jésus sur la montagne est plus radical que la Loi de Moïse et bien sûr que les Droits de l'homme : le mal, enseigne Jésus, vient du cœur de l'homme. Pour qu'une action soit bonne, elle doit procéder d'une bonne intention, il suffit que le cœur soit bon. Mais cela suffit-il vraiment ? Le philosophe Emmanuel Kant en restait là : du moment que je connais la loi morale (« tu dois »), ma conscience à faire ceci m'entraîne à le faire librement (« je veux ») même s'il y a des obstacles réels que je vois bien, ou que j'entends bien. Les médias me disent par exemple qu'il faut absolument acheter ceci, comme tout le monde le fait, et bien moi je ferai ce que ma conscience me dicte de faire. Je reste libre, ainsi seulement progresse ma conscience morale.

Reconnaissons qu'il est fort louable de progresser ainsi dans la moralité et l'humanité : je fais ce qui est bien selon ma conscience et malgré les menaces, les critiques, ou encore les injures que je recevrais. Mais historiquement parlant, il va y avoir des dérives qu'il est intéressant d'épingler pour mieux comprendre certains comportements d'immoralité que nous déplorons aujourd'hui. Un certain Nietzsche va remplacer le devoir moral par la vitalité du surhomme qui aura tendance à ridiculiser les scrupules de conscience des bons chrétiens. Jean-Jacques Rousseeau va contester le principe kantien qui donne une priorité à la morale : le bonheur pour lui devient comme un droit. Tout ce que nous offre la science et la technologie moderne est agréable, profitable virtuellement, prenons-le comme Adam qui cueillit un jour la pomme défendue sur l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Croquons à pleine dent, on verra bien si nous sommes plus heureux. La morale vient en second lieu si du moins elle intervient jamais. Il arrive aux Européens de bénéficier des fruits du progrès sans se poser la moindre question. Mais notre surconsommation quand on y réfléchit bien entraîne des catastrophes de nature sociale, politique, ou encore écologique. Mai qui s'en soucie ?

Un philosophe que j'ai suivi sur le blog jésuite intitulé pour ce dimanche Pas de serment nom de Dieu disait en substance ceci : l'homme postmoderne a inversé la maxime de Kant « Tu dois, donc tu peux » en « Tu peux, donc tu dois ». Pour le dire en d'autres mots il a relégué Dieu aux oubliettes. Dans ses choix de nature morale, quand il faut discerner le bien et le mal, il penche pour ce qui l'intéresse, ce qui fait son bonheur personnel. Dieu n'intervient plus ou, plus exactement il prend la place de Dieu comme l'avait fait Adam en cueillant la pomme défendue au jardin d'Eden. Il se donne le droit de choisir entre le bien et le mal.

Ce que le Christ nous enseigne aujourd'hui, c'est que tous nos choix éthiques et moraux que nous posons quotidiennement, nos comportements, nos attitudes, et même nos préférences sociales et politiques, devraient être inspirés par lui, par la volonté de Dieu. Bien sûr, me direz-vous, nous ne pouvons pas réfléchir à tout instant sur le bien-fondé de nos paroles et de nos actes. Le problème est sans doute que nous réfléchissons très peu sur eux parce que nous considérons que tout va un peu de soi : tout le monde pense comme moi, fait comme moi. Qui d'entre nous, par exemple, oserait critiquer les Etats-Unis qui ont voulu cette guerre meurtrière qui oppose la Russie à son frère et voisin l'Ukraine considérant ce dernier comme un pion qui servirait à affaiblir son éternel rival ex-URSS ? Au lieu de se rallier à cette triste vérité, les dirigeants européens continuent cette guerre absurde et perdue d'avance, en prenant le relais d'une Amérique suffocante. Pourquoi ? Faut-il ruiner nos économies pour prouver que nous sommes plus forts qu'une puissance qui s'épuise elle-même à se réarmer ?

