Homélie du 22 mars 2026

 Je suis la résurrection et la vie 

5ème Dimanche de Carême (semaine I du Psautier) - Année A

Une homélie de fr. Grégoire Maertens

Homélie :
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Nous voici en période de Carême : Pâque approche. Durant toutes ces semaines, on privilégie parfois les termes de « restreindre, se priver, épargner, se mortifier » etc. Or dans la liturgie de la parole de ce jour nous avons trouvé les mots « abondance », « vie », « résurrection » et même si dans le récit de la résurrection de Lazare, le deuil et les larmes sont présents, ils débouchent sur un joyeux retour à la vie, réalisé non par un tour de passe-passe mais par Quelqu'un qui, au nom de son Père, donne la vie à ses enfants, par amour : « Voyez comme Il l'aimait ! »

Par conséquent, une des manières de célébrer ce « dimanche de Lazare », ne serait-ce pas d'en faire un dimanche de foi, de foi en ce Dieu qui ne demande que ça, mais qui demande tout ça ? Lui faire crédit, confiance, lui dire : « Credo ! » n'est-ce pas déjà tout un travail de Carême ?

Ça n'a l'air de rien, mais ce travail de faire confiance en Celui que nous ne voyons pas, demande une véritable conversion pour ne pas dire une « révolution » dans la manière de concevoir notre engagement chrétien.

Pour me faire comprendre, je citerai une Carmélite anglaise : elle se met du point de vue de Dieu : Dieu qui nous regarde et qui veut notre bonheur ; elle poursuit en s'exprimant de manière négative, ce qui rend l'expression d'autant plus forte : « Il existe une douleur que Dieu ne souhaite jamais nous voir supporter, bien plus, il veut absolument que nous ne l'endurions jamais : celle de l'incertitude à l'égard de son amour pour nous. » (bis)

Le Carême ne serait donc pas un temps de privation mais un temps où nous acceptons de sortir de nous-mêmes - « Lazare, viens dehors ! » - pour accueillir et concevoir en grande priorité, que Dieu est un Dieu bon, qui nous veut du bien, que du bien, et qu'Il nous aime. Ne nous privons pas de Dieu !

Aucun dimanche de Carême n'a manqué d'être un appel à s'en remettre à Dieu : peut-être aurons-nous été touchés par l'accueil réservé par Jésus à la Samaritaine ? Peut-être aurons-nous été interpellés par la foi joyeuse de l'aveugle-né retrouvant la vue ? Aujourd'hui, nous voici devant la tombe de Lazare. Apparemment, Jésus aura moins de peine à forcer la porte de cette tombe que celle des cœurs hésitants ou incrédules.

Et nous : où en sommes-nous ? La liturgie de la parole a déjà préparé le terrain !

Écoutons Ezéchiel : « Je vais ouvrir vos tombeaux... je vous donnerai le repos.. » Cela vous rappelle peut-être la merveilleuse introduction du « Messie » de Haendel : « Comfort ye, comfort ye, my people !.. » « Console-toi, console-toi, mon peuple... » dit le Seigneur.

Ensuite, le psaume 129 a mis sur nos lèvres des paroles fortes, nous entrainant sur un chemin de confiance :

« J'espère le Seigneur de toute mon âme... ». « Près de Toi est l'amour, l'abondance du rachat ».

Enfin, St Paul évoque le Père qui ressuscite Jésus et envoie son Esprit : cet Esprit, Paul invite à ne pas le contrister, c'est-à-dire à croire vraiment qu'Il est amour, consolation, guérison, « hôte très doux de nos âmes » comme nous le chanterons à la Pentecôte.

Et Nous voici devant la tombe : Jésus ne nie pas les faits : « Lazare est mort et je me réjouis - je suis dans la joie - de ne pas avoir été là !... J'ai pris cette décision « pour que vous croyiez ! » Il demande de lever les yeux, il oriente vers plus grand que nous. Il ne nie pas le drame, il en souffre mais il invite à ne pas douter que quelqu'un veille.

Cependant, les femmes et les assistants multiplient les remarques hésitantes voire les reproches tout humains : « S'il avait été là » ou : « Ne pouvait-il empêcher... ? » Ou encore : « Il sent déjà ! »

La suite est comme une Eucharistie : Jésus remercie, rend grâce, lève les yeux au ciel - ça ne vous rappelle rien ?-

Il ne dit pas : « Ceci est mon corps » mais : « Ceci est Lazare que je vous rends ». Je vous le remets, et je remercie Celui de qui vient tout don parfait : « Père, je te rends grâce car Tu m'as exaucé ! »

Redescendons un peu brusquement sur terre : qui d'entre nous pourrait nier que ce Carême 2026 est vécu dans un contexte d'extrême violence. Nous nous disons les disciples d'un Maître doux et humble de cœur dont la doctrine est toute contenue dans le discours sur la montagne qui proclame heureux les miséricordieux et les artisans de paix. Jésus n'a pas dévié d'un iota de l'amour brûlant de son Père. Malheureusement nous assistons à la manipulation de la Parole de Dieu pour justifier des violences inouïes en contradiction absolue avec le projet du Père de Jésus.

Regardons-le approcher de la tombe de son ami : tirons-en toutes les conséquences pour notre vie. Faisons de ce Carême un Carême de foi en l'amour du Père. Jésus n'a pas tué, Il a donné la vie partout où Il passait, en faisant le bien et, au bout du compte, Il s'est laissé tuer par amour pour les siens : « Voici l'Agneau de Dieu qui porte et enlève les péchés du monde, Il est notre Sauveur ! ». Rendons grâce à Dieu car chez Lui abonde le salut ! AMEN ! »

 

Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d'Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j'ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j'ai parlé et je le ferai - oracle du Seigneur.

- Parole du Seigneur.

Ez 37, 12-14

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, Seigneur, écoute mon appel ! Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière !

Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon pour que l'homme te craigne.

J'espère le Seigneur de toute mon âme ; je l'espère, et j'attends sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus qu'un veilleur ne guette l'aurore.

Oui, près du Seigneur, est l'amour ; près de lui, abonde le rachat. C'est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes.

Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8

L'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous

Frères, ceux qui sont sous l'emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous celle de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l'Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

- Parole du Seigneur.

Rm 8, 8-11

Je suis la résurrection et la vie

En ce temps-là, Marthe et Marie, les deux s?urs de Lazare, envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa s?ur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l'endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »

À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Lorsque Marthe apprit l'arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Jésus, en son esprit, fut saisi d'émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l'avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l'aimait ! » Mais certains d'entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l'émotion, arriva au tombeau. C'était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la s?ur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c'est le quatrième jour qu'il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l'ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m'as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m'exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé. » Après cela, il cria d'une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

- Acclamons la Parole de Dieu.

Jn 11, 3-7.17.20-27.33b-45