De formation sociologique, j'aime à démontrer que nous sommes souvent des victimes innocentes de fausses informations, d'informations tronquées par ceux qui veulent consolider leurs pouvoirs, accroître leur richesse dont ils ne sont jamais satisfaits. Comme chrétiens, il nous serait très salutaire de nous interpeller mutuellement sur les fausses évidences qui ne concernent pas seulement la politique et l'éthique sociale, mais aussi nos conceptions personnelles de la charité ou simplement de la politesse.

Pour terminer, revenons à notre évangile qui prône une certaine radicalité, laquelle pose des problèmes à beaucoup de personnes, croyantes ou non. C'est exact, le Christ nous propose souvent la radicalité (« que ton soit oui, ton non soit non) ». D'abord, ne tombons jamais dans le radicalisme des islamistes prêts à se suicider pour une cause idéologique. Ce qui caractérise les radicalismes musulman ou chrétien, c'est qu'ils sont dirigés vers les autres, contre les autres. La radicalité des premiers chrétiens, celle des pères du désert et de beaucoup d'autres était celle de Jésus. Elle est librement consentie ; elle s'applique à moi-même et pas aux autres. Les saints qui ont pratiqué la radicalité évangélique sont des modèles qui restent éternels : ils ont voulu suivre le Christ à l'encontre de toutes les opinions ambiantes qui leur disaient de renier leur foi pour sauver leur vie.

Qu'en est-il de nous-mêmes aujourd'hui ? « Le christianisme sans la radicalité chrétienne serait-il encore lui-même ? Il aurait perdu sa saveur, serait jeté dehors et foulé aux pieds par l'opinion publique, nous avertit Jésus. C'est peut-être ce qui se passe en Occident... La tiédeur s'est tellement généralisée, sous prétexte de politiquement correct et de 'vivre ensemble', que bien des chrétiens n'ont plus rien à offrir, à affirmer, et n'osent plus agir différemment ». « Je connais tes œuvres. Je sais que tu n'es ni froid ni bouillant. Puisses-tu être froid ou bouillant ! Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche » (Ap 3, 15-16)

Écoutons le psalmiste : « L'homme de bien a pitié, il partage, cet homme jamais ne tombera, il ne craint pas l'annonce d'un malheur : le cœur ferme il s'appuie sur le Seigneur. Son cœur est confiant, il ne craint pas. » Ps 111

Fr. Yves de Patoul

 

Il n'a commandé à personne d'être impie

Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l'eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l'une ou l'autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir, et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n'a commandé à personne d'être impie, il n'a donné à personne la permission de pécher.

- Parole du Seigneur.

Si 15, 15-20

Heureux les hommes intègres dans leurs voies qui marchent suivant la loi du Seigneur ! Heureux ceux qui gardent ses exigences, ils le cherchent de tout c?ur !

Toi, tu promulgues des préceptes à observer entièrement. Puissent mes voies s'affermir à observer tes commandements !

Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai, j'observerai ta parole. Ouvre mes yeux, que je contemple les merveilles de ta loi.

Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ; à les garder, j'aurai ma récompense. Montre-moi comment garder ta loi, que je l'observe de tout c?ur.

Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34

La sagesse que Dieu avait prévue dès avant les siècles pour nous donner la gloire

Frères, c'est bien de sagesse que nous parlons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n'est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dirigent ce monde et qui vont à leur destruction. Au contraire, ce dont nous parlons, c'est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dirigent ce monde ne l'a connue, car, s'ils l'avaient connue, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c'est, comme dit l'Écriture : ce que l'?il n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas venu à l'esprit de l'homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. Et c'est à nous que Dieu, par l'Esprit, en a fait la révélation. Car l'Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu.

- Parole du Seigneur.

1 Co 2, 6-10

Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux. Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu'un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement.

Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l'adultère avec elle dans son c?ur.

Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout. Que votre parole soit ?oui', si c'est ?oui', ?non', si c'est ?non'. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 5, 20-22a.27-28.33-34a.37